Chapter 1: Arrivé des jumeaux au Sanctuaire
Summary:
Saga et Kanon viennent d'arriver au Sanctuaire et font la rencontre de leur maître.
Notes:
Les personnages ne m’appartiennent pas.
Chapter Text
Les statues devant le temple étaient immenses, si grandes et impressionnantes que les deux petits garçons en furent presque pétrifiés de terreur, mais le Grand Pope les poussa doucement devant lui les forçant à continuer de marcher.
À l’intérieur du temple, tout semblait encore plus grand et effrayant, les piliers montaient haut vers le plafond, le feu, dans les gigantesques braseros, crépitait et formait des ombres terrifiantes sur le sol et les colonnes. Saga jeta un discret coup d’œil vers son petit frère qui avait rabattu la capuche sur sa tête pour se cacher sous l’épaisse cape en laine et après une hésitation, il tendit la main pour prendre la sienne, Kanon leva les yeux vers lui, son corps était pris de petits tremblements et ses yeux, presque invisible sous sa cape, étaient encore larmoyant.
Ils étaient épuisés, le chemin jusqu’au temple des Gémeaux avait été long et difficile, les escaliers étaient bien trop nombreux et trop grands pour des enfants aussi jeunes et le terrain très accidenté. Saga avait failli tomber à plusieurs reprises et Kanon était tombé lorsque ses pieds s’étaient pris dans le bout de sa cape. Il avait un peu pleuré avant que son grand-frère ne se précipite pour essuyer ses mains écorchées.
Le Grand Pope était venu les chercher chez la voisine qui s’occupait d’eux depuis le décès de leur mère en mission. Ça faisait une semaine maintenant, l’enterrement avait eu lieu la veille. Il était venu les voir très tôt ce matin, la voisine, en recevant un visiteur aussi prestigieux, avait bien faillit s’évanouir et son mari avait bafouillé quelques mots incompréhensibles avant d’aller chercher son meilleur vin dans la cave. Kanon et lui avaient été réveillés par l’agitation et après avoir parlé un long moment avec les adultes, le Grand Pope l’avait invité à sortir pour qu’ils puissent discuter. Saga avait laissé son petit frère seul à contrecœur avant de le suivre.
Il n’avait pas tout compris, le Grand Pope utilisait beaucoup de mot compliqué, mais il avait dit qu’il avait un lien fort avec la constellation des gémeaux et qu’il deviendrait sans doute un puissant chevalier s’il acceptait de s’entraîner au Sanctuaire. Il avait d’abord craint que Kanon ne soit pas autorisé à venir avec lui, mais il lui avait promis qu’ils ne seraient pas séparés et que son maître serait d’accord pour s’occuper de son petit-frère. A ce moment-là, l’enfant s’était détendu et le Grand Pope n’avait pas eu besoin d’insister plus longtemps pour qu’il accepte sa proposition, il était ensuite reparti à son travail pour ne revenir le chercher avec son frère qu’une fois la nuit tombée.
Il fallait qu’il soit courageux, il n’en allait pas seulement de sa survie, mais aussi de celle de Kanon. L’orphelinat de Rodorio était horrible, les enfants n’avaient pas assez à manger, les adultes étaient violents, alors qu’il était au marché avec sa mère, il avait vu un des gardiens savater un petit garçon, elle lui avait dit de ne pas s’en préoccuper, mais il n’était pas parvenu à l’oublier. À chaque fois qu’il s’en souvenait, les pleurs de l’enfant lui serraient le cœur.
La voisine ne pouvait pas, non plus, les garder éternellement chez elle. Son mari semblait déjà s’agacer de la présence de Kanon, il l’avait tiré par les cheveux et secoué comme un prunier la veille seulement parce qu’il avait renversé un peu d’eau par terre. Sa femme avait dû intervenir pour qu’il ne le frappe pas et ça n’avait pas été efficace, car il l’avait tout de même frappé, finalement, il l’avait envoyé dans leur chambre sans lui donner à manger. Saga le savait, il devait trouver un travail pour qu’ils ne meurent pas de faim et pour qu’ils soient en sécurité. Kanon avait besoin de manger tous les jours, sinon, il allait tomber malade. La proposition du sanctuaire tombait donc au bon moment.
Saga serra plus fort la main de son petit-frère en lui caressant la paume, il le sentit alors se rapprocher et leurs épaules se touchèrent presque. Kanon était vraiment effrayé par la situation, déjà, il n’avait pas vraiment eu l’occasion de lui expliquer ce qui allait se passer, lui-même ne comprenait pas tout, mais en plus le Grand Pope s’était un peu énervé, parce que son frère traînait un peu trop, pour sa défense, les marches étaient hautes et difficile à gravir, mais le Grand Pope ne l’avait pas vraiment écouté.
L’aîné des gémeaux se retourna et tenta un sourire rassurant vers son cadet, sourire qui ne sembla pas le rassurer, Kanon utilisa sa main libre pour frotter ses yeux et son nez en hoquetant silencieusement. Profitant que le Pope passe devant eux pour aller ouvrir la grande porte des appartements privés de la maison des Gémeaux, Saga s’arrêta et essuya lui-même les joues de son frère avec ses manches. Lui et Kanon n’étaient jamais montés dans les temples jusqu’à ce soir, ainsi, Saga ne savait pas comment réagir, tout semblait précieux, riche, alors qu’eux étaient sales et débraillés.
« Les enfants ! Arrêtez de discuter et suivez-moi. »
Prenant son courage à deux mains, Saga se tourna vers le Grand Pope en tenant toujours fermement la main de son cadet. Le vieil homme se tenait devant la porte ouverte, le dos courbé par l’âge et la fatigue, il leur sourit dans une tentative de se montrer rassurant avant de leur faire signe de se rapprocher. Saga prit une inspiration et obéit enfin en tirant son frère derrière lui.
La maison était bien différente de ceux à quoi ils se seraient attendus. Ils entrèrent tous les trois dans une grande entrée chaleureuse et les petits s’essuyèrent les pieds sur le tapis pour ne pas salir le sol alors que le Grand Pope s’avançait déjà dans le couloir.
Loin de ressembler aux petites maisons en bois de Rodorio, le sol était en marbre gris, deux grandes statues, des répliques de celle à l’entrée du temple, entourait la porte. À droite, un placard immense, composé de miroir et de scène mythologique que les petits garçons ne connaissaient pas. Kanon sursauta en croisant son reflet à peine éclairé par la lumière provenant du salon, ses yeux, ses joues et son nez étaient rouge à force de pleurer, mais c’était la pénombre qui l’avait fait bondir et le reflet menaçant des deux statues derrière lui.
« T’as pas besoin d’avoir peur, je suis avec toi, je te protégerais. »
Saga, malgré sa petite taille avait parlé d’une voix calmée et assurée, comme si c’était une évidence. Il essuya à nouveau le visage de son cadet avec ses manches avant de lui embrasser le front, comme leur mère le faisait, cela provoqua un léger sanglot chez son cadet qui se mit à triturer ses manches avec angoisses.
« Les enfants. Qu’est-ce que vous faites tout seuls dans le couloir ? Venez ici, nous n’allons pas vous manger. »
Kanon prit une respiration tremblante et les larmes dans ses yeux redoublèrent, Saga lui, prit une inspiration et après avoir embrassé une nouvelle fois son frère le tira vers le salon.
La pièce, comme le hall d’entrée était grand et impeccable, pas un poil de poussière, le sol si propre qu’ils auraient pu se voir dedans. Un homme grand et carré se tenait devant un canapé en cuir bleu-gris, Saga déglutit et continua de se rapprocher des adultes. Il s’arrêta à quelques pas du tapis, n’osant pas marcher dessus avec ses chaussures.
Plus près des adultes, il se rendit compte que l’homme n’était pas seulement grand, il était gigantesque et dépassait le Grand Pope d’au moins une bonne vingtaine de centimètre. Une cicatrice au bord irrégulier barrait sa joue droite, ses cheveux noirs étaient très longs, mais attaché en queue-de-cheval pour dégager son visage, sa carrure était impressionnante. À sa vue, Kanon se rapprocha de lui et se blottit dans son dos en attrapant fermement le haut de son pull. Saga en fut presque jaloux, il n’avait personne derrière qui se cacher lui, il se redressa ce qui n’était pas très impressionnant au vu de sa petite taille et releva les yeux vers l’homme en tentant de retenir les tremblements de son corps.
« Voilà ! » dit le Grand Pope d’une voix encourageante avant de faire un signe aux enfants pour qu’ils s’approchent encore un peu plus. « Les garçons, voici Nimrod, le chevalier d’or des Gémeaux, ce sera votre maître à partir de maintenant. C’est quelqu’un de très gentil et je suis certain que vous serez heureux avec lui. »
Pendant qu’il parlait Nimrod s’approcha d’eux avant de s’accroupir pour se mettre à leur hauteur, son regard perçant qui le scrutait sous toutes les coutures mis immédiatement mal à l’aise Saga qui dut se faire violence pour ne pas reculer et chercher à se mettre en sécurité derrière le Grand Pope. Kanon lui ne résista pas et ferma les yeux de toutes ses forces avant de tenter de disparaître un peu plus derrière son aîné.
« Ce sont des braves garçons. » continua le Grand Pope à l’intention de Nimrod. « Saga montre des prédispositions très intéressante pour l’armure des Gémeaux. Tu devrais le constater rapidement, je pense qu’il apprendra vite.
— Quel âge a-t-il ? » demanda finalement le chevalier en se relevant et en désignant Saga d’un mouvement de tête. « Ils ont l’air plutôt jeune.
— Nous avons 4 ans, monsieur. »
Nimrod baissa les yeux sur Saga qui venait de parler, sa voix était claire sans les tremblements auxquels l’homme se serait attendu, pourtant, l’enfant n’aurait pas pu se sentir plus effrayé, son estomac se tordait sous le poids de l’angoisse, sa gorge était serrée, presque douloureuse.
« C’est peut-être un peu jeune pour commencer un entraînement… Je ne sais pas ce que je vais pouvoir faire de lui… »
Saga baissa les yeux, il n’allait pas les accepter, il était trop petit, trop faible. C’était fini, ils allaient devoir partir à l’orphelinat.
« Nous n’avons plus beaucoup de temps, la prochaine Guerre Sainte approche et la Déesse se réincarnera bientôt. Nous avons besoin de former la prochaine génération maintenant. »
Saga leva les yeux sur les adultes avant que son petit-frère ne serre son bras plus fort, comme s’il avait craint qu’il s’éloigne et cacha son visage contre son épaule, les larmes silencieuses de son cadet tachaient sa tunique, mais il ne se plaignit pas et prit sa main dans la sienne.
« Je suppose que les deux petits devraient pouvoir dormir ensemble, ils ne sont pas très grands, un lit pour deux devrait leur suffire pour le moment.
— Ce n’est pas une bonne idée de laisser des jumeaux constamment ensemble, ils doivent apprendre à vivre séparé et ça ne se fera pas s’ils partagent la même chambre. »
Saga sentit immédiatement une sueur froide couler le long de son dos et il jeta un regard inquiet au Grand Pope, il ne pouvait pas les séparer tout de même. Où allait dormir son frère ? Kanon était trop petit pour être laissé tout seul, sa mère ne l’avait jamais laisser sans surveillance, il serra plus fort sa main alors que ses lèvres le démangeaient de protester à l’idée, mais il ne pouvait pas, il ne pouvait pas prendre le risque de ne pas être accepté en tant que disciple, Kanon serait à l’abri de tout s’il était autorisé à s’entraîner.
« Je suppose que tu en sais plus que moi à ce sujet… » répondit le Grand Pope. « Dans ce cas, tu mettras Kanon dans l’ancienne chambre de ton frère... Elle est en bonne état ? Tu n’as pas besoin d’y faire des travaux. Je peux débloquer de l’argent si c’est le cas. »
Le chevalier hocha la tête alors que Saga pouvait sentir les sanglots de son frère redoubler en entendant les adultes parler. Il marmonna quelque chose d’incompréhensible dans sa tunique, Saga déglutit et sentit la boule dans sa gorge enfler.
« Les travaux sont inutiles, la chambre est encore en très bon état, mon frère n’y a pas vécu assez longtemps pour l’abîmer. Elle sera parfaite pour… »
Nimrod baissa les yeux sur le deuxième enfant, prêtant pour la première fois attention à Kanon. Il le dévisagea une seconde avant de faire un vague signe de la main vers lui.
« Kanon. » répondit le Pope. « Il est plus anxieux que son frère alors ne le brusque pas trop, c’est un gentil garçon, mais je crains qu’il ait besoin de plus de temps pour s’acclimater. »
Nimrod hocha la tête sans répondre, et le Grand Pope baissa les yeux sur les enfants avant d’ébouriffer les cheveux de Saga en voyant son air inquiet.
« Vous n’allez pas être séparé, ne t’inquiète pas, vous dormirez seulement chacun dans votre chambre. Nimrod va prendre soin de vous deux. Vous verrez, la vie dans le Sanctuaire est très agréable une fois que l’on s’y est habitué. »
Les paroles rassurantes du Grand Pope soulagèrent l’aîné qui poussa un soupir tremblant, mais pas son cadet qui continua de pleurer. Saga se força à sourire pour eux deux.
« Merci, pour les chambres. On ne vous généra pas, mon petit-frère et moi serons gentils. »
Il avait fallu tout son courage au garçon pour réussir à parler aux adultes, le Grand Pope sembla enchanter par sa réaction, il lui ébouriffa à nouveau les cheveux avant de les recoiffer.
« Comme je te le disais ce matin, ils sont très polis et très calmes. Je ne pense pas que tu auras beaucoup de problèmes avec eux.
— Je l’espère pour nous tous… »
Les adultes parlèrent encore un long moment sans plus leur prêter la moindre attention. Saga profita de ce moment de répit pour se tourner vers son cadet, il essaya d’abord de lui faire retirer sa capuche, mais le petit garçon s’y accrocha immédiatement en rentrant son cou dans ses épaules, ne voulant pas l’effrayer en le forçant ou laisser supposer à son maître que son petit-frère était un garçon capricieux Saga n’insista pas plus longtemps.
Les larmes de son cadet ne s’arrêtaient pas et ne sachant pas quoi faire d’autres pour l’apaiser, Saga le serra doucement dans ses bras en se balançant pour le bercer, lentement, il sentit ses épaules se détendre et les sanglots de Kanon se calmèrent enfin. Il ne le lâcha pas pour autant, ses petites mains caressaient son dos en petits cercles apaisants, celle de son frère était accrochée à sa tunique, tirant sur le tissu.
Finalement, le Grand Pope partit après leur avoir fait promettre d’être sage et obéissant et les deux enfants se retrouvèrent seul avec l’homme immense et toujours aussi effrayant. Nimrod soupira, son regard les toisa, Saga se sentit à nouveau jauger et il se redressa encore un peu en serrant fermement les poings pour faire cesser les légers tremblements de son corps, puis Nimrod sourit, moins chaleureusement que le Grand Pope, ça ne réchauffa pas du tout le cœur des enfants effrayés.
« Bien, venez avec moi. »
L’homme attrapa la porte bougie sur la table basse et avança dans le temple sans regarder derrière lui pour savoir si les garçons le suivaient réellement, Saga attrapa aussitôt, la main de son frère pour le forcer à avancer. Ils suivirent l’adulte, trottant pour ne pas se faire distancer dans l’immense maison et se retrouver perdu dans le noir. Ils marchèrent une longue minute dans un couloir labyrinthique aux proportions démesuré pour des enfants si petits et décoré de vase antique et de statue, avant que le grand homme ne s’arrête devant une lourde porte en bois. Saga l’observa d’un œil méfiant et pour la première fois, il recula d’un pas, obligeant son frère à faire de même.
Nimrod ne lui laissa pas le temps de douter plus longtemps, il tourna la clé qui était dans la serrure et l’ouvrit.
« Ici, ça sera la chambre de Kanon. »
L’odeur de renfermé et d’humidité agressa immédiatement ses narines. Saga fronça le nez et grimaça. Il n’y avait pas assez de lumière à l’intérieur pour bien distinguer la pièce et ses murs, en fait, elle n’était éclairée que par la bougie que tenait Nimrod. De là où il se tenait, Saga pouvait seulement distinguer un lit. Ça ne ressemblait pas à un endroit convenable pour faire dormir un enfant, maman ne les aurait jamais laissé dormir dans une chambre comme celle-ci. Il tourna son regard vers Kanon, immobile et pétrifié, avant de regarder à nouveau la pièce, il ne semblait même pas y avoir de fenêtre, c’était la pleine lune dehors, s’il y en avait eu une, sa lumière aurait éclairé la chambre.
« C’était la chambre de mon frère, il est mort il y a plusieurs années. Je pense qu’elle conviendra parfaitement. »
Nimrod fit un pas pour entrer à l’intérieur, Saga déglutit difficilement, mais il se força à bouger pour entrer à son tour avec son frère, à la faible lumière de la bougie, il vit enfin réellement le lit, recouvert d’un drap décoloré et d’un oreiller presque plat, un placard, un grand miroir en pied, Nimrod alluma une vieille bougie posée sur la commode à côté de la porte, bougie qui eut beaucoup de mal à s’allumer à cause de l’humidité.
« Voilà, tu vas rester ici, Kanon. Saga, tu viens avec moi, je t’emmène à ta chambre. »
Il écarquilla les yeux alors que son maître sortait déjà. C’était tout ? Il ne voulait pas au moins lui donner des draps propres et chaud, les nuits étaient froides dans le sanctuaire.
« Mais
— Pas de mais, sors de cette chambre. »
La prise sur son bras se resserra, Saga jeta un regard à son cadet puis a son maître, sans prévenir, Nimrod se dirigea vers eux et saisit Kanon par l’épaule pour le forcer à lâcher son aîné avant de pousser Saga en dehors de la pièce. La porte se referma aussitôt sur son frère et ses protestations disparurent avec lui. Saga la fixa les yeux écarquillés alors que son maître fermait à clé, il connaissait assez bien son cadet pour savoir qu’il avait dû se mettre à tambouriner de l’autre côté, Kanon avait toujours détesté la solitude, mais il n’y avait pas le moindre bruit.
