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A 9000 kilomètres

Summary:

Isagi à 28 ans quand il est promu en Allemagne pour recadrer une filiale de son entreprise, il emménage dans un complexe d'appartement à loyer modéré et tombe sur Kaiser qui à 9 ans.
Sans le savoir, il va s'attacher trop vite et changer la vie de ce jeune garçon en le sauvant de son père abusif et en l'adoptant en secret.

Notes:

Je suis actuellement toujours en vie.
Je suis juste très lente.
Max Snailstappen

(See the end of the work for more notes.)

Chapter Text

Isagi venait de connaitre la plus grande mutation de sa carrière.
Depuis qu'il a obtenu son diplôme, Isagi travaillait au même poste dans la même entreprise. C'était un employé modèle, toujours en avance à l'heure de l'embauche, il prenait peu de pause et s'acharnait au travail.

Et maintenant, à tout juste 28 ans, il venait d'être muté à la filiale allemande.

Sa société évoluait, elle s'était étendue dans différents pays en Europe, mais celle en Allemagne était en retard, elle n'enregistrait pas le chiffre d'affaire attendu.
Ils avaient besoin d'un soutien pour unifier les procédures et faire remonter les informations à la société mère, seulement aucun des membres du comité des anciens communicants ne voulait apprendre l'allemand et quitter leur famille.

Alors ils se sont tournés vers les communicants juniors, et de tous les communicants, Isagi se démarquait particulièrement grâce à son dernier rapport impeccable sur les implantations régionales de l'entreprise.

Isagi n'était pas effrayé par l'apprentissage d'une nouvelle langue, au contraire, il y voyait une expérience supplémentaire sur son CV. Sa carrière prenait un nouveau virage et il voyait déjà les opportunités dans l'entreprise sur le long terme.
Il a accepté de quitter ses parents, son pays et de se former pour apprendre l'allemand en un temps record.

Deux mois plus tard, Isagi a quitté le Japon en avion, il a emporté sa vie dans une valise jusqu'en Allemagne et s'est installé à son nouveau poste, communicant interpays.
Comme il venait d'être muté dans un pays européen, son salaire a augmenté. Il n'était plus calculé selon une grille salariale qui ne valorise que l'ancienneté et l'implication.
D'après l'Allemagne, il valait beaucoup plus qu'au Japon parce qu'il avait une expérience et des compétences.

Isagi gagnait certes un peu plus d'argent mais il a quand même pris un appartement dans un quartier de la capitale, Berlin, pas loin des nouveaux bureaux de son entreprise.
Le quartier était attractif et dynamique, plein de commerce, de parc pour enfant et de complexe d'appartement.

La première chose qui a sauté aux yeux d'Isagi, c'était l'austérité de l'Allemagne, même si au Japon les entreprises en béton remplissait le paysage, les villes était surtout faites de verre et de néons.
En Allemagne tout est fait de brique ou de béton, les bâtiments, qu'ils soient des bibliothèques, des immeubles, tous ressemblaient à une prison de loin.
Un bâtiment carrée, des grilles, peu de fioritures, une couleur sombre ou terne et de toutes petites fenêtres.

De l'extérieur son entreprise faisait un peu tâche dans l'environnement, les nouveaux locaux étaient plus moderne que ceux au Japon, de grandes baies vitrées, une porte tourniquet, un bâtiment cylindrique avec un parking souterrain.
A l'intérieur, Isagi pouvait voir un chauffages dans chaque pièce, de grands bureaux aménagés aux goûts de chacun, des meubles ergonomiques, et même plusieurs machines à café dans chaque salle de pause.

Isagi avait profité de son nouveau salaire pour s'acheter un mini frigo qu'il a installé dans son bureau. C'était très pratique pour s'éviter de marcher jusqu'à la salle de pause et gaspiller du temps de travail précieux.
Il pouvait stocker à moins de 10 mètres de lui, son repas pour midi, des boissons protéinées, des snacks et de l'eau fraiche pour les jours chauds.

Son nouveau poste était très satisfaisant, il avait fait la rencontre de pleins de collègues avec lesquels il allait travailler lors de ses prochains mois.
Tous avaient été surpris de son accent quand il a commencé à parler. Isagi débutait encore avec l'oral et avait du mal à former certains sons, mais il pouvait toujours compter sur ses collègues pour lui montrer comment les former.

Les européens étaient comme il l'avait deviné lors des vidéos de formation en langue étrangère. 
Tactile.

Lors de son premier jour dans l'entreprise, il a du serrer la main à tout le personnel et se présenter à tour de rôle.
A la fin de la journée Isagi s'est désinfecté les mains avec du gel hydroalcoolique avant de rentrer chez lui.

Il y avait plusieurs choses que Isagi avait du mal à comprendre, déjà il s'est rendu compte que la pause du matin était générale. Chacun se retrouvait dans la salle de pause autour d'un café, discutait et se saluait.
Il a bien tenté d'y échapper, mais les allemands sont coriaces, alors il a fini par y prendre goût et venir écouter les discussions de chacun.

