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Stars, hide your fires

Summary:

Que Tom ait mise enceinte Merope Gaunt n’était pas le plus grand drame de cette histoire – c’était sa volonté d’annuler un mariage contracté de bonne foi. Laisser une femme portant son enfant légitime dans la rue n’avait rien d’une attitude de gentilhomme honorable, ce dont il se vantait pourtant.

Un coup de carabine avait su arranger cet air suffisant et supérieur.

Notes:

"Stars, hide your fires; Let not light see my black and deep desires." (McBeth, Shakespeare)

Où, celui où Cecilia et Merope font manger les pissenlits par la racine à Tom Riddle Sr.

Work Text:

- Oh, fit bêtement la fille Gaunt, l’arrondi de ses lèvres gercées plus blanches que roses formant un parfait « o » à la vue du corps de son mari étendu mort sur le tapis du grand salon.

Cecilia repoussa derrière son oreille, d’un index sûr, la petite boucle rouille échappée de la tresse raide qui ceignait son crâne. Les perles qu’elle y avait piquées étaient toujours en place, délicieusement assorties aux boucles d’oreilles et à la parure, plus modeste, qui couvrait la peau pâle de ses clavicules nues. Sa mère n’avait jamais trouvé délicates les petites tâches de rousseur qui piquaient sa peau ici et là, mais savait pourtant très bien s’en accommoder dès lors qu’il s’agissait d’attirer les regards sur la gorge de sa fille.

L’attention toute entière de Merope Gaunt était cependant portée sur ses mains et, peut-être, plus particulièrement sur la carabine de chasse dont le canon fumait encore ; Cecilia ne comptait pas prétendre que le coup était parti tout seul – ni son père, ni la maréchaussée locale n’auraient été dupes, pas quand Miss Cecilia s’invitait à la chasse traditionnelle du dimanche depuis ses six ans.

- Un regrettable accident ? Souffla la veuve Jedusor d’un ton moqueur, le rideau crasseux de ses cheveux emmêlés s’ouvrant un instant sur son visage.

Ses yeux étaient si profondément enfoncés dans leurs orbites que Cecilia n’en distinguait même pas la sclère, rien que leur vert sombre et mousseux ; ses joues creusées par la faim donnaient un relief dur à ses pommettes, et son jupon avait bien six pieds de boue. On l’aurait crue tout droit sortie d’une histoire moyenâgeuse.

- Laissons les suppositions sordides à la presse, voulez-vous, s’en amusa-t-elle à son tour, déchargeant d’un geste assuré la carabine, se surprenant d’être d’aussi bonne humeur.

Le regard de Merope s’arrêta alors sur le corps sans vie de Jedusor, dont le sang bien rouge était tranquillement épongé par le tapis hors de prix que ses parents avaient fait importer d’Inde – il y avait le même, ou presque, dans la demeure familiale de Cecilia qui ne se privait jamais d’essuyer discrètement ses bottes crottées dessus à son retour de la chasse. Le motif ne lui plaisait guère.

La carabine remise à sa place, les voilà se tenant toutes les deux au-dessus du corps, dans l’expectative. Le meurtre ne leur était pas inconnu – on en faisait toujours grand cas dans les journaux nationaux – cependant, si tout le monde s’accordait à dire qu’il était aisé d’en finir avec la vie, l’on n’évoquait que trop rarement ses conséquences.

- Nous devrions l’enrouler dans ce satané tapis, proposa Cecilia à voix haute, se rappelant le stratagème ingénieux de Cléopâtre contre César.

Dans le silence le plus absolu, Merope Gaunt sortit un bâton de bois blanc de sa manche et le pointa vers le corps, qui disparut.

- Oh, fit à son tour Cecilia, remarquant avec déception que la tâche brune marquant le tapis s’était également évaporée. - Les ennemis de mes ennemis, commença la fille Gaunt en haussant ses épaules osseuses, l’emmanchure laineuse de son par-dessus trop grand rendue pratiquement sur ses coudes. - Ne sont pas des rustres, compléta Cecilia, ses lèvres pincées en une fine ligne désapprobatrice.

Elle n’était pas assez candide pour croire aux belles histoires de mariage de sa mère, à l’amour ; et pas assez dévote pour considérer qu’il s’agissait là d’un sacrement divin. Non, le mariage n’était rien de tout cela. Aux yeux de Cecilia, il s’agissait d’une bête transaction financière – la même sorte de contrat signé unissait après tout son père à ses fournisseurs, et ses clients à son père. Cela signifiait des droits, mais également des devoirs et surtout, des obligations.

Que Tom ait mise enceinte Merope Gaunt n’était pas le plus grand drame de cette histoire – c’était sa volonté d’annuler un mariage contracté de bonne foi. Laisser une femme portant son enfant légitime dans la rue n’avait rien d’une attitude de gentilhomme honorable, ce dont il se vantait pourtant ; un coup de carabine avait su arranger cet air suffisant et supérieur.

- Je l’ai laissée à Londres, avec son bâtard, lui avait-il assuré, faisant ensuite tournoyer l’alcool de son verre d’un air profondément pensif. - N’étiez-vous pas mariés ? Cecilia s’était-elle inquiétée, ne s’attendant qu’à des excuses polies – forcées – de sa part, et ne les espérant ni humbles, ni repentantes. - Ce bout de papier ? Avait-il repris, moqueur, sortant de la poche de son veston le contrat de mariage. Il n’a que la valeur que nous lui donnons… Cette petite garce s’est bien jouée de moi, avec sa magie de gitane – il n’y avait rien de consenti là-dedans, je vous l’assure, Cecilia chérie, avait-il insisté, sa voix mielleuse et son regard débordant de l’arrogance des hommes. - Chérie, avait-elle repris, croassant ce mot qu’elle avait si profondément haï à chaque fois qu’il sortait de sa bouche.

