Chapter Text
Steve n’était pas un bon alpha.
Carol était mordante, mesquine, possessive.
Tommy était moqueur, agressif, hargneux.
Steve était doux, attentionné, câlin.
Il avait presque cru qu’il se présenterait comme un oméga. Le passage du temps lui avait fait se ronger les ongles et sa peur croissante l’avait poussé à être un peu plus irritable dans les couloirs du lycée. Ses parents l’auraient probablement désavoué ou caché ou envoyé dans un autre pays pour cacher leur honte.
Personne ne voulait d’un homme oméga.
Les femmes alpha avaient finalement réussi à se faire une place dans la société, suffisamment « masculines » aux yeux des gens pour être considéré comme de fausses femmes – même si Steve ne comprenait toujours pas vraiment quelle différence il était censé y avoir entre les hommes et les femmes. Mais les hommes oméga ? Une anomalie, voilà ce que c’était.
Alors quand il s’était finalement présenté, un alpha, c’était un soulagement.
Il n’empêchait que Steve n’était pas un bon alpha.
Alors il se cachait derrière une fausse indifférence, comme il l’avait fait toute sa vie. Il laissait Carol insulter, Tommy frapper et regardait de loin, priant pour que personne ne voit ses faiblesses.
Un roi apathique sur son trône, laissant à ses plus proches sujets toute la main sur ce stupide royaume de faux semblants.
Ainsi, il n’écoutait pas vraiment, et fredonnait de faux accords aux paroles de Tommy et Carol qui complotaient encore à ses côtés lors de leur déjeuner, se piquant mutuellement les frites sèches et pas assez cuites de la semaine en se lançant des regards noirs de défi.
Ils avaient toujours fonctionné à la compétition, un étrange couple qui avait fait jaser quand Carol avait fait sa propre présentation, mais que personne n’avait osé remettre en question à la fin – c’était deux alpha, certes, mais ils étaient toujours un homme et une femme.
« Alors Steve, qu’est-ce que tu en penses ? » demanda Tommy, le sortant de ses pensées.
Steve cligna des yeux vers eux, essayant de décrypter une conversation qu’il n’avait entendu que d’une oreille.
Il mit trop de temps à répondre, car Carol catapulta un des croûtons supra-secs de sa salade qu’elle n’avait pas touchée directement contre son front, où il rebondit pathétiquement avant de retomber quelque part sur le plateau de Steve.
« Tu n’écoutes pas, encore » ricana-t-elle.
Il fit un sourire peiné, haussant les épaules.
« Il pense encore à Nancy, rétorqua Tommy en haussant ses sourcils plusieurs fois, faisant grimacer Steve. Elle t’a rejeté pour Byers mec, arrête de la regarder. C’est pathétique. On n’est pas pathétiques, ici.
— Ouais, ça a mis un coup à ta réputation, mais il faut rappeler au monde qui tu es, Steve. »
Et Tommy hocha de la tête solennellement à côté.
« Qui je suis ? » demanda Steve innocemment en picorant dans son assiette de frites.
Il était presque sûr qu’il y en avait moins depuis la dernière qu’il avait mangée, avant de commencer à rêvasser. Il soupira intérieurement.
« Exactement, dit Tommy sans éclaircir Steve sur la question, le pointant du bout d’une frite piquée dans l’assiette de Carol qui la repris avec véhémence. Notre plan est parfait pour ça.
— Tu restaureras ton autorité sur cette bande d’abrutis qui commencent à croire qu’ils peuvent ricaner dans ton dos.
— Et en plus, ça fera les pieds à ce monstre de Munson.
— Une pierre, Steve, une pierre.
— Deux coups », compléta Tommy en tapant son poing contre celui de Carol avant de s’énerver quand elle profita de cette courte diversion pour oser prendre trois frites du plateau de son petit-ami.
« Munson ? Eddie Munson ? demanda Steve, de plus en plus perdu.
— Tu connais les rumeurs, Steven », dit Carol de la même façon qu’elle aurait pu dire Tu es si stupide, Steven.
Peut-être qu’il l’était. Ou peut-être que les rumeurs en général lui importaient peu. Il ne savait pas grand-chose de Munson.