« La pièce est isolée, mon frère était quelqu’un de… bruyant, je n’avais pas le choix pour avoir un peu de tranquillité. » Expliqua Nimrod d’une voix calme en croisant le regard du petit garçon.
Son explication ne le rassura pour autant pas, maman n’enfermait jamais Kanon dans leur chambre, tout simplement parce que ça se soldait toujours par des pleurs et des hurlements jusqu’à ce que l’enfant n’ait plus de voix, il réveillait les enfants des voisins, faisait hurler les chiens et les dit voisins qui venait tambouriner à la porte pour qu’elle le fasse taire d’une manière ou d’une autre.
« Kanon a peur tout seul…
— Il va devoir s’habituer… Tu t’appelles Saga, c’est ça ? Quand es-tu né exactement ?
— Le 30 mai, on est né pendant la nuit et j’ai 9 minutes de plus que mon frère. »
L’enfant avait récité sa réponse non sans jeter plusieurs regards inquiets vers la porte de la chambre. Est-ce que Kanon continuait de pleurer ? Il ne pouvait pas supporter l’idée de le laisser pleurer tout seul, sa mère l’avait toujours incité à aller consoler son frère lorsqu’il n’allait pas bien. C’était horrible de ne rien faire. Son cœur se serra à l’idée et il avait envie de pleurer aussi en imaginant la détresse de son cadet.
« Je…
— Ne te préoccupe pas de lui.
— Mais je suis son grand-frère ! »
Son tout nouveau maître fronça les sourcils et son regard s’assombrit, l’enfant cessa immédiatement de protester avant de baisser les yeux, inquiet que son éclat ne provoque sa colère.
« Ça suffit ! Le Grand Pope m’a dit que tu étais un gentil garçon, tu ne vas pas déjà commencer à te montrer capricieux.
— Non… mais…
— Ton frère ne risque rien dans cette chambre. Tu le retrouveras demain matin. Dépêche-toi maintenant, tu ne voudrais tout de même pas que je me fâche alors que tu viens à peine d’arriver ? »
Saga secoua la tête et son maître acquiesça avant de ranger la clé dans le meuble à côté de la porte et de s’éloigner. Il jeta un dernier regard à la porte, au meuble, il ne pouvait pas ouvrir le tiroir sans immédiatement attirer l’attention de son maître, sans autre solution, Saga courut après l’homme.
« Ce soir, tu vas dormir. » dit l’homme alors que l’enfant arrivait à sa hauteur. « Je t’expliquerais les choses plus en détail demain et tu commenceras vraiment à t’entraîner après-demain. Je t’apprendrais des choses simples, mais tu as intérêt à progresser vite si tu ne veux pas mourir. »
Saga acquiesça incapable de trouver ce qu’il pourrait dire à ça, il ne pouvait tout simplement pas mourir, s’il le faisait, qui allait prendre soin de son frère ? Kanon avait toujours besoin de lui pour le protéger. Ils passèrent à nouveau devant le salon, entièrement plongé dans le noir, la lueur de la bougie dessina des ombres effrayantes sur les murs et les meubles et l’enfant qui n’avait plus son frère pour se sentir fort, frissonna et accéléra le pas pour se coller au pas de son maître.
« Ça sera sans doute un peu difficile au début, mais tu finiras par t’y habituer. Je te présenterais à mes collègues dans quelques jours, certains ont aussi des disciples donc tu pourras sans doute jouer avec eux. »
Des collègues ? D’autres enfants ?... Des… amis ? C’était déjà une perspective plus amusante, il leur présentera Kanon, son frère n’avait jamais eu beaucoup d’amis à cause des bêtises que racontaient les adultes, les enfants à Rodorio avaient peur de lui et l’évitait comme la peste. Après encore une longue minute de marche, son maître s’arrêta devant une grande porte et Saga se stoppa juste à côté de lui. L’homme tapota ses cheveux avant d’ouvrir la pièce.
Sa chambre était en tout point différente de celle de son frère, spacieuse, une immense fenêtre qui donnait sur un paysage escarpé et la mer au loin, la douce lumière de la lune éclairait la pièce. Le lit était si grand qu’une quinzaine d’enfants de son âge aurait pu y dormir sans être à l’étroit. Elle sentait bon, un mélange de lavande et de menthe, quelques bougies avaient déjà était disposé sur les tables de chevet et sur le grand bureau en dessous de la fenêtre. Le maître le poussa doucement à entrer à l’intérieur avec lui.
Saga resta bouché-bée, incapable de ne pas comparer sa chambre luxueuse à celle calamiteuse de son cadet. Ce n’était pas juste, pas juste du tout, Kanon n’avait rien fait de mal pour justifier un tel traitement.
« Il te faudra quelques vêtements pour t’entraîner et des vêtements civils. » continua Nimrod en ignorant les tourments de son disciple. « Nous irons faire des courses ensemble dans la semaine pour les seconds, pour les premiers, je demanderais à Marianne de te confectionner deux ou trois tuniques.
— Je préfère que Kanon dorme dans ma chambre et moi dans la sienne ! »
Nimrod baissa un regard courroucé sur lui, mais le petit garçon avait croisé les bras, pour les empêcher de trembler et fusillait la pièce du regard.
« Ce n’est pas possible. »
La réponse était catégorique et Saga se sentit ridicule, ses yeux faillirent se remplir de larmes, il serra les lèvres pour les empêcher de trembler.
« Je… je suis son grand-frère, c’est moi qui devrais dormir dans la moins bonne chambre…
— Ce n’est pas comme ça que les choses fonctionnent ici. »
Ce n’était pas comme ça, mais maman avait dit que le Sanctuaire et les chevaliers protégeaient les plus faible, alors ça devrait être comme ça, son frère était plus faible que lui, il devrait avoir la meilleure chambre.
« Le Grand Pope m’a dit que tu étais un gentil garçon, n’est-ce pas ? » Saga garda les lèvres pincées et il essuya son nez qui le piquait d’un revers de main. « Je comprends bien sûr que tu veuilles favoriser ton frère, mais Kanon ne ferait sans doute pas ça pour toi.
— SI ! »
L’accusation lui avait semblé si injuste que le petit garçon n’avait pas pu s’empêcher de crier. Kanon lui donnerait sa chambre sans hésiter s’ils échangeaient de place, il partageait toujours ses bonbons avec lui et quand ses crayons de couleurs ne marchaient plus, il lui donnait toujours les siens.
« Cesse de faire la tête, tu veux.
— Mais… »
Saga baissa le nez sur ses pieds et se mit à tirer sur sa tunique, les yeux au bord des larmes. Il sursauta, alors que son maître faisait un peu vers lui et son corps se préparait déjà à encaisser un coup, mais Nimrod se contenta de s’accroupir à sa hauteur.
« Bien faisons un marché, j’accepterais d’acheter du matériel pour la chambre de ton frère si tu progresses rapidement, est-ce que ça te convient ? »
Progresser rapidement ? À quel point devait-il progresser rapidement ? Il ne devrait pas avoir besoin de progresser rapidement pour que son frère ait des draps confortables. Est-ce qu’il pouvait obtenir mieux ? L’idée d’insister lui paraissait risquer.
« Tu es d’accord ? »
Le garçon hocha la tête et son maître se redressa avec un sourire.
« Ma chambre est au bout du couloir. Tu peux venir me voir si tu as un problème. Je te laisserais entrer, mais n’en profite pas pour venir toutes les nuits. Tu dois apprendre à dormir seul. »
Saga acquiesça et son maître lui ébouriffa une dernière fois les cheveux avant de partir en refermant la porte derrière lui, la clé ne cliqueta pas dans la serrure en l’enfant en déduisit immédiatement qu’il n’y était pas enfermé.
Malgré tout, il resta, plusieurs minutes, totalement immobile au centre de la grande pièce. Il y avait un peu de vent qui soufflait contre la vitre, les quelques bougies éclairaient la chambre d’une lumière tamisée. Saga sentit un sanglot s’échapper de sa poitrine, mais le petit garçon le refoula immédiatement. Il fallait qu’il soit fort et courageux pour protéger Kanon.
Lentement, il se dirigea vers le lit. Il n’avait pas de vêtement pour dormir, n’ayant pas pensé à les prendre avant de partir, alors il se déshabilla pour ne garder que sa tunique, grimpa sur le matelas et attendit. Les draps étaient doux et sentaient bon la lessive, l’oreiller bien plus confortable que celui qu’il avait à la maison.
Son maître allait finir par s’endormir, il ne savait pas l’heure qu’il était et n’avait pas encore appris à la lire, mais il était tard et il irait sans doute bientôt se coucher. Une fois endormi, il pourrait sortir de son lit pour rejoindre Kanon et allait le rassurer.
Sa présence manquait, il n’avait jamais dormi seul, il n’y avait pas de lumière non plus dans la chambre de son frère alors que Maman laissait toujours une bougie allumée pendant qu’ils dormaient. Saga regarda la petite flamme qui dansait devant ses yeux, Kanon avait peur du noir… des monstres et des fantômes, il était impossible que son frère trouve le sommeil dans ses circonstances. Il devait être terrifié, ce n’était qu’un petit garçon après tout, il avait encore besoin d’être protégé.
Les minutes passèrent puis les heures, le temple était plongés dans le plus profond des silences, il n’y avait pas le moindre bruit, même le vent sur la vitre avait cessé de souffler. Son maître devait être couché maintenant.
Saga descendit du lit sur la pointe des pieds et sortit dans le couloir tout aussi discrètement. Le temple était complétement plongé dans le noir et seule la lumière de la petite bougie éclairait ses pas. La peur d’une punition n’arrivait pas à dissuader le garçon, arrivé devant le meuble, il se dirigea sans hésiter, mais d’une main tremblante vers le meuble du couloir et ouvrit le tiroir pour attraper la clé de la chambre.
Tout en faisant attention à faire le moins de bruit possible, il ouvrit la porte, la flamme de sa bougie éclaira la petite pièce plongée dans le noir. Comme il l’avait craint, son frère pleurait toujours, mais en le voyant entrer, il se leva précipitamment et se jeta sur lui en pleurant plus fort, le mouvement faillit les faire tomber tous les deux en arrière et Saga dû écarter précipitamment la bougie pour qu’elle n’enflamme pas les cheveux de son cadet puis, il s’empressa de refermer la porte de peur d’alerter leur maître.
Son frère ne le lâcha pas une seule seconde toujours accroché à lui, il le dirigea maladroitement vers le lit avant de réussir à poser le bougeoir sur la table de chevet branlante. L’humidité alourdissait l’air ambiant, il se hissa sur son lit avec son frère qui se blottit contre son épaule pour continuer à pleurer. Du lit et tout en caressant les cheveux de son cadet pour tenter de l’apaiser l’enfant observa la pièce.
La bougie, que le maître avait allumée, n’était plus sur la commode à côté de l’entrée, mais il n’arrivait pas à voir où elle avait disparu. Le lit était plus petit, la chambre plus humide, il se glissa dans les draps fins et rêches avec Kanon. Ce n’était pas exactement ce qu’il avait imaginé quand le Grand Pope lui avait dit que son frère serait en sécurité, mais c’était peut-être mieux que rien. Le voisin aurait fini par le battre s’il était resté et ce n’était pas tolérable. L’idée que quelqu’un frappe son petit-frère lui retournait l’estomac.
Après plusieurs minutes de sanglots, son cadet se calma enfin assez pour parler. Il releva des yeux et un visage rougi par les larmes sur lui et essuya son nez avec le col de sa tunique.
« Bourquoi t’es bartiiie ? »
Le ton larmoyant de Kanon le fit grimacer.
« Pardon, j’ai pas eu le choix, mais je suis revenu.
— Ouii. »
Saga lui embrassa le front et son frère se colla plus près de lui, comme s’il avait tenté de fusionner, avec son cadet dans ses bras, il se sentait à nouveau plus courageux et moins effrayé. Finalement, les larmes cessèrent entièrement, et même les sanglots avaient disparus, les deux garçons restèrent un long moment en silence à profiter de la présence de l’autre, jusqu’à ce que Saga murmure alors qu’il voyait la flamme de sa bougie vaciller.
« Où est la bougie que le maître t’a donnée ? »
Kanon renifla et releva les yeux vers lui avant de tendre la main pour lui montrer la petite brûlure sur ses doigts.
« Tu t’es fait mal avec ?
— Elle est… tombé sur mes doigts. »
Un petit sanglot avait interrompu sa phrase alors que le garçon observa la taches rouge et gonflée sur son index, la douleur lui revenait en mémoire et avec elle une forte envie de pleurer. Saga prit sa main pour embrasser la blessure.
« C’est un bisou magique. » expliqua l’aîné. « Tu n’as plus mal ? »
Et c’était vraiment magique, car à peine la phrase prononcer la peine et la douleur du garçon s’envola, il sentit son corps se réchauffer et enfonça à nouveau son visage contre son aîné.
« J’ai plus mal… »
La réponse étouffée de son cadet le fit sourire, il lui embrassa encore les cheveux. C’était facile, maman faisait tout le temps ça quand Kanon se blessait, il n’avait qu’a l’imiter pour régler la plupart des problèmes.
« J’allumerais ta bougie avec la mienne.
— Tu pars ?! »
L’inquiétude dans sa voix le fit grimacer. Il allait devoir partir à un moment ou a un autre, parce que son maître n’allait pas être content s’il le retrouvait dans la chambre de Kanon et parce qu’il ne pouvait pas se permettre d’être puni ou de se faire disputer le lendemain de son arrivé, il devait être sage et obéissant s’il voulait garder Kanon en sécurité et obtenir une armure pour le protéger.
« Non. »
« Il a l’air méchant. » marmonna Kanon d’une voix faible. « Il m’aime pas.
— C’est parce qu’il ne te connaît pas, mais il a accepté que tu viennes vivre chez lui. Il est peut-être juste un peu… désagréable… »
Kanon renifla et essuya son nez et ses joues avec ses poings.
« Tu dois être plus courageux, d’accord ? Le Grand Pope a dit que je pourrais devenir un chevalier quand je le serais, tu pourras avoir une meilleure chambre.
— Ça va être long ?
— Je sais pas… » Il n’y avait pas souvent de célébration pour les nouveaux chevaliers, même s’il s’en souvenait d’une en début de cette année, maman avait fait du gâteau pour fêter ça. Mais le Pope ne lui avait pas dit combien de temps, il lui faudrait pour obtenir une armure, ni son maître d’ailleurs, mais, comme tous les chevaliers étaient grands… « quelques années.
— C’est long des années ! Je beux pas rester dans la chambre des années ! » se mit à sangloter le petit garçon
— Mais le maître à dit qu’il t’achèterait des choses si je progressais vite.
— Je beux bas qu’y achète des choses ! Je beux rester abec toi !
— Je vais rester ! On sera pas séparer. »
Bien que rassurantes, ses paroles ne consolèrent pas son cadet qui se mit à sangloter à nouveau. Saga le serra plus fort contre lui, espérant que s’il ne comprenait plus ce qu’il disait, il comprendrait au moins son geste. Il se mit à chanter avec douceur des berceuses que leur mère leur chantait quand ils étaient malades ou ne parvenaient pas à trouver le sommeil, sa main caressait doucement ses cheveux en bataille, lentement, les sanglots de son frère se calmèrent jusqu’à disparaître entièrement, Saga lui embrassa le sommet de la tête, puis, il enfonça son visage contre son cadet pour se cacher contre lui.
Kanon s’était endormi, épuisé à force de pleurer, lui, il sentait le sommeil le gagner également, ses petits yeux se fermaient tout seul, mais il n’avait aucune envie de quitter le lit aux draps rêches pour retourner dans le sien plus confortable, alors il y resta encore de longues minutes, luttant contre le sommeil et la fatigue pour profiter de la présence de son cadet contre lui. Il dut s’y résoudre cependant, lorsque la flamme de sa bougie vacilla dangereusement et menace de les plonger tous les deux dans le noir avant qu’il n’ait eu le temps d’allumer celle de son cadet.
Saga descendit du lit avec une grande précaution pour ne pas réveiller Kanon et le borda pour qu’il n’ait pas froid avant d’embrasser sa joue puis il se dépêcha d’allumer la bougie de son frère qu’il trouva au pied de la commode, une fois fait, le garçon sortit de la pièce sur la pointe des pieds et referma à contrecœur la porte à clé avant de courir jusqu’à sa chambre pour se cacher sous les draps en espérant ne pas se faire prendre en chemin.
Chapter 2: Premier jour au Sanctuaire
Summary:
C'est le premier jour de Saga au Sanctuaire une matinée de découverte et une sortie à Rodorio l'attende.
Notes:
Les personnages ne m’appartiennent pas.
Chapter Text
Marianne était venue le réveiller peu de temps après le lever du soleil. Saga avait ouvert des petits yeux fatigués sur sa nouvelle chambre, un bref instant paniqué en ne la reconnaissant pas et en ne sentant pas son frère avec lui, avant de se souvenir des événements de la veille. Là, il avait baillé en se frottant les yeux tout en « écoutant » les explications de Marianne. Elle était la cheffe des domestiques dans ce temple, c’était elle qui allait s’occuper de lui ce matin, son maître étant parti rendre visite au Grand Pope et ne rentrerait pas avant le déjeuner, il suçait son pouce, encore beaucoup trop endormi pour faire quoi que ce soit d’autre, si endormi qu’il n’avait de toute façon pas réellement écouté.
À la lumière du jour sa chambre n’était que plus accueillante, les draps de son lit étaient brodés de motifs animaliers dorés, il y avait plusieurs immenses tapis sur le sol, une armoire, si gigantesque que l’enfant la fixa une longue seconde la bouche ouverte, à côté, il y avait un grand miroir en pied sculpté de motifs floraux. Un rideau, qu’il n’avait pas vu la veille, séparait sa chambre en deux, de l’autre côté, il y avait un bureau, ainsi qu’un coffre, sur celui-ci, des scènes de combat représentant des chevaliers en armure avait été sculpté, Saga fronça les sourcils incapables de reconnaître les armures représentées. Il fut extirpé de son observation par la main de Marianne qui passa devant ses yeux, en sursautant, il releva la tête vers la femme qui se mit à rire avant de le soulever du lit pour le faire descendre et le pousser doucement devant elle.