Ensuite, il ne pouvait pas travailler durant ses weekends, ça arrivait que Isagi fasse quelques heures supplémentaires juste pour clôturer des dossiers de présentations.
Le problème c'est qu'aucun de ses collègues ne répond le weekend, jusqu'à ce qu'il comprenne que la séparation de la vie privée et professionnelle était importante pour les allemands.

Isagi a finit par passer son weekend à appeler ses intermédiaires au Japon pour leur transmettre les derniers chiffres de production.

Mais Isagi est d'accord sur le fait que les allemands sont simples et précis, il n'a jamais du reprendre quelqu'un sur son retard ou même sur un oubli.
S'il a besoin d'un rapport sur une production, il est sur son bureau le jour même.
Les réunions se déroulent toujours bien, tous le monde est à l'heure, personne n'a oublié l'ordre du jour.
Dès qu'Isagi met quelque chose sur l'agenda partagé en ligne, il est sûr que ce serait fait.

Le soir quand Isagi avait terminé de travailler, il était généralement le dernier à partir.
Il saluait la femme de ménage qui n'avait que le sol à nettoyer. Les bureaux étaient tous bien rangés et propre, celui d'Isagi encore plus.

Isagi prenait le bus qui desservait la zone industrielle où son entreprise s'était installée. Puis il rentrait chez lui.
Son immeuble avait un arrêt de bus juste en face, ce qui l'arrangeait, il n'avait pas beaucoup de mètre à faire avant de rentrer.

Son appartement était simple, il n'avait pas encore eu le temps d'acheter plus de chose. C'était un petit appartement qui lui rappelait le sien au Japon. Il contenait trois pièces assez grandes. Un salon et une cuisine, une chambre et une salle de bain.

Isagi n'avait que peu de fenêtres, comme dans tout bâtiment construit par des allemands, il devait donc aérer plus longtemps et s'éclairer plus fort qu'au Japon.

Ce soir, quand Isagi est monté à son étage, il a de nouveau croisé ce garçon.
Isagi ne sait pas qui il est, mais il le voit depuis qu'il est arrivé dans cet immeuble.
C'est un garçon silencieux, blond et plutôt amaigri. Il porte toujours les mêmes vêtements et s'assoit dans les escaliers pour voir qui y monte.

Isagi l'a vu de temps en temps autour de l'immeuble.
Le garçon a un ballon de foot usé jusqu'à la moelle, et semble jouer seul.

Parfois il le voit trainer dans des magasins et cacher des produits sous son sweat, Isagi avait trop pitié pour le dénoncer à la direction, mais il a vite compris que le garçon avait des problèmes et il ne voulait pas s'en mêler.
Isagi ne lui a jamais parlé, même s'il sait qu'il devrait.

Il a vu les bleus et les traces sur le corps du blond, il entend aussi les cris et des bruits sourds venant de l'étage supérieur.
Mais Isagi est un étranger, il ne devrait pas se mêler des affaires des autres.

Alors tous les soirs il passe à côté de la misère humaine, un regard triste et aucune parole de réconfort à lui donner.
Et s'est après avoir fermé sa porte d'appartement, qu'il s'appuie dessus et soupire :

- Qu'est-ce que tu fais…

Isagi à une vie calme et tranquille, un métier stable, un bon salaire, il parle deux langues, il est bien intégré dans la société et il veut pourtant tout chambouler avec un gamin qu'il ne connait pas.

Isagi essaye de penser à autre chose, il va prendre sa douche, utilise le même gel douche qu'il a acheté au Japon.
Il étend son linge pour demain.
Il prépare à manger dans sa petite cuisine.

Son regard se tourne vers sa porte d'entrée, et le garçon qu'il sait être derrière. Le blond était toujours dans la cage d'escalier jusque tard le soir, il fuyait quelque chose et Isagi imagine très bien que c'était ses parents.

Isagi laisse ses nouilles bouillir dans sa casserole et vient ouvrir sa porte d'entrée.

Le garçon était toujours assis dans la cage d'escalier.

Il était petit, plutôt sale, maigre et avait les cheveux décoiffés. Isagi savait qu'il avait des problèmes, mais il s'est quand même approché.
Le garçon tenait deux barres d'une rambarde en fer, il regardait vers le vide en dessous de lui.

Quand Isagi s'est accroupi près du garçon, celui-ci a tourné son visage vers lui, il semblait surpris que quelqu'un s'approche de lui.
D'aussi près, Isagi pouvait voir la pâleur de la peau du garçon, ses bras fins qui s'accrochaient aux barreaux en fer et une subtile odeur d'alcool.

Le garçon n'avait pourtant pas l'air ivre, ses yeux d'un bleu clair était vif, le petit semblait juste un peu effrayé.
Isagi a compris que le garçon grandissait surement avec des parents alcooliques, ça expliquerait pourquoi il volait des bières à chaque fois qu'Isagi le croisant dans un supermarché.