Il écoutait de la musique bruyante dans son van cabossé, dirigeait un club de nerd quelconque et vendait de la beuh à la table de pique-nique dans les bois. Il n’y avait rien dans ces éléments qui ressemble à une rumeur à relier à sa réputation soi-disant entachée par le rejet de la douce et forte Nancy Wheeler.
Carol se pencha vers lui comme si elle allait dire un secret, mais parla assez fort pour que quelques regards curieux se tournent vers eux des tables à l’entour.
« On l’aurait vu traîner en ville avec un autre homme alpha. »
Face au regard confus de Steve, Tommy soupira et compléta à contrecœur, comme si ça lui coûtait de devoir tout expliquer à Steve.
« Ils se roulaient une pelle, a dit Stacy qui l’a entendu de Stefany.
— Mais ce serait Brian qui l’aurait vu, d’après Mary, ajouta Carol.
— Peu importe, coupa Tommy en secouant la main devant le visage froissé de Carol. Ce monstre aime les bites. Tu as une bite, Steve. Et tu dois faire savoir que tu peux avoir qui tu veux. Je suis sûr que tu peux relier les points tout seul, Stevie-o.
— Mais je ne le connais même pas- »
Il fut interrompu par le soupir désespéré de Tommy, secouant la tête de dépit, et le roulement d’yeux le plus dramatique qu’il ait jamais vu de la part de Carol.
« Tu ne vas pas vraiment sortir avec lui, Steve.
— Mais tu vas le courtiser, dans les règles-
— le faire espérer-
— probablement le rendre amoureux.
— Et puis tu le largues en public-
— devant tout le monde-
— et là, non seulement Munson se mordra les doigts d’avoir cru pouvoir toucher des sommets comme sortir avec Steven George Harrington-
— Ce n’est pas mon deuxième prénom, tenta d’interrompre Steve sans se faire entendre.
— mais en plus, toutes les filles seront bien au courant de ton célibat et de ton charisme. Personne ne te résiste. Plus personne n’en doutera. »
Ils le regardèrent tous les deux avec attente, espérant probablement une approbation enthousiaste.
« Mais, les gens ne vont pas trouver ça étrange au contraire que j’aille séduire un autre alpha ?
— Bien sûr que non, Steve !
— Les personnes influentes sont déjà au courant du plan, Steve.
— Personne ne mouftera. Munson aura d’autant plus l’impression qu’il est dans son plein droit. Personne ne l’insultera tant que tu seras dans cette fausse relation avec lui. »
Steve regarda Carol dans les yeux. Puis Tommy. Puis à nouveau Carol. Il recula sur son siège, peu sûr de vraiment devoir être enthousiaste.
« Mais… ce n’est pas très sympa. »
Tommy et Carol explosèrent de rire comme si Steve avait fait la blague de l’année.
« C’est Munson, mec, ce type se croit tout permis juste parce qu’il fournit de quoi nous amuser lors de nos fêtes. Tu as vu comment il se pavane sur la table de la cantine une fois par semaine avec ses grands discours ? Il est temps de faire tomber un homme qui se croit trop près du sommet, Harrington.
— Mais-
— Tu veux que tout le monde sache que tu es un dégonflé, Steve ? demanda Carol d’un air menaçant.
— Tout le monde sait déjà ce qu’on veut faire. Si tu refuses, qu’est-ce qu’ils vont tous penser de toi ?
— Ils sont impatients, ce sera le drame de l’année.
— Tu ne peux pas refuser, mec. »
Steve soupira en retournant à ses frites – elles semblaient encore plus fades qu’avant cette conversation. Il hocha de la tête par dépit.
Il semblerait qu’il n’ait pas le choix.
Il était déjà sur le fil avec ses parents, ses notes pas assez bonnes, son altercation avec Billy ayant provoqué une commotion cérébrale pour laquelle le médecin lui avait recommandé vivement d’arrêter le basket, lui volant tout espoir d’une bourse universitaire, et sa rupture avec Nancy n’avaient certainement pas arrangé les choses.
Il ne pouvait pas se permettre de tomber plus bas.
Il devait continuer à jouer le jeu, porter un masque.
Quand il aurait enfin son diplôme, se répéta-t-il. Il pourrait partir, avoir un petit boulot – ou plus probablement trois – et se payer son logement, loin de ses parents, loin du lycée. Loin de ces conneries.