« Allons à la cuisine, mon garçon, tu seras sans doute plus réveillé une fois l’estomac plein. »
Cuisine… l’enfant cligna des yeux, le pouce toujours dans la bouche avant de secouer la tête et de s’arrêter brutalement pour se tourner vers Marianne.
« Et Kanon ?! Il doit manger aussi !
— Je t’ai dit qu’il t’attendait dans la cuisine. » dit la femme plus amusée que contrarié avant de le pousser à nouveau pour le faire marcher. « Tu n’as pas bien dormi ? C’est vrai que c’est toujours difficile les premières nuits dans un nouvel endroit, je n’étais pas là cette nuit, mais tu peux venir me voir si tu n’arrives pas à dormir, je te ferais un peu de thé ou un chocolat chaud. »
Il hocha la tête, un peu mieux réveillé par la mention de son frère qui l’attendait, Marianne le guida jusqu’au salon avant de le faire tourner vers un couloir plus étroit menant à la cuisine. Comme promis, Kanon y était déjà attablé devant un grand bol de lait encore fumant. À son entrée, le garçon sauta de sa chaise pour se jeter à son cou. Bien trop heureux de retrouver son frère, Saga répondit à l’étreinte en le serrant encore plus fort. Ils restèrent ainsi une longue minute, profitant simplement de la présence de l’autre avant que Marianne ne les interpelle.
« Allons mes petits, vous n’allez pas disparaître, venez manger tant que le lait et chaud, vous aurez tout le temps de jouer ensemble après le petit-déjeuner. »
Saga soupira, mais se sépara de son frère à contrecœur, ils grimpèrent sur les chaises côte à côte et aussi proche que possible l’un de l’autre. Sur la table avait été disposé un petit-déjeuner immense pour les enfants qui n’étaient pas habitués à un tel choix, thé, chocolat, céréales, lait, koulouri, confiture de fraises et d’abricot, miel, œufs, olive. Saga bailla encore et vis finalement que Marianne secouait quelque chose juste sous son nez, il cligna des yeux et sa vue se stabilisa enfin sur le koulouri que lui tendait la femme en souriant.
« Mange donc, tu as une longue journée qui t’attend, tu as besoin d’avoir l’estomac plein. »
Il hocha la tête et le prie avant de croquer sans hésiter alors que Marianne donnait également un koulouri à son frère. Ici, ils avaient meilleur goût que ceux de Rodorio, ils étaient sans doute plus frais ou alors c’était la confiture que Marianne avait mis dessus qui donnait cette impression. Toujours étant, les garçons les dévorèrent pour le plus grand plaisir de la domestique qui ne cessait de les resservir comme si elle avait prévu de les manger à la prochaine fête.
Une fois rassasié, et en effet, mieux réveillé, il observa Kanon qui engloutissait le bol de lait et toute la nourriture à sa portée. Il avait l’air beaucoup moins effrayé que la veille, peut-être parce que Marianne était une femme moins impressionnante que leur maître ou le Grand Pope ? Son cosmos ne les écrasait pas, elle était petite, avec des cheveux grisonnants, elle n’était pas très musclée non plus, plutôt enveloppée avec une très légère cicatrice au niveau de la gorge et plusieurs sur les mains, ses doigts n’étaient plus tout à fait droits, tout comme son nez. Mais, elle était surtout très souriante, sa voix douce, ses vêtements colorés et brodés de motifs complexes, en comparaison, avec son air taciturne et ses vêtements sombres… son maître avait l’air d’un tueur pour les enfants.
« Tu veux encore du lait, mon lapin ? » Kanon hocha la tête en tendant le bol à la femme qui lui en servit à nouveau avant de lui ébouriffer les cheveux. « Tu as un bon appétit, ça fait plaisir à voir, c’est important de bien manger pour devenir un homme fort et grand. Tu en reveux aussi ? » Saga sursauta en sortant de ses pensées, puis il secoua la tête. « Tu n’aimes peut-être pas le lait ? Je peux te servir un peu de thé si tu préfères. Il ne faut pas que tu hésites à me demander ce qui te ferait plaisir.
— Saga, il aime bien le chocolat ! »
Sous le regard de son frère et de Marianne, il bafouilla une réponse gênée avant de baisser le nez sur la table, Kanon n’avait pas tort bien sûr, il trouvait le chocolat trop amer, mais lui adorait quand sa mère leur en ramenait et le faisait fondre dans du lait. Face à cet aveu, Marianne n’attendit pas plus longtemps pour lui préparer un chocolat chaud et après quelques minutes, il se trouva face à un nouveau bol. Saga remercia poliment la domestique comme le lui avait appris Maman, fit un sourire à Kanon, ravit que son aîné et obtenu ce qu’il voulait, et le bu sans attendre plus longtemps. Comme pour les koulouri, le chocolat chaud semblait de meilleure qualité et le lait délicieux.
« Une fois le déjeuner terminé et la vaisselle faite. Je prendrais vos mesures. Je vais vous faire de très joli vêtement.
— Moi aussi, je vais avoir des nouveaux vêtements ! »
Marianne baissa les yeux sur Kanon et pendant un bref instant, Saga craignit que l’enthousiasme de son frère lui apporte à nouveau des ennuis, mais Marianne se contenta d’hocher la tête.
« Oui, toi aussi mon petit, je broderais même de jolis dessins dessus si tu veux.
— Je veux une baleine ! » Saga lui fit signe de se taire, mais Kanon l’ignora. « Et un dauphin et… et… un requin !
— Kanon ! Arrête de demander des choses, c’est pas poli. »
Réalisant ce qu’il faisait, le petit garçon jeta un regard craintif vers la domestique qui loin d’être aussi agacé que ce que les enfants craignaient se penchât sur la table.
« Je broderais tout ce que vous voulez, tant que ça reste dans mes compétences. Est-ce que tu veux quelque chose aussi, Saga ? »
Il secoua la tête, trop gêné de demander quoi que ce soit et craintif à l’idée que la question ne soit posée que par politesse, cependant voyant que la domestique ne semblait pas en colère contre eux Kanon reprit.
« Saga, il aime bien les bébés cerfs, les chats, les chevaux et les fleurs.
— Je pourrais broder des fleurs sur le bas de ta tunique, est-ce que ça te ferait plaisir ? »
Il hocha timidement la tête avant de se reprendre.
« Oui ! Merci…, ça me ferait plaisir.
— Eh bien voilà ! Bien sûr, je ne broderais pas les tuniques d’entraînement, elle s’abîme trop vite, mais les autres oui. Il vous faudra aussi des chitons, c’est plus agréable à porter lorsqu’il fait chaud et un himation, je sais que nous sommes encore en été, mais il vaut mieux être prêt pour l’hiver avant qu’il n’arrive. Enfin, le principal reste les tuniques, on porte de moins en moins de chitons au sanctuaire, ce n’est plus autant à la mode qu’il y a quelques années. »
Saga acquiesça pendant que Marianne continuait de parler. Son maître n’était toujours pas apparu, il avait pourtant dit qu’il lui expliquerait tout aujourd’hui sur ce qu’il allait se passer. L’enfant fronça les sourcils, peut-être qu’il n’avait pas été assez discret, la veille, en rejoignant la chambre de son frère et que son maître l’avait vu… il devait être déçu par son comportement… Le garçon baissa la tête sur ses doigts, s’il l’avait déjà mis en colère, son maître pourrait ne plus vouloir d’eux et les rejeter. Ce serait horrible pour Kanon, il était trop bruyant pour vivre dans un orphelinat, les adultes ne supportaient pas les enfants bruyants.
Kanon vit immédiatement son inquiétude car il se pencha vers lui avant de tapoter sa main du bout du doigt. Saga sursauta, son regard croisa celui de son frère, il se détendit et embrassa sa joue sous le regard attendrit de Marianne.
« Vous êtes des garçons adorables, je suis sûre que mes collègues vont vous apprécier.
— Ils sont où ?
— Ramiro s’occupe du jardin, Astylas n’ait pas encore arrivé et Barbara est descendu à Rodorio faire des courses. Ils travaillent avec moi mais eux vivent en bas du sanctuaire, dans les petites cabanes. Vous avez dû les voir en venant ici hier soir. »
Les garçons n’en avaient aucun souvenir, dans la pénombre, ils s’étaient surtout concentrés sur le chemin pour ne pas tomber et se faire mal.
« Et… mon maître ?
— Ton maître ?... Je t’ai dit qu’il était parti voir le Grand Pope. » Répondit Marianne. « Il devait lui demander quelque chose, mais il rentrera avant le déjeuner. Il t’emmènera à Rodorio cette après-midi pour aller chercher du matériel pour l’entraînement. »
Le soulagement fit soupirer le garçon.
« Et moi, je viens aussi ? »
Marianne baissa les yeux sur Kanon qui la regardait elle et son frère avant de sourire doucement et de lui ébouriffer les cheveux.
« Toi, tu vas rester avec moi. On va s’occuper de ta chambre pour la rendre un peu plus accueillante.
— Pourquoi mon frère vient pas ?
— Ton maître ne veut pas qu’il sorte de la maison, mais ce n’est pas grave. Je m’occuperais bien de lui. Tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour ça. » Puis en se tournant vers Kanon, elle continua. « On va te trouver des draps propres et du joli mobilier, Ramiro m’a dit qu’il réparerait ta table de chevet cette après-midi.
— Pourquoi est-ce que mon maître veut pas qu’il sorte ?! Kanon a pas fait de bêtise ! »
Il avait parlé avant de réfléchir et le regretta immédiatement, il ne pouvait pas déjà commencer à protester contre les décisions de son maître, même s’il trouvait profondément injuste la façon dont son frère était traité. Sans plus oser relever la tête vers Marianne qu’il imaginait déjà en colère et sur le point de le gronder, il se mit à gratter le bout de ses doigts, en attendant le moment ou elle allait exploser sur lui, comme le voisin l’avait fait lorsqu’il avait tenté de l’empêcher de s’en prendre à son frère, mais c’est tout le contraire qui se produisit.
« Non, non, bien sûr, il n’a rien fait de mal. » Le rassura Marianne avec douceur en se penchant pour se mettre à sa hauteur. « Mais ton petit-frère n’a pas besoin d’armure. »
C’était vrai, il n’en aurait pas besoin, le Grand Pope n’avait pas choisi son frère pour prétendre à l’armure. Saga se mordit les lèvres juste avant de protester, malgré les explications, il ne pouvait pas le nier, l’idée le contrariait, Kanon ressentait exactement la même chose. Il avait baissé les yeux sur son bol vide.
« Ne t’inquiète pas. » répéta Marianne en lui caressant la joue. « Je vais bien m’occuper de lui, il va m’aider à faire des crêpes pour le goûter. » continua-t-elle en se tournant vers Kanon. « Tu veux bien faire des crêpes pour ton frère avec moi ? Je suis sûre que ça lui fera très plaisir de pouvoir en manger en rentrant. » Kanon redressa la tête vers Marianne avec une moue peu convaincue, mais la domestique continua. « Ce serait très gentil de ta part de m’aider pendant que ton grand-frère travail dur et toi aussi tu travailleras dur en m’aidant pour lui faire plaisir. »
— Mais… il va partir longtemps…
— Quelques heures, il sera rentré pour le goûter. Et il sera très content de voir que tu as fait des efforts pour lui faire plaisir durant son absence. »
Cherchant toujours à être convaincu, Kanon tourna la tête vers son frère et Saga, après un effort, abandonna sa mine contrariée pour sourire à son cadet.
« Ça me ferait plaisir… de manger des crêpes…
— Mais… tu vas être seul… »
Seul avec le maître. Effrayant, grand, sans la moindre gentillesse. Il lui avait fait mal en l’arrachant à Saga la veille et il l’avait enfermé dans sa chambre toute la nuit, lorsqu’il s’était réveillé seul après s’être endormi contre son frère il avait pleuré et appeler jusqu’à ce que Marianne vienne le secourir. Elle au moins, elle était gentille, elle l’avait consolé en le berçant dans ses bras, lui avait donné quelques bonbons, avant de le porter jusqu’à la cuisine ou elle lui avait servi du lait chaud.
« Le Maître s’occupera bien de ton frère. Il est un peu… froid, mais il n’est pas méchant. Ça ne sera pas une sortie intéressante pour toi, tu seras obligé d’attendre dans la boutique pendant que ton frère essaye des armures, tu vas beaucoup t’ennuyer, alors que si tu restes avec moi et les autres, tu ne t’ennuieras pas. Si tu es assez sage, je suis sûr qu’Astylas acceptera de jouer avec toi, il est très gentil, tu verras.
— Je reviendrais vite. » continua d’insister Saga pour appuyer les arguments de la domestique. « Et je jouerais aussi avec toi en rentrant et je te raconterais tout ce que j’ai fait. »
Kanon les observa longuement tous les deux, la mine toujours contrariée, finalement, il baissa les yeux sur la table.
« Si tu veux, je pourrai même t’apprendre à retourner les crêpes tout seul, comme ça, tu pourras montrer à ton frère comment faire plus tard.
Malgré la forte envie de continuer à protester de l’enfant, c’était un argument de poids. Saga ne savait pas retourner les crêpes seul, il les faisait constamment tomber à la maison avec maman, s’il parvenait à apprendre comment faire, aucun doute que son frère serait fier de lui et l’idée de pouvoir apprendre quelque chose à son aîné était presque aussi excitante que celle de l’accompagner. Il pouvait déjà s’imaginer les applaudissements de Saga et ses félicitations. Lentement, son visage changea pour afficher un petit sourire et Marianne comprit immédiatement qu’elle avait gagné, elle se redressa pour ébouriffer les cheveux des garçons avant de continuer.
« Si tout est réglé et que vous n’avez plus faim. Allez donc jouer un peu dans le temple pendant que je m’occupe de la vaisselle, faites seulement attention à ne rien casser, le maître serait fâché. »
Saga acquiesça et vida son bol de chocolat chaud avant de sauter de la chaise, en le voyant faire Kanon hésita, son regard se tourna vers Marianne qui lui sourit tout en commençant à nettoyer la table. C’est qu’il se savait plutôt maladroit, du genre à faire tomber tout ce qui lui passait entre les mains, comme la bougie la veille. Mais Saga tira doucement sur sa main pour l’inciter à le suivre et les deux enfants partirent en courant pour explorer le temple.
Il était immense comparé à leur maison à Rodorio, de très nombreuses et grandes pièces, des fenêtres gigantesques, des portes tout aussi immenses, c’était à croire que le temple avait été conçu par des géants. Ils entrèrent dans deux salle de bain, une bibliothèque, un bureau, qu’ils quittèrent aussitôt de peur d’avoir fait une bêtise, des chambres, nombreuses et en bien meilleur état que celle de Kanon, encore des bureaux, un débarras, une cave, ou ils ne descendirent pas, bien trop effrayé par la simple vu des escaliers descendant dans le noir, une sorte de buanderie, un grand cellier ou était rangé : patate, pomme, céréale et vin, des thermes, immenses, les deux garçons qui n’avaient connu que les thermes simple de Rodorio restèrent plusieurs longues secondes bouche-bée devant les bassins, les statues grandioses, les fresques épiques et les fontaines de toute forme, Kanon était le plus enthousiaste des deux, une fois le choc passé, il courut vers l’eau pour patauger sur les premières marches sous le regard inquiet de Saga qui n’osait pas l’en empêcher, mais qui craignait tout de même de voir un adulte surgir pour les gronder. Après plusieurs minutes, il réussit à convaincre son frère de sortir et ils retournèrent à leur exploration.
Après encore une demi-heure à courir partout, ils trouvèrent la porte menant sur le grand jardin extérieur, ne sachant pas vraiment si l’interdiction de sortir de son frère valait aussi pour le jardin, mais bien trop curieux, ils ouvrirent la porte pour aller l’explorer. Ils y jouèrent un moment entre les plantations et les fleurs avant d’être surpris par un bruit.
C’était Ramiro, dont les garçons se souvenaient avoir entendu Marianne parler, un homme plutôt grand qui tourna le regard vers eux, aussitôt, craignant d’avoir fait une bêtise, ils s’enfuirent du jardin pour retourner se cacher à l’intérieur du temple. Le domestique secoua la tête amusée par leur comportement avant de retourner à ses tomates qui avaient besoin de son aide.
Finalement, c’était le bon moment pour rentrer, car ils entendirent Marianne les appeler et les deux garçons coururent jusqu’au salon pour la retrouver. La femme avait installé un petit tabouret à côté de la table basse et apporter avec elle des feuilles et du papier pour noter les mesures en les voyants elle leur fit signe de s’approcher.
« Je vais commencer par Saga, si vous le voulez bien. » dit la femme en tendant la main vers l’aîné pour aider le petit gémeau à monter sur le tabouret. « Quelle couleur est-ce que vous voudrez pour vos tuniques ?
— BLEU ! » Kanon avait crié en frappant dans ses mains. « Je veux du bleu, du bleu et encore du bleu. Je veux du bleu partout !
— Bien, bien. Ce sera du bleu pour toi. » puis Marianne baissa les yeux sur Saga qui faisait signe à son frère de ne pas crier autant. « Est-ce que tu veux du bleu aussi ? »
Plutôt que de répondre à voix haute, l’enfant se contenta d’hocher la tête avant de la remercier d’une voix basse.
« Le bleu, c’est la plus jolie couleur. » continua Kanon en sautillant autour de la domestique comme s’il était monté sur ressort. « C’est notre couleur préférée, parce que c’est celle de la mer et du ciel aussi et de nos cheveux aussi, tout ce qui est joli est bleu !
— Kanon, tu embêtes Marianne ! »
Il sursauta avant de reculer en jetant un regard craintif vers la femme, mais Marianne secoua la tête.
« Tu ne m’embêtes pas mon garçon ne t’inquiète pas. J’aime beaucoup le bleu aussi.
— C’est ta couleur préférée aussi ? » demanda Kanon avec enthousiasme.
La femme sembla réfléchir un instant sous le regard impatient de l’enfant, puis elle secoua la tête avant de prendre son mètre pour commencer à mesurer Saga.
« Non, je préfère le jaune. »
Loin de satisfaire Kanon, la réponse le contraria. Il renifla avant de croiser ses petits bras sur sa poitrine.