Isagi avait dû aussi s'habituer à ce que les bières vendu dans les rayons, ait une variété absurde de nom et de brassage qu'il ne comprenait pas encore très bien.

Isagi savait que c'était risqué, il n'était pas le plus à l'aise avec les relations et il était un étranger.
Mais il a tendu sa main vers le blond en espérant que ça le détende, et a demandé la plus simple des questions :

- Ça va ? Comment tu t'appelles ?

Le garçon a cligné des yeux plusieurs fois, visiblement surpris que quelqu'un lui parle vraiment. Il a ouvert la bouche, Isagi s'est préparé à entendre sa voix pour la première fois, mais le blond s'est subitement tu, ne laissant qu'un souffle entre eux.

Isagi s'attendait aussi à ce qu'il ne lui réponde rien, alors il a essayé de changer de sujet.
Puis subitement, il l'a entendu :

- Kaiser.

C'était à Isagi d'être surpris, le garçon semblait plutôt petit mais en fait sa voix lui donnait dans les alentours de 9 ans.
Isagi était sincèrement content d'avoir enfin un nom à mettre sur le blond, et d'avoir créé un lien avec lui. Il a sourit avant de continuer à lui parler :

- Dis moi, tu as faim ? J'ai fais à manger si tu veux.

Il sait que n'importe qui serait méfiant et préférerait partir plutôt que de suivre un inconnu, surtout quand cet inconnu fait semblant de ne pas vous voir pendant des semaines.

Pourtant le blond baisse son regard vers la main d'Isagi comme s'il hésitait à la prendre.

Isagi le laisse réfléchir, il sent que le petit à peur et il ne veut pas le forcer si ça le met en danger.

- Je m'appelle Isagi Yoichi, je suis le voisin du dessous. Je m'inquiète pour toi, tu as l'air d'avoir faim.

Le ventre de Kaiser donne raison à Isagi en grognant.
Ce n'était pas de sa faute, dès que l'étranger avait ouvert la porte, une odeur délicieuse s'est mise à flotter dans l'intégralité du couloir.

Ça sentait encore meilleur que les restes de la boulangerie.

Kaiser savait que suivre un étranger était dangereux, mais celui-ci lui avait donné son nom, il était venu lui parler contrairement aux autres.
D'après ses expressions du visage, Kaiser devinait sa tristesse et sa peine.
Son père le battrait à mort s'il osait revenir en retard comme la dernière fois, mais l'odeur alléchante de la cuisine étrangère et son ventre vide, le pousse à accepter.

Isagi voit le petit garçon poser sa main dans la sienne.

Si Kaiser était choqué par la chaleur douce et rassurante de l'homme, Isagi lui était choqué de la froideur de la main anguleuse du petit garçon. Sa main était pleine d'égratignure, ses phalanges laissaient entrevoir ses os.
Isagi voulait le réchauffer près de sa cuisinière, le laver et prendre soin de lui.

Alors il aida Kaiser à se lever et lui passa une main dans le dos pour le guider jusqu'à son appartement.

Dès que Kaiser a mis un pied dans l'appartement, il avait l'impression d'être accueilli et pourtant d'être une tâche.
Tout était si propre et bien rangé, les lumières douces éclairait un salon confortable et une cuisine d'où émane cette odeur agréable de légumes cuits.
Il faisait chaud, l'odeur sentait le linge propre étendu.
Pendant un instant, il avait l'impression d'être devenu riche.

Isagi a fermé la porte et a installé Kaiser à sa table, il lui a versé un bol de nouille avec des légumes et le lui a donné.
Le garçon a observé avec admiration les nouilles encore chaudes plongées dans un bouillon salé et les légumes flottant à la surface.

Ça avait l'air délicieux.

Kaiser a mangé et bu goulûment, Isagi était content de le voir manger autant.

Il l'a resservi pour être sur que le garçon n'ai plus faim, puis quand le bol a été une nouvelle fois vide, il a de nouveau regardé les bleus sur son corps :

- Tu veux que je soigne ça ?

Kaiser a regardé le doigt qui pointait les derniers bleus d'hier soir.

- Tu pourrais prendre un bain, je ne m'en sers pas souvent mais elle fonctionne encore.

Kaiser n'avait jamais pris de bain, il ne savait pas ce que c'était mais il devait absolument rentrer.
Il a déjà assez trainé, et il a peur de la réaction que son père aura en le voyant arriver.

Isagi ne peut rien faire de plus quand le garçon nie, il ne peut qu'accepter et lui ouvrir la porte.
Même si Isagi veut le retenir, il ne peut pas.
L'enfant pourrait être effrayé, porter plainte, ses parents aussi absent et mauvais soient-ils pourraient le traduire en justice.
Isagi le laisse donc repartir vers l'enfer.

Et quand il regarde le petit garçon monter vers l'étage supérieur, Isagi craint que ce ne soit la dernière fois qu'il le voit.