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Ce fut Jiraiya qui lui apporta la nouvelle, quelques heures à peine après que la décision eût été prise.
(Et pour cette faveur, Orochimaru était prêt à oublier tous les péchés et offenses commis à son encontre durant leur longue amitié.)
– Tu en es sûr ? demanda-t-il silencieusement en tentant de ne pas laisser sa voix monter dans les tons comme il aurait aimé pouvoir le faire, compte-tenu la présence de Neji, endormi sur la chaise, une couverture remontée jusqu'au menton et la tête couchée sur le livre qu'il dévorait avant de s'endormir.
Jiraiya hocha la tête, l'air grave et un ourlet sérieux aux lèvres.
– Je…
Il marqua une pause et passa une main dans ses cheveux en exhalant.
– La paix est une chose. Moi non plus, je ne souhaite pas que cela provoque une autre guerre. Pourtant…
Pourtant.
La main d'Orochimaru se contracta sur le bord de la table de son laboratoire, laissant de légères marques dans le métal. Mais là, on parlait de sa famille, et Jiraiya mettait toujours la famille au premier plan. Il n'avait jamais eu l'occasion de lui en être reconnaissant, Orochimaru en était bien conscient, mais il n'était pas près d'oublier ce moment, qu'importe ce que le futur leur réservait.
– Je dois…, commença-t-il avant de s'interrompre, ses yeux tombant sur la silhouette vulnérable de son adorable fils.
Il savait qu'on se servirait de lui si le pire venait à arriver, et Orochimaru était un shinobi depuis assez longtemps pour avoir toutes les raisons de croire que cela irait dans ce sens.
– Fais ce que tu as à faire, dit Jiraiya, plus à la manière d'un ordre qu'à une façon de terminer sa phrase. Quand Hiashi a tenté de l'arrêter, Hizashi l'a assommée. Le clan le garde sous sédatif pour qu'il ne puisse pas interférer. Si tu ne vas pas l'aider, personne ne le fera.
Ce fut la première fois depuis des années qu'Orochimaru ressentit un sentiment d'amabilité à l'égard de Hiashi. Il s'autorisa une pointe de satisfaction en se relevant et en tournant les talons.
– Tu garderas un œil sur Neji? demanda-t-il en plongeant son regard dans celui de Jiraiya, pour que celui-ci comprenne exactement ce que cette demande signifiait pour lui.
Jiraiya n'avait jamais été aussi stupide qu'Orochimaru aimait à le penser. Il lui renvoya un regard empli de détermination et inclina la tête.
– Je m'en occupe. Et si les choses tournent au vinaigre, je l'évacuerai et te l'amènerai.
Orochimaru n'était pas prompt aux émotions et ne l'avait jamais été, mais ce fut certainement le moment où il fut le plus proche d'envisager une étreinte avec son ami.
– Merci, dit-il au lieu de ça, et sans attendre la moindre réponse - connaissant Jiraiya, cela finirait sûrement par en venir aux poings, car c'était ainsi que les choses se résolvkkkkaient entre eux - il lui tourna le dos et grimpa les escaliers.
– Bonne chance, lui offrit Jiraiya, murmurant, mais avec franchise. Désolé de ne pas pouvoir t'aider davantage.
– C'est déjà plus que suffisant, lui retourna-t-il et continua d'avancer.
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Le transfert devait s'effectuer au Pays du Gel, en terrain neutre. Orochimaru, seul, et se déplaçant à toute vitesse s'y rendit avec quelques heures d'avance sur l'escouade dépêchée par Konoha, et ce, même s'il était parti après elle. Les ninjas de Kumo étaient déjà sur place, le Raikage aussi, un air suffisant et hautain au visage et croulant sous les armes; une démonstration de force qui fit palpiter et bouillir le sang d'Orochimaru dans ses veines.
Prudemment caché dans un arbre au-delà du champ de perception des gardes, il inspira profondément. Le jinchuuriki était là, lui aussi, accroupi à l'extrémité du cercle qu'ils formaient. Orochimaru allait devoir s'occuper de lui en premier. Derrière lui, A discutait avec un des gardes en souriant, et, c'est vrai qu'Orochimaru avait tendance à perdre son calme, mais aujourd'hui, sa colère était aussi froide que l'Arctique et aussi dévastatrice qu'une avalanche.
Hizashi était sien, le premier depuis des dizaines d'années à le voir lui, alors que tous les autres avaient jusque-là détourné les yeux.
Ils ne peuvent l'avoir.
C'était un assemblage branlant de toutes les idées mal avisées et imprudentes qu'il n'avait jamais eu amplifiées puissance dix, mais la guerre, la mort et l'échec n'avait plus eu aucun poids après avoir entendu dire que son époux s'était sacrifié sans même lui en parler. Sans même lui faire face, car il avait su qu'Orochimaru ne serait jamais d'accord et qu'il n'arriverait pas à lui régler son cas aussi facilement qu'il l'avait fait avec Hiashi. Il y aurait des conséquences à tout ça, mais seulement lorsqu'il se serait assuré que toutes les menaces avaient été écartées.
Il prit une inspiration et sauta depuis les branches, remonta les manches de sa robe et commença à malaxer son chakra. À son geste, tous les membres présents dans la clairière furent au bord de l'ébullition, prêts à trancher tel un kunai perçant une gorge mise à nue, et avant que Killer Bee ne puisse même réagir, Orochimaru se trouva devant lui, Kusanagi en main, l'autre brillant déjà sous la lueur cinq points de lumière.
– Les arriérés bellicistes peuvent bien mourir, siffla Orochimaru, et il écrasa le sceau des cinq éléments sur le torse du jinchûriki avec toute la force que le lui permettait sa réserve de chakra.