« … C’est moche le jaune… je préfère le bleu…
— KANON ! Tu peux pas dire ça. C’est méchant ! »
La surprise de l’enfant fut visible dans son sursaut, le cadet releva la tête sur son frère en écarquillant les yeux, puis ses lèvres se mirent à trembler et il baissa le nez sur ses mains. Il n’avait rien fait de méchant, il en était certain, c’était vrai que le jaune n’était pas une jolie couleur, Maman aussi préférait le bleu, le jaune, ça faisait mal aux yeux et ça attirait les insectes. Kanon renifla et faillit même pleurer, mais Marianne réagit immédiatement en caressant ses cheveux et en parlant d’une voix calme aux garçons.
« Allons, ce n’est pas grave. Ton frère n’a pas dit ça méchamment, Saga, n’est-ce pas ? » Kanon se contenta d’hocher la tête, sans oser relever les yeux vers Marianne et Saga baissa la sienne sans parvenir à comprendre s’il se faisait disputer. Bien sûr, Kanon n’avait pas dit ça pour être méchant, il le savait, mais comme d’habitude, il parlait avant de réfléchir et ça ne faisait que lui attirer des problèmes avec les adultes. Il ne voulait pas que Marianne soit fâchée avec son frère, déjà que son maître n’avait pas l’air de l’apprécier…
Ce serait horrible si personne n’aimait Kanon, Maman lui avait dit de faire attention à lui et de ne pas écouter les adultes qui le jugeaient sans le connaître. Un reniflement attira son attention et Saga releva brusquement la tête. Kanon s’était assis sur le canapé en frottant son nez et il sentit son ventre se tordre, c’était lui qui l’avait rendu malheureux, il pleurait facilement, mais ce n’était pas une raison pour ne pas chercher à le consoler. Saga bougea sur le tabouret empêchant Marianne de mesurer son tour de hanches pour tendre les bras vers son cadet.
« Kanon, pleure pas ! » Les yeux humides, il releva la tête vers Saga et en voyant ses bras, il sauta du canapé pour se précipiter contre lui. Avec le plus grand en équilibre sur le tabouret et le plus jeune qui lui rentra dedans comme un boulet de canon, les deux garçons faillirent dégringoler, mais Marianne tendit le bras juste à temps pour les stabiliser tous les deux.
Ils se mirent tous les deux à pleurer quelques minutes, sous le regard de Marianne qui attendait que la tempête émotionnelle se termine pour reprendre son travail.
Finalement, ils se calmèrent tous les deux, Saga essuya ses yeux imités par Kanon qui continuait de renifler et Marianne pu continuer à prendre les mesures du garçon, même si pour cela, elle devait contourner Kanon qui ne voulait plus lâcher son frère.
Tout ce manège dura une bonne dizaine de minute avant qu’enfin Marianne autorise Saga à descendre du tabouret l’enfant en sauta aussitôt et la domestique se tourna vers Kanon qui s’était jeté au cou de Saga, comme si ne pas pouvoir être collé à lui avait été une épreuve difficile à traverser.
« C’est à ton tour mon grand, monte sur le tabouret.
— Mais on est pareil ! » protesta Kanon sans lâcher Saga. « J’ai pas besoin
— Je vérifie pour en être certaine. »
Kanon fit une petite moue contrariée, mais Saga le poussa doucement et il prit la main que lui tendait Marianne pour grimper sur le tabouret.
« Moi je sais qu’on est pareil… » grommela le garçon. « Tout pareil, vraiment, même Maman, elle se trompe parfois entre nous deux. »
Tout en l’écoutant marmonné Marianne hocha la tête et pris ses mesures. Il gigotait plus que Saga, se tournait dans tous les sens au moindre bruit, faisait des gestes brusques et tenta même plusieurs fois de lui prendre le mètre pour « l’aider » à prendre ses mesures, avec une patience d’ange, Marianne le laissa gesticuler avant de lui promettre un bonbon s’il acceptait de se tenir immobile.
Le résultat fut immédiat, le garçon écarquilla les yeux d’envie, le corps tendu d’impatience, osant à peine respirer de peur de voir le bonbon lui passait sous le nez, il se fit aussi immobile qu’une statue et Marianne pu terminer de prendre ses mesures sans être dérangé.
Pendant tout ce temps, Saga plus calme se tenait debout à côté de son frère. Pour aider la femme, il tenait son calepin et son crayon de papier et le lui donnait dès qu’elle voulait écrire une mesure. Les chiffres et les lettres n’avaient encore que peu de sens pour le petit garçon qui n’arrivait pas à déchiffrer quoi que ce soit, mais qui remarqua bien vite que les mesures étaient similaires. Il sourit, même si ce n’était pas toujours pratique que Kanon soit sa copie conforme, les adultes se trompaient parfois et il lui arrivait d’être puni à la place de son cadet, il ne pouvait pas s’empêcher d’être heureux de lui ressembler autant.
Peu de monde avait la chance d’avoir un frère jumeau et encore moins avait la chance de s’entendre aussi bien, lorsqu’ils étaient tout petits, ils avaient leur propre langage à eux, avant que Maman ne les force à parler en grecque pour être compris par les autres. Saga avait même l’impression parfois de n’être qu’une seule personne avec son frère, une seule personne séparer en deux. Il comprenait Kanon mieux que n’importe qui d’autre et inversement.
Finalement, Marianne termina de prendre les mesures et posa le mètre sur la table basse avant d’aider Kanon à descendre du tabouret. Elle ne lâcha pour autant pas sa main alors que ses sourcils se fronçaient face à la petite brûlure toujours visible sur les doigts du garçon.
« Tu t’es blessé ? »
Kanon sursauta, trop surpris pour répondre et se tassa sur lui-même en rentrant la tête dans les épaules, face à sa réaction, Saga intervint.
« Il s’est brûlé avec une bougie !
— Saga ! »
Ce n’était pas vraiment de la contrariété, plus de la méfiance alors qu’il jetait tour à tour un regard à la brûlure sur son doigt et à Marianne qui l’observait avec attention. Pourtant, elle ne lui fit pas mal et ne le gronda même pas, doucement, elle examina la plaie avant de relever les yeux vers le garçon.
« On va aller désinfecter ça, ne t’inquiète pas, mais la prochaine fois que tu te blesses, tu dois venir me chercher, je m’occuperais de te soigner. » puis Marianne se tourna vers Saga. « Ça vaut aussi pour toi mon garçon. Si vous vous faites mal, vous pouvez venir me voir. Je soigne les petits bobos et j’irais vous chercher un guérisseur si c’est plus grave.
— Les guérisseurs, ils sont pas gentils ! » protesta immédiatement Kanon en ramenant sa petite main contre lui comme pour la protéger. « Ils font mal.
— Ils font mal pour que tu ne tombes pas malade, ça ne dure pas longtemps. » Puis pour éviter de partir sur une dispute, Marianne changea de sujet. « Sinon, tu avais raison, les mesures sont exactement les mêmes que celle de ton frère. »
Kanon fronça les sourcils, mais oublia rapidement la raison pour laquelle il voulait se plaindre, il bondit jusqu’à Saga avant de l’attraper par le bras pour le serrer contre lui.
« C’est normal ! On est pareil ! C’est comme si on était la même personne. Les gens y nous confondent tout le temps ! C’est trop amusant, on peut faire plein de blagues !
— Vous faites des blagues ? »
Saga baissa immédiatement la tête à la question, un peu honteux, ils s’étaient déjà fait disputer plusieurs fois à cause de ça, l’idée venait toujours de Kanon et s’il trouvait ça amusant sur le moment se faire gronder l’était toujours beaucoup moins. Kanon cependant était à des années-lumière de cette pensée, tout en suivant Marianne qui les dirigeait vers la salle de bain pour soigner sa brûlure, il lui raconta ses plaisanteries les plus réussit, comme la fois où ils s’étaient fait passer l’un pour l’autre à leur anniversaire, ou les nombreuses façons dont ils étaient parvenus à convaincre leur mère de leur donner plus de bonbons. Son enthousiasme ne tarissait pas, alimenté par les plus petites questions ou réactions de Marianne, il lui raconta tout en continuant de bondir et en traînant Saga derrière lui.
Une fois la blessure soignée et les bonbons distribués, elle les autorisa à nouveau autoriser à jouer dans le temple, mais les enfants décidèrent de rester avec elle pendant qu’elle préparait le déjeuner.
Comme prévu, Nimrod rentra peu de temps plus tard et la bonne humeur de Kanon s’envola. Saga parti le saluer en tirant son frère derrière lui pour veiller à ce qu’il ne passe pas pour un garçon impoli, comme la veille, il se cacha entièrement derrière son aîné face à l’homme immense avant d’insister pour qu’ils retournent à la cuisine avec Marianne. Il n’eut pas besoin d’insister beaucoup, Nimrod partit s’enfermer dans la bibliothèque en attendant d’être appelé pour le repas et les deux garçons retournèrent jouer autour de la domestique qui tentait tant bien que mal de cuisiner avec les deux enfants jouant autour d’elle.
Après le déjeuner, Nimrod demanda à Saga de l’accompagner à Rodorio. Le garçon embrassa son frère sur la joue avant de partir en courant à la suite de son maître qui était déjà à l’extérieur du temple. Dehors, il faisait beau et aussi chaud que l’on pourrait s’y attendre d’un mois de juillet en Grèce.
De jour, les temples étaient encore plus impressionnants, Saga observa le long chemin qu’il fallait parcourir pour monter jusqu’à celui du Grand Pope qui surplombait le sanctuaire, puis celui plus court pour descendre à Rodorio.
« Tu n’auras pas souvent besoin de te rendre au 13ème temple ne t’inquiètes pas mais le Grand Pope m’a dit qu’il voulait que tu viennes prendre un thé avec lui dans quelques jours.
— Un thé avec le Grand Pope ?! »
Ça paraissait terrifiant ! Vraiment terrifiant ! Mais Nimrod n’en dit pas plus et haussa, comme s’il trouvait l’idée complétement absurde, avant de commencer la descente, le voyant faire, Saga trotta pour rester à sa hauteur.
« Oui… il a sans doute des choses à te dire. Nous en discuterons ce soir.
— Il veut voir Kanon aussi ?
— Pourquoi est-ce qu’il voudrait voir ton frère ? »
Saga fronça les sourcils, un peu déçu par la réponse de son maître. Si le Grand Pope voulait lui parler à lui, il n’y avait aucune raison qu’il ne veuille pas parler à son frère aussi, Kanon était un garçon très gentil… même s’il était un peu bruyant. Il ne répliqua pas cependant et se concentra plutôt sur la descente des marches qui lui demandait une grande dextérité alors qu’il n’osait pas s’accrocher à son maître et qu’il n’avait pas de rampe pour se tenir.
Après un long quart d’heure, ils traversèrent le temple du Taureau en silence et hormis un domestique qui était occupé au nettoyage, il ne semblait y avoir personne. Maintenant qu’il y pensait, Saga n’avait pas souvenir d’avoir entendu parler d’un chevalier du Taureau, même en ne vivant pas au Sanctuaire, il avait entendu des histoires sur la chevalier du Cancer, sur celle du Lion, sur celui du Scorpion ou du Capricorne et il avait même vu le chevalier du Poisson tout en armure dorée dans les rues de Rodorio, mais jamais un Taureau, pas même une petite histoire sur un combat.
« Il n’y a personne ici ? »
Nimrod haussa un sourcil puis jeta un regard au temple du Taureau avant d’hausser les épaules.
« Taranis est morte il y a une dizaine d’année et elle n’avait aucun remplaçant.
— Comment elle est morte ?
— En mission. »
A ses mots, Saga ne put retenir un frisson, c’est vrai, le Grand Pope n’en avait pas beaucoup parlé, mais beaucoup de chevaliers mourraient durant les missions, comme Maman. Il ne fallait pas que ça lui arrive, qui veillerait sur Kanon s’il venait à mourir ? Peut-être qu’il pourrait en parler au Grand Pope…
Il leur fallut encore presque une demi-heure avant que l’entrée du village ne se dessine devant eux, encadré de deux immenses colonnes en pierre. A leur arrivé tous les yeux se tournèrent sur eux, la pression des regards sur lui, fit se recroqueviller le garçon. Instinctivement, il tendit la main vers l’adulte, Nimrod n’y réagit pas immédiatement et Saga faillit abandonner avant qu’il ne prenne sa main dans la sienne. Elle était grande, englobant entièrement la sienne plus petite, couverte de cicatrice qui formait des bosses sur sa peau, mais Saga se sentit plus en sécurité et ses épaules se détendirent.
Nimrod savait où il se dirigeait, et même si Saga connaissait le village comme sa poche à force d’y avoir joué avec Kanon, il s’y sentait pour la première fois un peu perdu. Ils se dirigèrent vers l’une des plus grandes boutiques du village tout en pierre.
Le petit gémeau n’y avait jamais mis les pieds, c’était un magasin pour les chevaliers et leur disciple, mais était passé plusieurs fois devant avec Maman et son frère. La femme qui y travaillait était… assez impressionnante, très grande, couverte de cicatrice, des cheveux très court, un masque qui couvrait le haut de son visage même si elle n’était jamais devenue officiellement chevalier.
A leur entrée une petite clochette sonna, attira immédiatement Tiphanie dans la boutique. Elle et son maître s’échangèrent quelques salutations, imitées par Saga qui essayait toujours de respecter à la lettre les règles de politesse que lui avait appris sa mère.
« Alors c’est lui le gamin que le Grand Pope vous a confié ?
— C’est exact… »
Loin de s’offusquer de la froideur de Nimrod, Tiphanie hocha la tête.
« Il est pas bien grand ! Ça lui fait quel âge ? C’est l’un des fils de Barsine non ?
— Je n’en ai aucune idée, il a 4 ans. »
Ce n’était pas grave, Tiphanie en était presque certaine. Après la naissance des jumeaux, Barsine était venu beaucoup moins souvent chercher des pièces d’armures pour les entraînements, le Grand Pope ayant réduit sa charge de travail pour qu’elle puisse élever ses fils, mais elle la voyait passer régulièrement avec les garçons devant sa boutique. Elle croisa les bras et détailla le garçon du regard avant d’hocher la tête.
« Je ne sais pas si j’ai quelque chose à sa taille dans ma boutique… ce n’est pas tous les jours que j’ai des clients aussi jeunes, d’habitude, le Grand Pope attend un peu plus longtemps avant de les confier à un maître.
— Apporte-moi ce que tu peux trouver et fabriques ce qu’il va nous manquer. Nous avons un peu de temps avant de commencer sérieusement les entraînements. »
Tiphanie le fixa encore une longue seconde du regard, ce qui donna envie à Saga de disparaître, puis, elle disparut dans l’arrière-boutique, d’anxiété, Saga se mit à se dandiner d’un pied sur l’autre avant que son maître ne pose une main sur son épaule et lui fasse signe de rester immobile, le garçon s’arrêta immédiatement et oublia presque de respirer en le faisant.
Ils restèrent ainsi en silence plusieurs minutes durant lesquelles ils purent entendre la femme fouiller dans ses coffres, puis Saga sentit son maître bouger derrière lui et il sursauta pour le regarder. L’homme n’avait fait que sortir une vieille montre à gousset de sa poche, Nimrod soupira, tapa du pied sur le sol, jeta un regard par la fenêtre.
« Tiphanie. Je dois m’absenter quelques minutes, je te le laisse ? Trouve ce que je t’ai demandé avant mon retour.
— Oui, oui, bien sûr, Maître Nimrod, tout sera prêt à votre retour, ne vous faites aucun souci. »
Pour le souci, c’est Saga qui s’en fit, il écarquilla les yeux et regarda son maître partir pour l’abandonner seul avec la grande femme, pire que ça, car Tiphanie n’était toujours pas de retour de l’arrière-boutique. Saga se balança sur ses pieds, commença à se ronger les ongles. La boutique était plutôt mal éclairée, les fenêtres étaient trop petites, les bougies ne permettaient pas d’éclairer les recoins sombres et Saga s’attendait presque à voir un fantôme sortir de derrière les immenses mannequins en bois.
« Tu es toujours là petit ?
— O… oui madame. »
Tiphanie revint derrière le comptoir les bras chargés de pièces d’armure. Elle les laissa toutes tombés sur le comptoir avant de faire signe au garçon de s’approcher, ce qu’il hésita à faire.
« Allons viens. Je n’ai encore jamais mangé d’enfant. »
À contrecœur et après un regard vers la porte dans l’espoir de voir son maître revenir, il s’approcha à petit pas. D’habitude, Maman ne le laissait jamais seul avec des inconnus.
« Alors, alors… voyons voir. » Tiphanie s’accroupit pour se mettre à sa hauteur avant de tendre la main pour attraper une pièce d’armure en cuir, bien que stressé, il se laissa manipuler par la femme qui jetait ce qui ne lui convenait pas derrière elle et posait le reste sur le sol à côté d’elle.
Épaulières, plastron, genouillères, le petit garçon ne savait pas vraiment à quoi tout ça servait, ni comment les mettre. Il observa chaque élément d’armures que lui mettait Tiphanie et devant son regard perdu, elle rit doucement.
« Mon pauvre garçon, ce n’est pas bien compliqué ne t’inquiète pas. Tu comprendras vite comment t’habiller tout seul. » Il hocha la tête la gorgé trop noué pour réussir à parler. « C’est vrai que c’est un peu impressionnant au début, je me souviens de mon arrivée au Sanctuaire comme si c’était hier, tout était terrifiant, mais mon maître était gentil. Pour fêter ma première année, il m’a offert une très jolie poupée, je l’ai toujours d’ailleurs, là-haut sur l’étagère. »
Saga leva les yeux vers le meuble que lui indiquait la femme et y vit effectivement la poupée qui avait plutôt mal vieilli, ses cheveux étaient presque entièrement arrachés, les traits de son visage avaient presque disparu, il lui manquait également un bras et un bout de pied, mais elle portait une très jolie petite robe blanche en parfait état et un adorable chapeau de paille.
« Eh bien, tu es tout sec ! Il va falloir muscler tout ça. » Saga sursauta avant de tourner le regard vers Tiphanie qui secouait doucement son petit bras. « Si on avait envoyé des enfants comme toi au Minotaure, il serait mort de faim.
— Désolé… je vais faire mieux… »
Tiphanie rit avant de lui ébouriffer les cheveux, mais Saga ne comprit pas du tout ce qu’il avait pu dire de drôle et se tassa un peu plus sur lui-même.