La carabine s’était alors présentée comme une évidence. Cecilia avait assez suivi son père à la chasse pour savoir que la mise à mort d’un animal blessé était autant une responsabilité qu’un soulagement. Le silence qui s’en suivait, et l’odeur piquante de la poudre qui montait dans l’air, étaient des plus agréables.

- Venez, pressa-t-elle Merope en se dirigeant vers le couloir, jetant un dernier regard dédaigneux au tapis qui resterait en place.

Un jour, se promit-elle en invitant d’un geste vif la veuve de son fiancé à la suivre.

- Il n’y a pas de domestiques ce matin, se trouva-t-elle à raconter, les mots s’échappant de ses lèvres sans exiger de réponse. C’est l’heure de la messe. Ils rentreront pour midi, poursuivit Cecilia en poussant la fille Gaunt dans la salle d’eau. - Ne vont-ils pas se demander pourquoi vous êtes ici, alors ? - Et vous, que faites-vous là ? Lui répondit-elle en l’aidant à retirer son manteau, sincèrement curieuse de ce qui pouvait pousser pareille femme à revenir auprès d’un mari ingrat tel que Jedusor. - J’ai marché, avoua Merope en soulevant le bas de ses jupons, dévoilant des chaussures usées et un collant couvert de trous. Je ne pensais pas vous trouver ici. Pas comme ça, ajouta-t-elle avec un sourire complice que partagea Cecilia.

Ciel, qu’elle était maigre ! Chacun des os de son dos était saillant et sa peau était par endroits si tendue et si fine qu’on aurait cru voir du papier.

- L’eau devrait être suffisamment chaude, fit Cecilia en l’installant au bain. Savonnez-vous, je m’occupe de vos cheveux.

Il y avait bien des nœuds à démêler ; les gestes fébriles de Merope venaient péniblement à bout de la crasse incrustée dans sa chair, et elle prit un moment pour s’occuper de ses ongles. Cecilia ne désespérait pas d’arriver au bout de sa tâche sans avoir à couper une mèche de cheveux sombres, lorsque soudain la question de l’enfant se fit évidente.

- Où est –

Semblant lire dans ses pensées, Merope l’interrompit.

- Il est là où l’on peut le mieux s’occuper de lui. - … Pourquoi ne pas retourner le chercher ? - Quel avenir aurait-il ?

Cecilia reposa le petit peigne d’ivoire sur le bord de la baignoire.

- Vous êtes sa veuve, fit-elle, pensive. Le contrat de mariage est en bas, sur la table. Son père a été emporté par la fièvre l’année dernière, et sa mère se satisfait de passer ses vieilles années à Bath. L’eau thermale lui fait du bien, Cecilia précisa-t-elle en sachant que cela n’avait aucun intérêt. - Ce n’est jamais que du papier, soupira Merope, défaite. - Et Tom n’était jamais qu’un homme. Pourquoi être revenue, alors ? - Et pourquoi pas ? Renchérit-elle en retour, ses cheveux noirs l’entourant tel un halo d’ombres. - Le droit moldu vous échappe peut-être, Cecilia ne put-elle s’empêcher de lui faire remarquer, fière du petit effet que provoqua l’utilisation d’un mot qu’elle n’était pas censée connaître, mais à la mort de votre époux, vous héritez de tous ses titres. - Je – - Ce manoir – et moi-même, fiancée à votre maison – tout cela, c’est à vous.

Il y avait quelque chose de profondément plaisant à salir la réputation des Jedusor, à défaut de terrasser leur infâme tapis du rez-de-chaussée. Le regard de Merope Gaunt s’illumina soudain au milieu des autres ombres hantant son visage, dévoilant l’étonnante couleur vert-de-gris de ses yeux.

- La Noble et Très Ancienne Maison des Gaunt vous accueille en son sein, fit Merope, imitant le geste de son père pour son frère à qui il faisait baiser la bague familiale tel un vassal ; la même pierre noire ornait aujourd’hui l’index décharné de la dernière héritière des Gaunt, et, apparemment, des Jedusor.

Les lèvres pleines de Cecilia embrassèrent goulûment la pierre, comme si elle allait la gober ; l’onyx noire était tiède de l’eau bain, mais cela n’effaçait pas la vision horrifique du corps malingre de Merope.

- Vous voilà forcée hors du monde des vôtres, souffla celle-ci comme une excuse, touchant du bout des doigts sa chevelure propre et finalement démêlée. - Et vous, vers la place qui vous revient, s’en amusa sombrement Cecilia en jetant un regard discret vers la baguette blanche que Merope avait soigneusement déposée entre les nombreux parfums et produits de beauté alignés sur la surface marbrée de la coiffeuse.

Il y avait des choses, dans la campagne anglaise, que personne n’ignorait – quelques recherches pertinentes avaient permises à Cecilia de mettre le doigt sur ce qui, exactement, n’allait pas dans son voisinage. Le reste n’avait été qu’affaire de logique - et peut-être d’un soupçon d’intimidation.

- J’ai le sentiment que nous allons faire de grandes choses ensemble, Lady Jedusor.