Bee s'effondra, s'affaissant aux pieds d'Orochimaru et ce dernier le contourna, soulevant Kusanagi dans un balayement de sa lame qui fendit la chair et l'os avec aisance.
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Les shinobi de Konoha eurent un brusque mouvement d'arrêt en entrant dans la clairière.
Assis sur un arbre déraciné au milieu de l'herbe couverte de sang, Orochimaru leva calmement les yeux de son sabre qu'il s'affairait à polir avec beaucoup de soin. Il toisa son ancien sensei durant un long moment, puis déplia ses membres et se releva. Il replaça Kusanagi dans son fourreau, puis s'abaissa pour ramasser ce qui se tenait à côté de lui.
Il ne jeta pas un regard à son époux, qui se tenait derrière Sarutobi, poings liés.
– Pardonnez-moi pour mon impétuosité, sensei, dit-il et il s'inclina gracieusement pour déposer la tête du Raikage aux pieds de Sarutobi. J'ai bien peur que ma hargne ait pris le dessus, cette fois-ci.
Il y avait de la terreur dans les yeux de ceux observant la scène, mais Orochimaru n'en eut que faire, ne détourna pas les yeux pour voir si Hizashi partageait leur horreur à la vue de sa personne dans ses habits couverts de sang, des sillons couleur de rouille éclaboussant sa peau pâle.
– Orochimaru.
Sarutobi paraissait déchiré entre l'exaspération et la rage.
– C'est toi qui… Tu as…
– Je vous ai empêché de faire une terrible erreur, termina-t-il pour lui, son regard se détournant de son sensei pour la première fois depuis son apparition.
Hizashi, l'air éreinté, le scrutait de ses grands yeux lavandes, paraissant tant accablé par le chagrin qu'en proie à tant de maux que la colère immédiate d'Orochimaru sembla aussitôt disparaître.
Je t'ai vu sur un champ de bataille. Seul un idiot ne t'y craindrait pas, lui avait dit Hizashi lors d'une nuit calme durant la Troisième Grande Guerre, lorsqu'ils s'étaient retrouvés seuls autour d'un feu de camp à la sortie d'un affrontement. Orochimaru ne lui avait jamais adressé la parole auparavant, ne l'avait jamais regardé par deux fois avec plus en tête que ses aptitudes et la spécificité de ses yeux, mais cette nuit-là, tout avait changé. Mais ta manière de persévérer, lorsque tous sont prêts à abandonner… c'est pour cette raison que moi je te craindrais.
Hizashi avait toujours cédé trop facilement et Orochimaru n'avait jamais appris à capituler. Il leur avait fallu un peu de temps pour construire quelque chose de fonctionnel, mais parfois…
Parfois, un rappel qu'il y avait du mérite des deux côtés était nécessaire.
– Orochimaru!
La voix de Sarutobi avait une tonalité aussi perçante qu'Orochimaru l'avait toujours connue, mais ça ne l'empêcha pas de dépasser Hokage sans marquer la moindre pause.
– L'hôte est encore en vie, si ce n'est incapable d'accéder à son chakra, dit-il avec désintérêt. Utilisez-le comme monnaie d'échange. Kumo ne voudra pas perdre le seul sacrifice humain adulte qu'ils ont.
Hizashi le dévisagea lorsqu'il s'arrêta devant lui, et il y avait quelque chose dans son expression ressemblant à de l'émerveillement et à une joie timide.
– Tu… Pour moi? murmura-t-il en levant ses mains liées.
Orochimaru les réceptionna et pressa sa joue contre une paume calleuse, laissant ses paupières couvrir des yeux dans lesquels il savait une étincelle de violence briller.
– Neji en aurait eu le cœur brisé, répondit-il, sentant immédiatement le léger tressaillement, mais n'ayant aucun remords.
Hizashi devait savoir depuis le temps qu'il ne se battait jamais à la loyale; il n'aurait pas dû s'attendre à moins que cela.
– Je ne pouvais pas être la raison de ton retour sur les champs de bataille, répliqua Hizashi et Orochimaru leva les yeux pour croiser son regard usé. Pas avec Neji. Pas alors que ça t'a presque brisé la dernière fois. Je ferai tout ce qu'il faut pour garder ma famille aussi saine que sauve.
Mon plus grand espoir est de trouver quelque chose pour laquelle vivre, lui avait dit Orochimaru, il y a des années de ça, dans une tente aux murs trop fins et avec toujours plus de combats se présentant à l'horizon, ses mains posées sur son large torse. Une extrême fatigue et trop peu de chakra couplés à une rare intimité - tellement étrange, avec une personne qui, pour une fois, ne se dérobait pas à lui - avaient fait sortir les mots aussi facilement que si ça avait été des pensées. Je n'ai aucune raison d'abandonner, mais…
Parfois, je crois que j'aimerais en avoir une.
– Tout comme moi, retourna Orochimaru avant de rompre les cordes qui l'enchaînaient à l'aide d'un kunai.
Aussitôt fait, Hizashi enroula ses bras autour de lui, le tira tout contre son torse et plongea son visage dans des cheveux imbibés de sang. Orochimaru se laissa aller à l'étreinte, en ressentit la force et la solidité, et se força à expirer.
Même si c'était son dernier instant de paix avant qu'une autre guerre ne leur tombe dessus, Orochimaru s'en moquait. Hizashi et Neji étaient les seules raisons qu'il n'avait jamais eu d'arrêter de se battre, et maintenant qu'il les avait, il n'y avait aucune force dans l'univers qui pourrait les lui arracher.