« D’ici quelques semaines, tu auras déjà commencé à prendre du muscle, tu verras. Les entraînements, c’est très fatigant au début, mais tu t’habitueras vite et tu finiras même par trouver ça amusant. Surtout que… si le Grand Pope t’a choisi aussi jeune pour devenir le disciple d’un chevalier d’or, c’est que tu dois en être largement capable. On attend un peu plus longtemps d’habitude que vous ayez 6 ou 7 ans, c’est plus facile à gérer pour les maîtres enfin… Maître Pharmion a aussi un disciple, il est plus jeune que toi, il est venu me demander des pièces d’armures en début d’année pour lui, mais le petit avait 2 ans à peine et je lui ai dit que je ne faisais pas des armures pour des enfants aussi jeune. C’est vrai, on a pas idée de vouloir entraîner un enfant qui n’est même pas propre, il m’a fait un scandale bien sûr et à même menacer de détruire ma boutique, heureusement, le Grand Pope m’a donné raison, je savais bien que notre Grand Pope ne permettrait pas qu’on commence l’entraînement d’un garçon aussi petit, c’est un homme très gentil le Grand Pope quand j’étais enfant il nous offrait des petites figurines d’animaux en bois quand on montait au 13ème temple pour lui apporter des fleurs. Je me souviens qu’il m’avait offert un très joli lapin. »
Saga acquiesçait à chacune de ses paroles, trop anxieux pour faire quoi que ce soit d’autre. Tout en parlant, Tiphanie continuait de le manipuler dans tous les sens, en s’arrêtant parfois pour noter des choses sur un calepin accroché à sa ceinture. Finalement, elle s’arrêta de parler après lui avoir fait enfiler une paire de coudières et des épaulières, Saga resta parfaitement immobile, inquiet à l’idée de faire une bêtise en bougeant. Il se sentait un peu bizarre, plus lourd, moins agile.
« Bien… les pièces là te vont, mais il va falloir que je te fasse des genouillères et un plastron. » Tiphanie se pencha sur lui pour prendre sa tête entre ses mains et la faire bouger doucement. « Je pense que je vais te faire un casque aussi… vous avez le crâne fragile à cet âge-là, ce serait dommage que tu le brises. » Saga écarquilla les yeux d’horreur à l’idée, mais Tiphanie ne sembla pas le remarquer et continua son inspection. « Peut-être une petite paires de gants aussi… il faudra que j’en parle à ton maître… Bref. Ça va ? Tu te sens bien ? Les coudières ne sont pas trop serrées, essaye de bouger un peu pour voir, les épaulières et les coudières ne gênent pas tes mouvements ? »
Lentement, Saga bougea ses petits bras avant que Tiphanie ne le force à tourner la tête et à bouger les épaules. Il se laissa à nouveau manipuler par la femme qui acquiesçait sans que le garçon en comprenne la raison, puis elle le fit tourner sur lui-même encore, sauter secouer les bras.
« Tu n’es pas gêné ? » redemanda la femme en se relevant. « Nous sommes bien d’accord ?
— Non…
— Sûr ? Pas de problème ?
— … C’est… un peu lourd. »
À nouveau, Tiphanie se mit à rire avant d’ébouriffer ses cheveux, encore une fois, Saga ne comprenait pas du tout ce qu’il avait pu dire de drôle.
« Ne t’inquiète pas, c’est parce que tu manques de muscles pour le moment et tu n’es pas habitué à porter une armure, mais tu oublieras bientôt jusqu’à son existence, quand j’étais enfant, je me suis endormi plus d’une fois en la portant, je ne la sentais plus du tout après mes entraînements… d’un autre côté, je ne sentais plus grand-chose après mes entraînements… »
Saga la dévisagea avec une inquiétude palpable. Comment ça, elle ne sentait plus grand-chose après ses entraînements qu’est-ce qu’elle voulait dire ? Le Grand Pope lui avait bien dit que ce serait difficile mais il ne voulait pas ne plus sentir ses jambes et ses bras, il en avait besoin pour protéger son frère. Mais Tiphanie semblait déjà avoir oublié ce qu’elle disait, elle passa derrière son comptoir, fouilla dans un tiroir avant d’appeler Saga et de lui jeter un bonbon que le garçon attrapa, avant qu’elle ne ramasse les pièces d’armures pour aller les ranger dans ses coffres le laissant à nouveau seul dans la boutique, après une hésitation et un vague sentiment de culpabilité, il mangea le bonbon que lui avait donné la femme avant de rester les bras ballants ne sachant pas s’il avait le droit de se déplacer dans le magasin.
Quelques minutes plus tard, la cloche au-dessus de la porte retentit et Saga se tourna immédiatement vers elle pour voir son maître rentrer avec un sac qu’il n’avait pas avant. Tiphanie ne perdit pas de temps pour les rejoindre. Les deux adultes parlèrent durant un long moment des pièces d’armures et de la commande, sans que Saga ne comprenne la majeure partie de la discussion, puis Nimrod claqua des doigts, ce qui fit sursauter le garçon.
« J’enverrais Astylas chercher les pièces manquantes en début de semaine prochaine.
— Je sais pas si elles seront finies à ce moment-là, j’ai beaucoup de commandes en cette période, avec les Panathénées qui arrivent, la plupart des gens se réveillent à la dernière minute pour me commander des nouvelles pièces d’armure pour les tournois.
— Je suppose qu’ils devront patienter dans ce cas ou s’y prendre plus tôt l’année prochaine… »
Tiphanie haussa un sourcil et les deux adultes se regardèrent longuement, sentant la tension monter Saga se tassa sur lui-même, mais finalement la femme soupira.
« Je verrais bien ce que je peux faire, Maître Nimrod… mais ne vous attendez pas à un miracle, je travaille seule. »
Son maître grogna quelque chose que Saga ne comprit pas, mais il tourna finalement les talons avant de lui faire signe de le suivre, l’enfant regarda tour à tour Tiphanie puis son maître qui ne l’avait pas salué, finalement, il fit un signe de la main à la femme, bien trop effrayé à l’idée de faire une bêtise en partant sans dire au revoir avant de courir après Nimrod qui était déjà dehors arrivé à sa hauteur, l’homme soupira.
« Tu vas garder l’armure sur toi le reste de la journée pour t’y habituer. Demain, on commencera à s’entraîner. Je ne vais pas te demander des choses compliquées, mais tu as intérêt à suivre si tu veux rester ici. » Saga hocha la tête, ce qui sembla satisfaire Nimrod car il ébouriffa ses cheveux avant de reprendre d’une voix moins sévère « Est-ce que ta chambre te convient ? Tu as bien dormi ?
— Oui, maître. Euh… les draps sont très jolis.
— Mh… C’étaient les miens quand j’avais ton âge, c’est Marianne qui les a brodés. Si tu as besoin de quelque chose, tu pourras le lui demander… Elle m’a dit qu’elle allait te faire de nouveau vêtement, il risque de s’abîmer assez vite avec les entraînements… enfin, en cette saison, une tunique suffit largement, il te faudra des pantalons en hiver par contre. »
Saga continua d’hocher la tête et Nimrod sembla satisfait de sa réaction, il passa une main dans le dos de l’enfant pour le pousser à avancer plus vite avant de reprendre.
« Je me suis absenté pour aller te chercher quelque chose. » Saga écarquilla les yeux avant de se tourner vers son maître. Nimrod avait tendu vers lui le petit sac qu’il tenait depuis son retour à la boutique, le garçon le prit prudemment avant le l’ouvrir à l’intérieur, il y avait une petite épée en bois, plus précisément un glaive, parfaitement adapté à la taille d’un jeune enfant. « Athéna n’apprécie pas les armes. » continua le maître face au regard intrigué de l’enfant. « mais il faut savoir les manier pour devenir chevalier. Tu vas t’entraîner avec une arme en bois pour commencer, ce serait dommage que tu perdes un membre aussi tôt et le Grand Pope m’en voudrait si je t’en confiais une vraie. »
Perdre un membre, l’idée semblait terrifiante et Saga se sentait plutôt rassuré de ne pas avoir besoin de s’entraîner avec quelques choses d’aussi dangereux pour le moment il sortit le glaive du sac pour le tenir devant lui avant de le secouer avec prudence, immédiatement, Nimrod posa une main sur son épaule pour l’arrêter.
« Tu joueras avec une fois que l’on sera rentré et tu feras attention à ne pas casser quoi que ce soit dans le temple, d’accord ?
— Pardon ! Oui !
— C’est bien, tu es un brave petit. »
Nimrod tapota sa tête en guise de félicitations et Saga rangea le glaive dans le sac sans plus oser y toucher durant tous le trajet. Bientôt, le temple se dessina devant eux et Saga se sentait de plus en plus impatient à l’idée de raconter son aventure à Kanon et de lui montrer son cadeau.
Chapter 3: Rencontre des chevaliers
Summary:
Saga rencontre les autres chevaliers d'ors et fait également la connaissance d'Aiolos avant de passer l'après-midi à jouer avec son frère.
Notes:
Les personnages ne m’appartiennent pas.
Chapter Text
Saga avait été réveillé très tôt ce matin pour se rendre dans une des grandes arènes réservées au chevalier d’or. Ramiro, qui était chargé de s’occuper de lui pendant que Marianne réveillait Kanon, l’avait extirpé de son lit et de ses draps confortables pour le porter jusqu’à la cuisine. Le garçon épuisé par son entraînement de la veille s’était laissé manipulé comme une poupée avant de presque s’endormir devant son chocolat chaud. Après avoir petit-déjeuner, le domestique l’avait habillé avant de l’accompagner jusqu’à l’arène.
Une fois devant, Saga était enfin réveillé et lui avait jeté un regard craintif et presque suppliant, terrifié à l’idée de rentrer seul à l’intérieur, mais l’homme s’était contenté de lui ébouriffer les cheveux avant de lui dire qu’il n’avait « rien à craindre » et de remonter au 3ème temple pour aller s’occuper de son frère. C’était bien que Ramiro s’occupe de son frère, lui et Marianne s’étaient relayé pour dormir avec Kanon, et Saga ne voulait pas s’en plaindre, Kanon avait vraiment besoin de gens gentils pour s’occuper de lui, mais… il jeta un regard vers le bâtiment immense, ses statues imposantes.
Entrer seul était terrifiant. Il resta cinq bonnes minutes devant l’entrée immense, les yeux écarquillés, la boule au ventre. Il n’était pas prêt, pas prêt du tout, Ramiro lui avait fait enfiler une tunique neuve d’un bleu magnifique, avait passé une dizaine de minutes à coiffés ses cheveux récalcitrants avant de les attacher en queue-de-cheval, avait changé les pansements sur ses mains et l’avait aidé à mettre les bandages sur ses bras, mais Saga se sentait comme un petit animal sauvage et sales sorti d’un carton miteux et humide.
C’était aujourd’hui qu’il devait rencontrer les autres chevaliers d’ors, les collègues de son maître. Cette semaine, il s’était entraîné uniquement avec lui, pendant des heures entières, du lever du soleil jusqu’à son coucher avec seulement une courte pause pour déjeuner, les premiers jours, ses muscles lui avaient fait si mal qu’il avait passé ses nuits à pleurer, maintenant, il avait toujours mal, mais il s’était habitué et il avait compris que se plaindre ne servirait à rien, il s’était déjà fait disputer pour ça par son maître et il n’avait aucune envie de réitérer l’expérience.
Nimrod ne lui demandait rien de compliquer, bien sûr, mais après plusieurs heures, taper dans un sac de frappe devenait insupportable, ses mains et ses doigts étaient écorchés et douloureux à un tel point qu’il en avait du mal à tenir des objets, Marianne avait été obligé de l’aider à se nourrir la veille tellement il avait eu des difficultés à tenir sa fourchette.
Le petit garçon déglutit en triturant ses pansements. Il fallait qu’il entre, déjà, parce qu’il allait se faire disputer s’il venait à arriver en retard, mais aussi parce qu’il risquait d’attirer des ennuis à Ramiro et troisièmement, parce que s’il faisait assez d’effort pour être sage et obéissant son maître offrirait une meilleure chambre à son frère. Il sera les poings et prit une grande inspiration avant de s’avancer doucement à l’intérieur de l’arène.
Le long couloir mal éclairé le fit frissonner, au centre de l’arène, un combat se déroulait déjà observé par les autres chevaliers, en l’absence de leur armure, impossible de savoir qui étaient les deux femmes. Saga les observa toujours aussi mal à l’aise et effrayé à l’idée de traverser seul et de peut-être prendre un mauvais coup, heureusement, son maître assis dans les gradins à côté d’un homme le vit et descendit pour le rejoindre. Le petit garçon baissa les yeux à son approche dans une tentative de paraître désolé pour son retard pendant que Nimrod s’accroupissait pour se mettre à sa hauteur.
« Tu en as mis du temps. Qu’est-ce que tu faisais ?
— Je… j’avais peur de rentrer… »
Il avait répondu d’une toute petite voix sans oser relever la tête, Nimrod soupira et il ne s’en sentit que plus stupide, il recommença à triturer ses doigts avant que le Maître ne se redresse en posant ses mains sur ses hanches.
« Ne me fais plus attendre comme ça. » Saga releva la tête vers l’homme qui ne paraissait pas contrarier et acquiesça immédiatement. « Je veux que tu arrives à l’heure… tu ne devrais pas avoir peur pour aussi peu et c’est important pour un chevalier de respecter les horaires. Tu ne pourrais pas arriver en retard à une convocation du Grand Pope, n’est-ce pas ?
— Non, non… je ferais plus attention la prochaine fois, promis. »
Son air contrit sembla satisfaire son maître, Nimrod ébouriffa ses cheveux avant de le pousser doucement devant lui pour qu’il puisse voir le combat qui se déroulait dans l’arène, instinctivement, Saga se colla contre ses jambes trop impressionnées par les deux femmes pour se sentir en sécurité.
« Bien… commence par regarder le combat. » dit Nimrod en s’accroupissant à nouveau à sa hauteur. « Tu vois comment elles se battent ? C’est comme ça que tu devras savoir te battre quand tu auras fini ton entraînement. Tu ne devrais pas avoir trop de difficulté à parvenir à leur niveau. »
Aussi impressionnante que soit les deux femmes, ça semblait terrifiant. Saga écarquilla les yeux. Même sans utiliser leurs techniques, elles se déplaçaient avec aisance sur le terrain et leur coup lui paraissait mortel. Le combat ne semblait pas intéresser que lui, car les autres occupants de l’arène s’étaient également arrêtés dans leur entraînement pour les observer. Saga tira sur la tunique de son maître qui tourna les yeux vers lui.
« Pourquoi elles se battent ? Qu’est-ce qui se passe ?
— Kalinda à gagner contre Mio tout à l’heure et le gamin s’est plaint auprès de son maître. »
Kalinda, Mio. Saga fronça les sourcils, incapable de mettre un nom sur les personnes, il tira alors une nouvelle fois sur la tunique de son maître avant de désigner la femme plus petite du doigt.
« C’est qui ?
— C’est Maria, le chevalier du Cancer et celle avec qui elle se bat, c’est… sa femme, Kalinda, c’est le chevalier du Lion. »
Saga hocha la tête, Maria était de petite taille pour une chevalière, mais Saga l’observait avec un grand intérêt. L’autre femme qui devait s’appeler Kalinda était immense comparée à son adversaire.
« Et les enfants avec elles ?
— Il y a Mio, c’est le disciple de Maria, tu as dû entendre parler de lui à Rodorio, il a obtenu l’armure de la Vierge en début d’année. » Saga hocha la tête. Il y avait eu une grande fête dans le village pour fêter ça et leur mère les avait même autorisés à se coucher plus tard que d’habitude pour qu’il puisse s’amuser. Il ne l’avait jamais vu à Rodorio cependant et l’enfant en question ne devait pas avoir plus de dix ans, un petit bleu se formait sur sa pommette alors qu’il observait son maître se battre en se tordant les doigts. « et le garçon plus petit c’est Galan. Tu ne devrais pas les voir souvent, leur maître les gardes toujours avec eux. »
Saga hocha la tête, utilisant toute sa concentration pour essayer de se souvenir des noms, Kalinda, Maria, Mio, Galan, mais il y avait encore tellement de monde dans cette arène… Trois hommes se tenaient encore dans les gradins et un jeune enfant qui se tenait accroché à la jambe de son maître. Saga oublia le combat pour les observer, les deux plus jeunes étaient l’un à côté de l’autre.
« Et lui ? »
Nimrod suivit la direction de son doigt avant de soupirer.
« C’est Atif, le chevalier des Poissons. »
Le dégoût dans la voix de son maître était si fort qu’il en était presque palpable. Saga fronça les sourcils, incapable de comprendre le problème, le jeune homme, qui était en réalité encore un adolescent, était remarquablement beau, une peau sombre, de grands yeux maquillés, son sourire ne pouvait être qualifié autrement que de lumineux, c’était le genre de sourire communicatif auquel il était très difficile de résister. Atif applaudit joyeusement face à un coup bien placé de Maria avant de se pencher vers son voisin pour chuchoter quelque chose à son oreille. L’homme à l’air sérieux se contenta de secouer la tête à sa remarque avant de donner un coup de coude au Poisson qui se mit à rire, malgré sa réaction plutôt froide, il semblait être amis, en tout cas, assez pour qu’Atif s’appuie sur lui.
« Et avant que tu me demandes à côté, c’est Charles, le Chevalier du Verseau.
— Et celui avec le petit garçon ? »
Nimrod haussa un sourcil avant de tourner la tête vers la direction que pointait son disciple en voyant l’enfant auquel il faisait référence et l’homme qui l’accompagnait, il sourit.
« Lui, c’est Aiolos, et son maître c’est Pharmion. Tu ne l’as pas encore rencontré, car ils étaient en mission cette semaine, mais Pharmion vient souvent dans notre temple avec le petit, je pense que tu t’entendras bien avec lui. Vous pourrez sans doute devenir ami. »
Un ami ? Les yeux de Saga brillèrent d’excitation, si Aiolos venait dans son temple, il pourrait lui présenter Kanon ! Ça ferait sans doute plaisir à son frère de se faire un ami, mais l’enfant paraissait vraiment petit. Il n’arrivait même pas à la hanche de son maître.
« Doucement Maria ! Ne va pas lui casser quelque chose ! »
Saga reporta son attention vers le combat, Maria avait remporté la bataille en plaquant au sol sa partenaire qui déclara forfait. Le match terminé, tous les chevaliers sortirent des gradins pour rejoindre les deux femmes.
« Il serait tant que je te présente… » Son maître se releva et épousseta ses vêtements avant de se tourner vers lui. « Tu es sage, mon garçon et tu ne fais pas de bêtise. Il n’y aura pas d’entraînement aujourd’hui. On va seulement discuter un peu ce matin et si tu te comportes bien, on rentrera à la maison et je te laisserai jouer avec ton frère toute l’après-midi. »
Pas d’entraînement, ça s’était une bonne nouvelle ! Les plaies sur ses mains allaient pouvoir cicatriser, il dormirait sans doute bien mieux cette nuit et la promesse de pouvoir passer un peu de temps avec Kanon qu’il n’avait presque pas vu de la semaine ne faisait que le réjouir un peu plus. Saga courut pour rattraper son maître qui partait déjà et une fois à sa hauteur, il tendit la main vers lui, un peu inquiet à l’idée qu’il refuse de la lui donner, mais Nimrod l’attrapa et le petit garçon se sentit plus courageux.
Ils traversèrent l’arène pour rejoindre les chevaliers, Mio s’accrochait au bras de Maria en dessinant dans le sable avec le bout de son pied, Galan avait sauté sur le dos de son maître, Atif et Charles discutaient avec les deux femmes, même si Charles semblait plus écouté les divagations d’Atif que réellement participer à la discussion, Saga chercha Aiolos des yeux avant de le trouver un peu en retrait avec son maître.
Une fois arrivée à leur hauteur, tous les regards se tournèrent vers lui et Nimrod et maintenant qu’il était au milieu de tous ces gens puissant Saga se sentait effrayé. Il rentra la tête dans les épaules et recula un peu avant de se coller contre son maître. Plusieurs questions, toute adressées à Nimrod suivirent, Saga les écouta à peine et essaya de se faire petit pour ne pas le contrarier avant que Maria ne baisse les yeux sur lui et ne tapote l’épaule de son disciple en le désignant.
« Tu as dit Bonjour, Mio ? » Pour toute réponse, le garçon se contenta de faire la moue avant de les saluer timidement d’un mouvement de main et de se cacher un peu plus derrière son maître. Maria sourit affectueusement en le voyant faire et s’accroupit pour se mettre à la hauteur de Saga.
« Alors, c’est toi, le disciple de Nimrod ? Tu m’as l’air d’être un très gentil garçon. Est-ce que tu te plais ici, mon chéri ? Ton maître est gentil avec toi ?
— Euh… » Il ouvrit la bouche, mais sa gorge était nouée par l’appréhension et la peur de dire une bêtise, il jeta un regard en coin à son maître qui le fixait avant de prendre une inspiration. « Oui. Il est gentil… je suis content d’être ici. »
L’enfant ne savait pas s’il avait répondu juste, mais la Cancer sembla amusée par sa réaction, elle lui ébouriffa les cheveux en se relevant et son disciple, qui s’était caché derrière son dos durant la discussion, se colla à nouveau à son bras.
« Ne t’inquiète pas, mon grand, nous n’avons jamais mangé personne et je suis certaine que tu vas te faire beaucoup d’ami, tu pourras venir jouer dans mon temple avec Mio et Galan si tu veux, je serais heureuse de t’accueillir. »
Derrière elle, sa femme leva les yeux au ciel avant de sourire.
« Parle pour toi, moi, il m’arrive de manger les enfants méchants. »
Malgré lui et la certitude que Kalinda n’avait jamais mangé personne, Saga se colla un peu plus contre son maître avant que la femme n’éclate de rire. En représailles, Maria lui frappa le bras avant d’ébouriffer à nouveau les cheveux de Saga.
« Ne l’écoute pas, elle ne dit que des bêtises. Je ne la laisserais pas manger des enfants.
— Et je suis certain que ton maître ne te laisserait pas te faire dévorer non plus. »
Saga sursauta en entendant la voix grave et se retourna aussitôt vers elle sans lâcher la main de Nimrod, c’était Pharmion qui venait d’arriver parmi eux. Il recula légèrement, l’homme était au moins aussi grand que son maître.
« Le Grand Pope m’en voudrait si je le perdais aussi rapidement. »
Pharmion se mit à rire alors que Maria levait les yeux au ciel, mais elle ne fit pas le moindre commentaire.
« Je vois que tu t’es déjà beaucoup entraîné. » commenta Kalinda en désignant ses mains ce qui attira de nouveau le regard des adultes sur lui. « Tu n’es pas trop fatigué ? Si ton maître ne te laisse pas assez te reposer, tu n’auras qu’à venir me voir et je lui expliquerais ma façon de penser. »
Saga hocha timidement la tête même s’il était certain que faire ça ne pourrait que lui apporter des ennuis de se plaindre. Son maître n’avait pas l’air de beaucoup apprécié les deux femmes après tout.
« Tu devrais te mêler de tes affaires Kalinda.
— Elle plaisante, ne te vexe pas. »
Nimrod tourna la tête vers Pharmion et après un échange silencieux, il se détendit. La discussion entre les adultes dura encore un petit moment avant qu’ils cessent totalement de lui prêter attention. Saga qui commençait à avoir mal aux jambes à force de rester debout se tourna vers les enfants dans l’espoir de faire leur connaissance ou de jouer avec eux, mais en croisant son regard Mio plongea encore plus derrière Maria et Galan était bien trop occupé par l’idée d’essayer de faire tomber Kalinda pour lui prêter la moindre attention.
Ils n’allaient donc certainement pas jouer avec lui et… il craignait un peu de s’approcher d’eux et de leur maître. Aiolos, lui, l’observait avec des grands yeux depuis les gradins, son maître était toujours avec le sien et, après une hésitation quant à la manière de s’y prendre Saga pris son courage à deux mains et lâcha celle de Nimrod pour s’approcher du garçon. Aussitôt, les yeux d’Aiolos pétillèrent, il se redressa sur ses petites jambes rondes et tremblantes avant de se dandiner jusqu’à lui d’un pas maladroit.
« Moi, moi, je m’appelle Aiolos ! » commença immédiatement l’enfant sans même lui laisser le temps d’ouvrir la bouche. Ses mains étaient couvertes d’écorchures, tout comme ses genoux, ses jambes et son menton, ses joues étaient très rondes, ses cheveux bruns qui semblaient très doux bouclaient sur ses tempes. « Tu, tu veux être ami avec avec moi ? »
C’était exactement ce que Saga recherchait en venant vers lui, il hocha alors la tête en souriant de toutes ses dents et le petit garçon applaudit avec un enthousiasme que n’aurait pas renié Kanon avant d’attraper sa main pour le tirer derrière lui dans l’arène. Il avait l’air vraiment jeune, même si Saga était incapable de lui donner un âge, après s’être assez éloigné des adultes, les deux garçons s’assirent à l’ombre dans le sable et après un regard vers son maître, Aiolos sortit plusieurs bonbons de ses poches pour lui en donner.
« Atif, il donne plein de bonbons, comme Maria, Mek et Mag. Moi, je dirais tous ceux qui donnent des bonbons ! Tu tu es arrivé quand ? Moi, moi, je m’entraîne, je m’entraîne depuis depuis… » le bambin reprit sa respiration en regardant ses doigts sans parvenir à la fin de sa phrase, il fronça ses petits sourcils avant de montrer cinq doigts à Saga. « comme ça. Le Grand Pope y dit, y dit que je suis trop trop fort ! »
Malgré les difficultés d’expressions de son interlocuteur, le petit Gémeau hocha la tête.
« Je suis arrivé la semaine dernière.
— Moi, moi, j’étais en mizion avec, avec mon maître. On a battu des méchants pas gentil. T’as déjà vu des méchants toi ? »
Le petit Gémeau secoua la tête, Maman ne les avait jamais emmenés en mission avec elle sous prétexte que c’était beaucoup trop dangereux pour des enfants. Immédiatement, Aiolos se mit alors a lui raconter la « mizion » de son maître avec beaucoup de détail et d’interruptions, car il avait beaucoup de choses à dire et ça tombait bien parce que Saga avait beaucoup de choses à apprendre. Après le récit complet de la mission. Saga appris que Mek et Magdalena étaient des domestiques du temple du Sagittaire et le petit garçon préférait Mek parce qu’il lui lisait des histoires avant de se coucher. Il y avait encore trois autres chevaliers d’ors, Jarek du Scorpion, Lance du Capricorne et le Vieux Maître, mais les deux premiers étaient en mission et le dernier n’avait pas quitté la Chine depuis très longtemps. Jarek était méchant et effrayant et Lance n’était pas drôle et faisait tout le temps la tête. Le Vieux Maître, le petit garçon ne l’avait jamais rencontré, mais à ce qu’il avait entendu, il était tout petit et rigolo et il donnait aussi des bonbons quand on allait le voir, il le savait parce que Noesis, le disciple d’Hedaya lui avait dit.
Cette nouvelle avalanche de prénom fit grimacer Saga qui avait peur de ne pas tous les retenir et il en occulta la plupart pour retenir seulement les chevaliers d’or. Mais loin d’avoir fini ses explications, Aiolos enchaîna toujours avec autant d’enthousiasme. Saga appris que le Grand Pope donnait des bonbons et des jouets aux enfants qui lui offraient des fleurs et qu’il pouvait même parler avec les armures, il était très fort en psykoquelque chose et tout le monde lui obéissait dans le Sanctuaire, car il était le plus fort et le préféré d’Athéna. Aiolos faisait énormément d’effort pour répondre à toutes ses questions.
« Mio, il est bizarre. Ils parlent qu’à ses maîtres, même, même à moi, il veut pas parler. »
Un peu intrigué, Saga tourna la tête vers le garçon, Mio n’avait pas bougé de sa place, toujours accroché au bras de Maria à dessiner dans le sable, son visage était en partie caché derrière ses longs cheveux.
« Pourquoi ?
— Mon maître y dit, y dit qu’il est stupide. » répondit Aiolos en jouant avec l’ourlet de sa tunique. « Et, et, et le Grand Pope y dit que c’est, c’est parce qu’il est malade…
— Qu’est-ce qu’il a comme maladie ?
— Je sais pas… le Grand Pope y m’a juste dit qu’il est malade et que je devais pas l’embêter ! »
Saga hocha la tête, même s’il ne comprenait pas vraiment pourquoi quelqu’un de malade pouvait être chevalier, après tout, Maman disait toujours que les chevaliers devaient protéger les plus faibles et les malades faisaient partie des plus faible. Il n’eut cependant pas le temps de demander des éclaircissements à Aiolos qui enchaînaient déjà pour parler de Galan avec qui il semblait passé beaucoup de temps. Saga appris que le garçon, à la différence de beaucoup de disciples, avait encore une Maman et deux petites sœurs à qui il rendait souvent visite, Kalinda était sa tata et il s’entraînait pour devenir le prochain chevalier du Lion et lui succéder.
« Galan, il est gentil, c’est mon copain ! On joue souvent ensemble, tu pourras jouer avec avec nous aussi. »
La proposition ne l’enchantait pas vraiment alors que Saga regardait Galan plus grand qu’eux tenter avec toujours autant de brusquerie de faire tomber son maître, qui ne bougeait pas d’un pouce. Le garçon pourrait lui casser quelque chose.
« On peut jouer à un jeu si tu veux ! » Proposa Aiolos en se relevant d’un bond avant de le tirer par le bras pour le forcer à faire de même. « Je connais un jeu drôle. Galan, Galan y m’a dit, c’est un jeu, les enfants dehors, ils y jouent ! Il faut réussir à toucher mais, mais si tu montes sur quelque chose de haut, tu peux pas être toucher ! »
Saga fronça les sourcils alors que les explications du petit garçon lui semblaient incompréhensibles.
« Toucher qui ?
— Bah ! L’autre ! Toi, tu cours et tu dois me toucher, mais t’a pas le droit si je suis… » Aiolos fronça les sourcils cherchant manifestement un mot qu’il avait oublié avant que son visage s’illumine d’un coup. « Perché ! »
Ça avait l’air plutôt simple, surtout qu’Aiolos ne semblait pas capable de courir bien vite, malgré toute l’énergie qu’il dégageait, ses mouvements étaient maladroits. Saga accepta et sans lui donner plus d’explication, Aiolos hurla qu’il était « le chat » avant de partir en courant dans l’arène. Ses pattes courtes ne lui permettaient pas d’aller bien vite et le petit Gémeau devait faire un effort pour ne pas le rattraper immédiatement, mais Aiolos qui n’avait aucune idée des efforts de son aîné riait aux éclats et ça suffisait amplement à Saga pour être satisfait, c’était un peu comme quand il jouait avec Kanon, après tout, il fallait le laisser gagner de temps en temps pour qu’il ne soit pas triste. Lorsqu’il toucha enfin Aiolos, il réitéra son jeu, courant juste assez vite pour que son cadet ne le rattrape pas immédiatement et se laissant touchant au bout de quelques minutes pour lui courir après à son tour. Les deux garçons passèrent l’heure suivante ainsi pendant que les adultes continuaient de discuter puis la grande horloge qui régnait sur le Sanctuaire sonna l’heure du repas et Nimrod l’appela. Saga sursauta avant de saluer Aiolos d’un signe de la main et de partir en courant vers son maître qui se dirigeait déjà vers la sortie de l’arène.
La matinée, qui avait été riche en découverte pour Saga, c’était finalement bien passé et toutes ses inquiétudes s’étaient envolé en même temps qu’il jouait avec Aiolos. Son nouvel ami était vraiment intelligent, il savait beaucoup de chose sur le sanctuaire et son fonctionnement et Aiolos avait répondu à toutes ses questions. De plus, son maître ne l’avait pas grondé une seule fois et il avait même l’air de bonne humeur. Saga sautillait de marche en marche à côté de Nimrod, pressée de pouvoir raconter tout ce qu’il s’était passé à Kanon. En arrivant tout près du temple, il lui tapota doucement l’épaule pour attirer son attention et Saga leva les yeux vers lui.
« Comme promis, je vais te laisser jouer avec ton frère cette après-midi. Mais demain, on reprendra l’entraînement. On ira dans une autre arène avec Pharmion pour ne pas être dérangé par les autres et tu pourras t’entraîner contre Aiolos.
— Il pourra venir jouer à la maison après ?
— On verra… Si l’entraînement ne finit pas trop tard. »
L’information n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd et Saga poussa un cri de joie avant de grimper en courant les dernières marches menant au 3ème temple. Saga ne se sentait plus aussi effrayé par les immenses statues maintenant… même s’il était toujours persuadé qu’elle l’observait d’un regard sévère. Il passa à côté d’elles sans se retourner et courut jusqu’au appartement privé du temple.
A peine la porte d’entrée ouverte, Kanon accouru dans le salon pour venir à sa rencontre, mais s’arrêta rapidement en voyant Nimrod derrière son frère. Tout en se tassant sur lui-même pour se faire plus petit, il recula de quelques pas, ce que Saga ne remarqua pas, car il se jeta rapidement au cou de son cadet comme s’il ne l’avait pas vu depuis des jours avant d’être appelé quelques minutes plus tard dans la cuisine pour venir manger.
Le repas loin d’être calme fut en grande partie animé par Kanon, Nimrod étant parti manger dans son bureau, le garçon n’avait aucun scrupule à monopoliser la conversation pour le plus grand bonheur de Saga qui l’écoutait attentivement. Il raconta toute sa matinée à son frère sans omettre le moindre détail. Les parties de caches-caches qu’il avait faites avec Ramiro, les dessins qu’il avait offert à Marianne, les plantes dont il s’était occupé dans le jardin avec Astylas et le repas qu’il avait « aidé » Marianne à préparer, enfin, au vu du regard de la domestique, il avait surtout traîné dans ses jambes en tentant d’observer ce qu’elle faisait.
A la fin du repas, Kanon n’avait toujours pas finit son récit et après avoir harceler Ramiro pendant une demi-heure pour qu’il transforme le bureau de la chambre de Saga en cabane les jumeaux étaient parti se cacher en-dessous, Saga en avait profité pour sortir les bonbons que lui avait donné Aiolos de sa poche pour les offrir à Kanon qui les dévorait tout en continuant de raconter sa journée avant d’enfin, laisser son frère parler en se léchant les doigts. Beaucoup plus calmement que son cadet Saga commença son récit.
« On a joué à se courir après, mais il a des petites jambes alors j’arrêtais pas de le rattraper. » expliqua Saga. « et il pleure pas quand il tombe, même s’il se fait mal, il est courageux.
— Mais moi, je pleure quand je tombe…
— Mais toi, c’est normal ! T’as le droit, t’es mon petit-frère, tu peux pleurer si tu veux. T’as pas besoin d’être courageux ! »
La conviction avec laquelle son ainé lui avait répondu le rassura un peu et Kanon releva les yeux vers lui ce qui poussa immédiatement Saga à se pencher pour lui embrasser le front, avant de continuer le récit de sa matinée. Plus Saga parlait d’Aiolos, plus Kanon avait envie de le rencontrer aussi, après tout, si c’était un ami de son frère, il pourrait être aussi son ami, les jeux seraient bien plus amusant à plusieurs et le garçon s’imaginait déjà jouer avec eux dans leur cabane ou aller construire des châteaux de sable sur la plage, en plus, Aiolos était plus petit qu’eux, donc pour une fois, il pourrait aussi être un grand-frère.
« Tu penses qu’il voudra bien jouer avec moi ?
— Le maître a dit qu’il viendrait demain si on finissait de s’entraîner tôt !
— Tu crois qu’il m’aimera bien ?
— Bah oui ! Les gens qui t’aiment pas y sont bêtes et Aiolos est pas bête alors il t’aimera bien. »
Totalement logique, Kanon sourit fier d’avoir un grand-frère aussi intelligent. Le récit de Saga terminé, les enfants partirent à la recherche de Barbara pour lui demander des feuilles et des crayons de papier avant de retourner se cacher dans leur cabane pour dessiner le reste de l’après-midi. Les feuilles gribouillées de bonshommes têtards gigantesques, de maison, d’arbres, d’animaux, d’étoiles et de soleil de toutes les couleurs s’entassaient les uns sur les autres. Après un long moment, Kanon tira sur le bras de son frère pour lui offrir fièrement un de ses dessins.
« Regarde ! Là, c’est toi avec une armure et là, c’est moi ! »
Malgré ses efforts pour essayer de voir ce que voyait son frère, Saga en était incapable, il hocha cependant la tête et se rapprocha de Kanon pour se coller contre son épaule. Il y avait plein de gribouillage sur son dessin, des formes variés, des ronds, ce qui devait sans doute être un cœur, mais Saga n’en était clairement pas certain.
« Et là, c’est quoi ?
— Bah ! C’est mon requin de compagnie ! Je vais l’appeler Quinre ! »
— Mais… il a besoin d’eau !
— Il vit dans un aquarium sur roue pour que je puisse l’emmener partout avec moi !
— Il tient dans l’aquarium ?
— Astylas y dit qu’il y a de tout petit requin ! Il a dit qu’il en avait vu une fois. »
Tout n’était toujours pas clair pour Saga qui fronça les sourcils avant de serrer le dessin contre lui et de prendre l’un des siens pour l’offrir à Kanon.
« C’est pour toi, là, c’est moi, toi et Maman et on va cueillir des fleurs dans le champ. »
Kanon lui arracha presque le dessin des mains pour le serrer contre lui avant de déclarer que c’était le plus beau dessin du monde. Face à un compliment si sincère, Saga ne savait plus du tout ou se mettre, il baissa les yeux en rougissant furieusement, il était certain d’avoir le petit frère le plus gentil et le plus mignon du monde. Pour le remercier de son dessin, Kanon se jeta sur lui pour l’embrasser baveusement sur les joues. Ils reprirent leur dessin peu après, mais s’endormir rapidement fatigué par leur après-midi de jeu.
Les deux garçons se réveillèrent peu de temps avant le dîner et n’ayant pas eu l’occasion de goûter à cause de leur sieste, leur estomac criait famine, ils sortirent donc de la cabane pour courir jusqu’à la cuisine ou Marianne s’activait à préparer le repas.
Trop enthousiaste à l’idée de « l’aider » et débordant d’énergie, ils courraient dans ses jambes et après plusieurs minutes à tenter de leur confier des tâches ne nécessitant pas de s’approcher du feu ou de découper quoi que ce soit, elle les envoya mettre la table, ce qu’ils firent au pas de course et en se chamaillant pour savoir qui aurait le droit de mettre les assiettes, verres, et couverts. L’un prétextant que les enfants ne devaient pas toucher au couteau quand l’autre lui rappelait qu’ils n’avaient que quelques minutes d’écart et qu’il pouvait donc aussi tenir les couteaux, finalement, Kanon abandonna la dispute pour porter la cruche d’eau à la demande de Marianne et tout rentrant dans l’ordre.
Lorsque Nimrod sortit du bureau pour venir dîner, la table était presque mise et les enfants toujours trop réveillés courraient tout autour. Mais alors que Saga se hissait sur la pointe des pieds pour mettre un dernier couteau son coude heurta une assiette qui tomba sur le sol. Il sursauta, le silence qui suivit le terrifia et tout en bafouillant une ribambelle d’excuses incompréhensible recula pour s’éloigner de son maître.
L’homme n’avait cependant pas l’air contrarié, ni même un peu en colère, il héla Barbara qui passait dans le couloir au même moment pour lui demander de nettoyer avant de s’approcher de son disciple qui se faisait minuscule.
« Allons, mon garçon, ne prends pas cet air inquiet, je sais bien que tu n’as pas fait exprès. » Nimrod tapota doucement sa joue et Saga cessa de reculer. « Tu n’as pas besoin d’avoir peur de moi. Je ne te ferais aucun mal. »
C’était… vrai ? Pour le moment, il n’avait aucune raison de se plaindre de son maître à ce sujet, il n’était pas comme le voisin, ni comme certain collègue assez agressif de Maman. Saga se calma lentement, Kanon à côté de lui, pris sa main pour essayer de lui donner un peu de courage, mais il ne quittait pas l’adulte des yeux. Une fois la crise évité, et le garçon rassuré, Marianne arriva avec le repas et ils purent s’installer à table pour en profiter avec la présence de Nimrod dans la pièce, Kanon était beaucoup plus silencieux, il se contentait de chuchoter à son frère et Saga était seul à essayer de mener la discussion avec son maître, heureusement, Marianne l’aida à plusieurs reprises.
Et une fois le repas terminé, les deux garçons abandonnèrent la table pour aller jouer dans la chambre de Kanon pendant que leur maître retournait à son bureau et que Marianne se retrouvait seul à ranger le temple.
Ils avaient fini de se raconter leur journée et pour passer le temps firent une partie de Jacques a dit, puis de 1, 2, 3, soleil avant de jouer à cache-cache et de s’effondrer sur le lit leur énergie enfin à nouveau épuisée. Ils regardaient le plafond de la chambre allongé l’un à côté de l’autre dans un silence confortable, la respiration douce de Kanon a côté de lui avait quelque chose d’apaisant qui donnait envie à Saga de s’endormir, quand la présence de son aîné rassurait assez Kanon pour qu’il oublie le fait qu’il devrait bientôt le quitter pour rejoindre sa chambre.
« Quand tu auras une chambre plus jolie, on fera des cabanes dans ta chambre et on créera une cachette pour nos bonbons… »
Kaon tourna la tête vers son aîné qui n’avait pas quitté des yeux le plafond avant de s’allonger sur le côté.
« On pourra mettre un piège pour que personne les vole !
— Quoi comme piège ?
— Comme les pièges à souris que Maman mettait dans le grenier, si quelqu’un essaye de voler nos bonbons, bam, il a la main coincée.
— Ça lui ferait mal…
— Il a qu’à pas volé nos bonbons.
— Peut-être qu’il voudrait les voler parce qu’il a faim… c’est comme pour les souris… c’est pas gentil de les tuer alors qu’elles veulent juste manger.
— Mais c’est pas gentil de voler, Maman a dit. »
C’était un argument contre lequel le garçon n’avait rien à rétorqué et Saga hocha la tête avant de se tourner à son tour vers son frère.
« On mettra un piège avec de la peinture, comme ça, on pourra savoir qui c’est sans lui faire mal.
— … d’accord… mais on met une malédiction aussi ! Quelque chose qui fait peur !
— C’est pas gentil une malédiction.
— Non, mais une fausse, Ramiro, il a dit qu’il y avait des malédictions pour que les gens aient trop peur d’entrer dans des endroits parfois, mais nous on en met une fausse, comme ça, les gens y ont peur de voler nos bonbons ! »
C’était… très futé. Saga sourit satisfait par l’idée alors que Kanon continuait après une intense réflexion pour trouver une phrase terrifiante.
« On dira… euh… si tu touches aux bonbons… gare à toi !
—… Ça fait pas très peur…
— Mh… C’est compliqué de trouver une bonne idée… Si tu touches aux bonbons… tu vas tomber malade ?
— C’est pas une malédiction… ça ressemble à un conseil…
— Je demanderai à Ramiro demain s’il a une meilleure idée.
— Et il faudra l’écrire sur un papier.
— Il le fera pour nous ! »
Saga acquiesça avant de se tourner à nouveau vers le plafond, il pourrait cacher les bonbons dans un coffre et cacher le coffre et la clé dans un endroit différent en plus d’ajouter la fausse malédiction, ainsi leur cachette serait doublement, non, triplement protégé. Ils pourraient y ajouter d’autres choses aussi, comme le dessin que lui avait offert Kanon, ce serait dommage que quelqu’un le lui vole après tout, mais… le dessin serait sans doute mieux accroché au-dessus de son lit… plutôt qu’enfermer dans un coffre.
« Saga ? » Son frère se tourna à nouveau vers lui et Kanon se redressa sur un coude pour l’observer. « Tu aimes bien le maître toi ?
— … Oui. »
Kanon soupira manifestement loin de partager son avis, il s’assit sur le lit avant de croiser les bras.
« Moi, je l’aime pas. Il est méchant !
— Non ! Il est un peu… » Saga fronça les sourcils, méchant n’était pas le mot exact qu’il cherchait, mais il ne connaissait aucun autre mot pour qualifier le caractère de son maître. Il faisait un peu peur et il le grondait souvent mais il était aussi gentil, il ne l’avait pas puni lorsqu’il avait fait pipi au lit il y a quelques nuits et il ne l’avait pas non plus grondé pour avoir casser l’assiette. Bien sûr, c’était méchant de laisser Kanon dormir dans une mauvaise chambre, mais il lui avait aussi promis d’améliorer sa chambre s’il était sage alors est-ce que c’était vraiment… méchant. « Il fait des gentilles choses… Je suis sûr que tu l’aimeras bien si tu passes plus de temps avec lui. »
Kanon secoua immédiatement la tête avec véhémence.
« Il est méchant ! Il te fait pleurer et en plus t’es tout le temps fatigué quand tu rentres le soir et tu peux pas jouer avec moi à cause de lui, c’est un maître nul ! »
Ça avait au moins le mérite d’être clair, Saga jeta un coup d’œil vers la porte instinctivement, même si la pièce était insonorisée, son estomac s’était retourné à l’idée que son maître entende les critiques de Kanon.
« Je suis fatigué pour être plus fort et te protéger ! Quand je serais plus grand, on aura plus de temps pour jouer ensemble, le maître y dit que c’est normal que je m’entraîne beaucoup, beaucoup au début. » La moue contrariée de Kanon ne disparut pas et Saga continua. « Si tu veux, quand je saurais bien me battre, je pourrai t’apprendre un peu aussi ! Comme ça, on s’entraînera ensemble et on sera plus souvent tous les deux.
— Mais si y veut pas ?
— Je te montrerais en cachette ! »
Et cette fois-ci, il avait tapé dans le mille, le visage de Kanon s’illumina avant qu’il ne se redresse sur ses genoux et ne se laisse tomber lourdement sur son aîné.
« Montre-moi maintenant !
— Mais je peux pas ! Je vais te faire mal !
— Non ! Montre moi ! »
Il hésita mais céda. Les enfants roulèrent sur le matelas, jouant à se faire tomber mais les muscles qu’avaient commencé à prendre Saga lui facilitait la tâche et il était obligé de se concentrer pour ne pas blesser Kanon qui riait à chaque fois qu’il parvenait à le plaquer contre le lit. Finalement, son cadet profita qu’il le lâche pour lui jeter un oreiller en plein visage et la « bagarre » se transforma en bataille d’oreillers. Leur énergie retrouvée, les deux garçons se combattirent durant une longue demi-heure dans toute la chambre faisant seulement attention à ne pas renverser les bougies avant d’être interrompu dans leur jeu par l’ouverture de la porte, aussitôt, ils sursautèrent et sans même se retourner pour voir le visiteur se précipitèrent sur le lit avant de se cacher sous les draps.
« Qu’est-ce que vous faites encore réveiller tous les deux ? » En reconnaissant la voix de Marianne, ils sortirent timidement leur petite tête, elle était déjà en robe de chambre, les cheveux attachés en chignon. Saga pâlit, et se sentit rapidement coupable, il n’avait pas vu le temps passé, mais si les domestiques étaient prêts à aller dormir, c’est que son heure du coucher était largement passée, priant silencieusement pour que son maître ne l’ait pas remarqué, il sauta du lit. Alors que la femme s’avançait vers eux. « Vous allez vous faire disputer si votre maître l’apprend. Vous devriez dormir depuis des heures.
— C’est pas notre faute ! » se défendit Kanon. « Il y a pas d’horologe dans ma chambre. »
Et c’était vrai, la chambre très spartiate manquait clairement de mobilier, après un regard à la pièce à la recherche de l’objet, Marianne leur sourit doucement avant de caresser leurs cheveux.
« Tu as raison. Je demanderais à Ramiro d’installer une « horologe » demain. »
Heureux d’avoir obtenu gain de cause aussi rapidement Kanon sourit fièrement à Saga avec l’impression de les avoir sauvés tous les deux, mais même si Saga lui répondit, son esprit était ailleurs, concentrer sur les bruits qu’il pouvait entendre dans le couloir, il se dandina d’un pied sur l’autre, jetant tour à tour un regard vers la porte puis vers Marianne.
« Je… je vais dans ma chambre ?
— Mh ? Oui, je couche ton frère et je viens te voir tout de suite.
— Non ! Attends encore un peu !
— Mais…
— Tu fais même pas de bisous ! »
Kanon fronça les sourcils et Marianne l’attrapa pour l’allonger dans le lit alors qu’il tentait d’en sortir précipitamment avant de faire signe à Saga de quitter la chambre, aussitôt le cadet se mit à protester en se débattant pour se redresser, Saga incapable de partir face à la réaction de son frère resta immobile devant la porte alors que Marianne parlait doucement pour convaincre le garçon de se calmer.
« Tu ne veux pas que ton grand-frère se fasse disputer, mon chéri, n’est-ce pas ?
— Noooon »
Mais malgré sa réponse, il continua de se débattre pour essayer de se redresser sur le lit et après quelques minutes de batailles, Kanon s’arrêta pour jeter un regard dégoulinant de larmes vers son aîné qui se sentit comme le pire grand-frère de la planète, il s’éloigna en courant de la porte pour bondir dans le lit et serrer son cadet dans ses bras en se mettant à pleurer à son tour. Marianne soupira, avant de s’asseoir sur le lit pour prendre les garçons sur ses genoux et les bercer, il lui fallut dix bonnes minutes pour faire cesser les larmes et encore dix pour convaincre les jumeaux de se séparer, doucement, elle allongea Kanon dans le lit tout en faisant signe à Saga de partir et après avoir embrassé une dernière fois son petit-frère il quitta la pièce pour trotter le plus silencieusement possible jusqu’à sa chambre Là, il grimpa sur le lit et s’endormit presque immédiatement après avoir posé sa tête sur l’oreiller.
Chapter 4: Visite au Grand Pope
Summary:
Saga rend visite au Grand Pope pour la première fois.
Chapter Text
« Un message du Grand Pope. »
Saga releva la tête de son chocolat chaud alors que la voix aiguë d’une adolescente retentissait depuis l’entrée du temple. Le soleil n’était pas levé depuis longtemps, mais dehors, les domestiques et coursiers s’activaient déjà.
Ramiro, qui était parti ouvrir, traversa rapidement le couloir pour livrer le courrier à Nimrod, ne le voyant pas revenir les jumeaux se concentrèrent à nouveau sur leur petit-déjeuner. Kanon était encore à moitié endormi, la tête appuyée sur son frère, il mâchouillait lentement un koulouri débordant de confiture de figues tâchant par la même occasion sa tunique de pyjama. Saga qui n’avait aucune volonté de protester contre l’envahissement de son espace personnel buvait son chocolat en faisait bien attention à ne pas le renverser sur lui ou son cadet pendant que Marianne rangeait ce qui avait servi pour le petit-déjeuner du maître des lieux.
Saga avait eu un peu de mal à se réveiller ce matin et les courbatures dues à l’entraînement de la veille lui donnaient l’impression d’avoir le corps raide comme un bâton, pourtant aucune plainte n’avait traversé ses lèvres depuis son réveil, ça ne servait à rien et il devait continuer de s’entraîner pour assurer l’avenir de son cadet. De plus, l’entraînement était un peu plus amusant maintenant qu’il avait rencontré Aiolos. Il l’avait vu tous les jours depuis, il avait même appris son âge par son maître, Aiolos avait deux ans, enfin presque trois, il était né à la fin du mois de novembre. Pour le moment, c’était donc encore un tout petit, c’était pour ça qu’il avait autant de mal à courir vite et qu’il trébuchait souvent sur ses pieds, soit dit en passant, minuscule, Saga était presque certain de ne jamais avoir eu des pieds aussi petits, ça ne devait vraiment pas être pratique pour marcher.
L’information obtenue, Saga avait immédiatement décidé de l’adopter en tant que cadet, il n’avait pas encore eu l’occasion de le présenter à Kanon, mais il ne doutait pas que son frère serait heureux d’avoir lui aussi un petit frère. Aiolos était, après tout, adorable, Kanon ne pourrait pas résister en voyant sa bouille d’ange et ses grands yeux, lui en tout cas, il ne résistait pas.
À côté de lui, son frère bailla avant de s’étirer ce qui le bouscula légèrement, lui et sa tasse de chocolat chaud qu’il ne renversa heureusement pas. Kanon ne s’excusa même pas et c’était à peine s’il l’avait remarqué, il frotta ses petits yeux en baillant une nouvelle fois et le visage couvert de confiture pencha la tête pour observer Saga d’un air fatigué. En le voyant faire, son aîné ne put s’empêcher de sourire et il se décala légèrement pour lui embrasser le front.
Vivre au Sanctuaire était profondément ennuyeux pour le petit garçon, mais hormis son maître, c’était bien moins inquiétant que ce qu’il avait craint. Il attendait que Saga rentre de son entraînement avec impatience tous les jours et il insistait pour se lever en même temps que lui alors qu’il pourrait rester au lit plus longtemps pour se reposer. Il lui faisait des dessins l’après-midi pour les lui offrir le soir lorsqu’il rentrait et il cuisinait aussi des gaufres et des crêpes avec les domestiques pour son goûter. La veille, il lui avait même fait un tour de magie, que lui avait appris Ramiro, et Saga avait été très fier de lui. Son frère l’embrassa à nouveau et il sourit en fermant les yeux.
« Mon chéri, assieds-toi droit pour manger, tu mets de la confiture dans les cheveux de ton frère. »
Kanon sursauta et descendit de son petit nuage, il y avait effectivement de la confiture dans les cheveux de Saga, mais un regard vers lui alors qu’il se redressait lui appris qu’il n’était pas en colère.
« C’est pas grave. » Marianne secoua la tête alors que Saga volait à son secours. « Je les laverais ce soir.
— Avec le shampoing qui sent bon ? » demanda Kanon. « Pas avec celui qui sent mauvais.
— Parce qu’il y en a qui ne sente pas bon ? »
Kanon rougit avant de baisser les yeux sur son lait chaud, il y en avait effectivement un, dont il n’appréciait pas du tout l’odeur, même s’il n’avait aucune idée de ce qu’il sentait, Saga l’avait utilisé durant les premiers jours passer dans le temple et il l’avait détesté, jamais Maman n’aurait utilisé un parfum aussi horrible pour les laver, maman avait bon gout, elle… pas comme le maître à qui appartenait sans doute l’horrible gel douche.
« Je prendrais celui qui sent bon !
— D’accord, mais ce n’est pas une raison pour avoir les cheveux collants, tu vas être embêté par les guêpes si tu ne fais pas attention.
— Mais Saga, il a pas peur des guêpes, quand les guêpes, ils viennent m’embêter, il les fait toujours partir ! »
La fierté dans la voix de son cadet était telle que Saga se sentit gêné. Il n’y avait que Kanon pour être fier d’une chose aussi simple. Ce n’était rien et c’était normal de défendre son petit-frère. Marianne, elle sourit doucement attendrit par leur réaction, puis voyant que Kanon avait terminé son koulouri elle lui en servit un nouveau. C’était que, l’estomac du petit garçon s’était transformé en trou noir depuis son arrivé dans le temple, il mangeait comme 4 et ce n’était pas pour déplaire à la domestique qui était rassurée de le voir dévorer comme un ogre.
« C’est vrai. » continua Kanon la bouche pleine. « Il a pas peur des guêpes et des serpents, une fois, une fois, il en a chassé un alors qu’on jouait dans les ruines, il voulait me mordre et Saga, il lui a fait peur et il s’est enfui sans me mordre !
— C’était un petit serpent. » se défendit Saga qui avait peur que Marianne le gronde pour avoir pris autant de risque, Maman, après tout, n’avait pas été aussi heureuse que Kanon en l’apprenant et il s’était fait disputer pour ne pas avoir appelé un adulte. « Vraiment petit…
— Aussi petit qu’il soit, si vous trouvez un serpent dans le jardin, je préférerais que vous m’appeliez moi ou Ramiro, les enfants, d’accord ? »
Saga hocha la tête, mais Kanon continua.
« Mais il était courageux mon frère !
— Oui, il a été courageux, mais vous êtes petit et je ne veux pas que vous soyez blessé. »
Le peu d’enthousiasme de Marianne faillit vexer Kanon qui fronça les sourcils, heureusement, Ramiro entra dans la cuisine changeant les préoccupations du garçon, il le fixa avec curiosité. Depuis son départ, le domestique avait enfilé son tablier de jardinage et venait prendre une gourde d’eau pour travailler, Kanon attendit, jeta un regard à Marianne qui était retourné à sa vaisselle puis à son frère, mais comme ils ne disaient rien, Kanon finit par prendre la parole.
« Pourquoi le Grand Pope, il a envoyé un message ?
— Je ne sais pas, mon lapin. » répondit Ramiro. « Je suis sorti pendant qu’il lisait le courrier, ce n’est sans doute pas très intéressant de toute façon, une mission ou quelque chose du genre. »
Ça, c’était une mauvaise nouvelle, une très mauvaise nouvelle. Maman était morte en mission, comme beaucoup d’amis de Maman et beaucoup d’enfants qu’il avait rencontrés. Saga ne pouvait pas partir. En l’absence de réponse précise, Kanon tourna la tête vers Saga, mais son aîné haussa les épaules avant de porter doucement le chocolat chaud à ses lèvres, il se tourna alors vers Marianne.
« Mon frère va partir en mission ? Je veux pas qu’il parte ! »
— Oh non, ne t’inquiète pas, mon chéri. Le Grand Pope ne le permettrait pas. Saga est beaucoup trop petit pour accompagner votre maître pour le moment. Ce serait trop dangereux pour lui, plus tard, quand vous serez plus grand, il pourra partir en mission, mais pour le moment, il va rester avec nous. »
La réponse ne lui convenait pas totalement, qu’est-ce que ça voulait dire, « plus tard quand il sera grand » ? Il ne devait jamais partir et l’abandonner, il se tourna vers Saga pour attraper sa tunique de pyjama, mais son frère ne se tourna pas vers lui pour le regarder. Ses sourcils froncés étaient tournés vers Marianne et Ramiro et il avait posé sa tasse sur la table en se tenant le dos droit.
« Je partirai quand en mission ?
— Jamais ! »
L’exclamation surprit Saga, mais il ne tourna toujours pas la tête vers lui.
« Quand tu auras 6 ou 7 ans. En général, les maîtres vous emmènent à cet âge-là, avant, ce serait trop compliqué. » Ramiro avait répondu à la place de Marianne et avait profité de s’être approché de la table pour attraper un koulouri et embrasser la tête des enfants. « Ton maître décidera quand tu seras prêt à partir avec lui.
— Pourquoi ?!
— Pourquoi tu veux partir ? T’as pas besoin de partir, je veux que tu restes avec moi ! J’veux pas être tout seul ! C’est injuste !
— Allons, Kanon, calme-toi, ton frère ne va allez nulle part, mon chéri. » Le garçon releva un regard larmoyant vers Marianne qui faisait le tour de la table pour venir caresser ses épaules et le faire lâcher le bras de son aîné. « Ne t’inquiète pas.
— Mais si y part, il va me laisser tout seul !
— Mais il ne va aller nulle part pour le moment, n’est-ce pas Saga ? »
Il hocha aussitôt la tête pour soutenir Marianne et les larmes dans les yeux de son cadet cessèrent de menacer de couler, même si ses lèvres étaient toujours pincées et sa moue contrariée, puis il se pencha pour lui embrasser la joue, Kanon, sans lâcher son koulouri se jeta alors à son cou pour le serrer contre lui, ce qui étala un peu plus de confiture dans les cheveux de l’aîné. Marianne soupira en le voyant faire mais préférant éviter toute crise de larme d’aussi bon matin, elle laissa Kanon continuer et retourna à sa vaisselle.
Après une longue minute, il se décrocha enfin de Saga pour croquer dans son koulouri tout en frottant ses yeux mouillés et en essuyant son nez avec son poing. Le petit-déjeuner reprit dans le calme, Saga veillant à ne plus aborder le sujet des missions, Kanon pu ainsi commencer à raconter avec beaucoup de détail les rêves qu’il avait fait au cours de la nuit. L’ainé ne l’écoutait pour autant que d’une oreille distraite, pour obtenir une armure, il fallait accompagner son maître en mission, s’il n’y allait pas, comment allait-il faire pour gagner la sienne ?
Une dizaine de minutes plus tard, Nimrod sorti de son bureau pour rejoindre les enfants dans la cuisine et informer Saga que le Grand Pope voulait le voir. L’annonce prit de court le petit garçon qui jeta un regard inquiet vers Marianne, les questions de Kanon à ce sujet n’obtinrent pas de réponse et une demi-heure plus tard, Saga était prêt à partir. Il s’assit sur le banc dans l’entrée en attendant l’arrivée de Barbara qui devait l’accompagner et qui ne tarda pas à le rejoindre et ils montèrent tous les deux au 13ème temple.
Malgré ses efforts et sa volonté de montée toutes les marches seul, le petit garçon s’arrêta complétement essouffler devant le 8ème temple. D’un regard désespéré, il vit tous les temples qui lui restaient encore à traverser et soupira, il transpirait, ses jambes lui faisait de plus en plus mal, il commençait même à avoir soif, à côté de lui, Barbara rit doucement avant de le soulever du sol pour le caler contre sa hanche. D’abord trop fatigué pour protester, il observa la domestique… elle était en pleine forme, comme si montée plusieurs centaines de marches sous un soleil de plomb n’était qu’une formalité, Barbara pinça doucement sa joue avant d’attraper une de ses mèches pour la caler derrière son oreille et dégager ses yeux.
« Je reconnais qu’il y a beaucoup trop de marche. Le Sanctuaire n’a pas été pensé pour les courtes pattes des petits disciples.
— Je… je peux le faire…
— Tu ne voudrais pas arriver essoufflé et couvert de transpiration devant le Grand Pope ? Si ? »
C’était une question difficile et Saga hésita un instant, il était un futur chevalier après tout, et il devait être capable de monter tous les temple seul…. D’un autre côté, Marianne l’avait fait beau pour rencontrer le Grand Pope, ses cheveux étaient propres et bien coiffé, elle avait perdu beaucoup de temps à en retirer la confiture, ses vêtements repassés, elle lui avait même mis un peu de parfum. Dans tous les cas, Barbara n’attendit pas sa réponse pour reprendre l’ascension et il s’accrocha à son cou en posant sa tête contre son épaule. C’était une petite femme Barbara, avec des grands bras maigres et quelques doigts en moins, elle avait aussi une énorme cicatrice de brûlure sur la moitié du visage et si Saga avait eu un peu peur au début, il la trouvait très gentille maintenant. Elle lui donnait toujours de la pommade pour les courbatures après ses entraînements et elle était resté avec lui en attendant qu’il s’endorme en le voyant encore debout au beau milieu de la nuit, elle chantait bien aussi, pas autant que Maman, mais elle connaissait beaucoup de comptines qu’elle leur récitait souvent après le dîner, Nimrod n’avait pas protester contre l’idée et il avait même dit que c’était important pour un chevalier de savoir chanter et jouer d’un instrument de musique. En plus, elle était gentille avec Kanon, elle lui racontait parfois des histoires l’après-midi et son frère lui avait raconté qu’elle avait même joué avec lui.
Porté dans les bras de Barbara, le reste de l’ascension se fit plus rapidement et l’entrée dans le Temple fut plus rassurante. Si celui des gémeaux était déjà impressionnant pour le garçon, celui du Grand Pope n’était en rien comparable. Tout était encore plus grand et encore plus grandioses, des immenses tapisseries tombaient du plafond pour couvrir les murs, des statues étaient postés devant chaque porte comme si elles en surveillaient l’entrée, des grands vases décoraient les couloirs. Barbara s’enfonça dans le temple ses pas étouffés par le grand tapis qui recouvrait le sol, tout autour d’eux des dizaines de personnes, gardes, civiles et domestiques parcouraient les couloirs pressés par leurs tâches et ne leur prêtant pas attention. Enfin, ils entrèrent un couloir beaucoup moins fréquenté, quelques gardes se tenait devant d’imposante porte en bois, Barbara les salua tous d’un signe de tête auxquels ils répondirent par quelques mots avant qu’ils n’arrivent dans un couloir presque vide à l’exception d’un secrétaire à un bureau, la femme sourit en les voyant arriver.
Barbara le posa sur le sol et épousseta les vêtements de l’enfant alors que la secrétaire se levait pour les rejoindre.
« C’est Elizabeth. » chuchota la femme à son attention en désignant l’autre d’un petit signe de tête. « C’est une des secrétaires du Grand Pope, si tu as besoin de quelque chose pendant que tu es ici, tu peux aller la voir, je viendrais te chercher juste avant midi pour te raccompagner à la maison. »
Saga hocha la tête, même si c’était encore un nouveau nom à apprendre et à retenir. Il y avait tellement de monde dans les temples qu’il avait l’impression qu’il ne parviendrait jamais à se souvenir de tous, mais Elizabeth était déjà à leur hauteur et l’enfant fit un effort pour lier son visage et son prénom.
« Oh, toi, tu es le nouveau disciple de Nimrod. » dit la jeune femme en s’accroupissant devant lui. « Saga, c’est ça ? Le Grand Pope m’a dit que tu viendrais lui rendre visite, je suis très heureuse de te rencontrer. Tu peux entrer dans le bureau, il va bientôt arriver, il a seulement un peu de retard. » Saga hocha la tête, mais il n’osa pas lâcher la robe de Barbara. « Il ne te mangera pas. » continua la secrétaire pour le rassurer. Assieds-toi sur un des fauteuils près des fenêtres, je vais venir apporter le thé et les gâteaux. »
Il n’eut d’autre choix que d’entrer dans la pièce alors que Barbara le poussait doucement. Le bureau était immense et il se sentait ridiculement petit et pas du tout à sa place, comme lui avait indiqué Elizabeth une petite table avait été installé devant la fenêtre avec deux fauteuils, après une hésitation l’enfant se dirigea vers eux.
Derrière lui, il pouvait encore entendre la discussion entre les deux femmes, mais Saga était trop loin de la porte pour comprendre ce qu’elle disait et beaucoup trop anxieux à l’idée de se faire prendre pour tenter de les espionner.
Il dut se hisser sur ses petits bras pour s’asseoir sur le fauteuil et s’enfonça à l’intérieur comme s’il avait été fait de guimauve. Nimrod ne lui avait pas dit pourquoi est-ce qu’il devait voir le Grand Pope et l’anxiété commençait à monter. Il ne l’avait pas vu depuis son arrivé et cette soudaine volonté de le voir était inquiétante, est-ce qu’il avait fait quelque chose de mal ? Il n’en avait pas l’impression, mais les adultes se mettaient parfois en colère sans raison. Les voix derrière la porte se turent et après une dizaine de minutes, Elizabeth entra dans le bureau avec un plateau et déposa le thé et les biscuits sur la table. Il l’observa faire sans bouger et en le voyant la secrétaire lui sourit.
« Tu peux en manger en l’attendant. Le Grand Pope arrive bientôt, le rapport de mission qu’il devait écouter a pris plus de temps que prévu. »
Il hocha la tête, pendant qu’Elizabeth installait les tasses. Il y avait des biscuits en grande quantité, des cookies et… des petites boules de couleur plantées sur des bâtonnets. Saga les observa sans oser les toucher, c’était bizarre, il n’avait jamais vu cette nourriture, ça ne venait sans doute pas de Rodorio, du bout du doigt, il toucha l’un de bâtonnets, comme si ceux-ci avaient menacé d’être chargés d’explosif, mais rien ne se produisit alors il leva les yeux vers Elizabeth.
« Qu’est-ce que c’est ?
— Des dango, mon grand, depuis qu’Hikaru en a ramené au Grand Pope, il en mange régulièrement avec son thé. Tu peux goûter si tu veux, c’est très bon. » Saga fronça les sourcils, un peu méfiant, les couleurs étaient jolies, mais il avait toujours un peu peur de goûter de nouvelle chose. Face à son hésitation, Elizabeth prit l’un des bâtonnets avant de le lui donner, encourager par la femme, il goûta du bout des dents, mais fut incapable de savoir s’il aimait ou détestait, en voyant sa grimace, Elizabeth se mit à rire. « Ne t’inquiète pas, si tu n’aimes pas, j’ai d’autres biscuits pour le thé. » Il hocha la tête et la femme en voyant qu’il ne savait pas quoi en faire prit le bâtonnet pour manger ce qu’il avait laissé et déposa les petits biscuits devant lui pour qu’il puisse en profiter. « Je retourne à mon bureau, mais tu peux venir me voir si tu as le moindre problème, je reste jusque midi.
— Midi…
— C’est quand les deux aiguilles pointeront vers le haut de l’horloge. »
Il suivit le doigt de la femme du regard pour observer l’horloge, Maman avait essayé de lui apprendre à lire l’heure avant de mourir, mais il avait encore beaucoup de mal, notamment à différencier les aiguilles, il ne savait jamais laquelle était celle des heures et des minutes.
À nouveau seul dans le bureau, il passa le temps en observant la pièce de son fauteuil. Il y avait de nombreux tapis sur le sol, des grandes tapisseries sur les murs, un petit endroit à son opposé composé d’un canapé couvert de nombreux coussins et couvertures, un brasero éteint était juste à côté, sur le mur à l’arrière du bureau, il y avait une bibliothèque immense, les livres y étaient serrés les uns contre les autres ne laissant pas le moindre espace pour en rajouter et… même en retirer devait être compliqué. Le bureau était recouvert d’un amas de feuilles et de parchemin, un plaid avait été jeté sur le dossier de la chaise, les bougies au coin du bureau avaient fondu au point d’en devenir minuscule et sous l’une d’elles une flaque de cire avait séchés.
« Ah, tu es déjà là, mon garçon ! Nimrod n’a pas perdu de temps pour t’envoyer. » Saga qui n’avait pas entendu la porte s’ouvrir sursauta avant de sauter du fauteuil et de s’emmêler les pieds en voulant s’agenouiller pour saluer le Grand Pope. Shion ne fit qu’en rire, avant d’aider le garçon à se relever. « Allons, ce n’est pas la peine d’être aussi formel, je t’invite seulement à prendre le thé, détends-toi. Tu es venu tout seul jusqu’ici ? »
Saga hocha la tête. C’est vrai qu’il avait beaucoup pleuré et Kanon continuait de pleurer beaucoup, mais Maman avait toujours dit qu’il était plus sensible que lui et qu’il devait faire attention à ne pas le blesser. Ce n’était qu’un petit garçon après tout.
« Mais tu as peut-être des questions sur le Sanctuaire ? Des choses que tu ne comprends pas et que ton maître ne t’a pas expliqué ? »
À quel sujet ? Il n’était pas certain d’avoir des questions, ni s’il pouvait les poser. Il faisait beaucoup d’effort pour essayer de tout comprendre sans déranger les adultes, c’est Kanon qui posait des questions sans réfléchir, ce qui finissait toujours par lui causer des ennuis.
« Je ne sais pas…
— Tu ne sais pas si tu as des questions ?
— Non… mais… »
Il y avait bien Mio qui l’intriguait, il n’avait pas eu l’occasion de le revoir, mais Aiolos parlait souvent de lui. C’était un de ses amis et les deux enfants jouaient souvent ensemble. Saga n’avait toujours pas compris qu’elle était le problème avec sa voix, s’il parlait avec son maître, c’est qu’il n’était pas muet… si ? Il avait bien essayé de poser quelques questions à son maître à ce sujet, mais Nimrod lui avait répondu que le gamin était stupide avant de dire qu’on confiait des armures d’ors à n’importe qui de nos jours. Saga n’avait rien compris à la réponse de son maître. Qui était « n’importe qui » ? Et les armures ne choisissaient-elles pas leur porteur ? Maman avait toujours dit qu’une armure ne protégeait qu’eux ceux qu’elle jugeait digne de leur protection… Mais il n’avait pas osé poser plus de questions.
Il y avait les missions aussi… les missions c'était important pour obtenir une armure et il n’avait pas pu poser toutes les questions qu’il voulait à cause de Kanon. Il n’aurait pas 6 ans avant…, malgré lui, il baissa les yeux sur ses doigts et essaya de compter 4… 5… 6 ? 3 ans ? Il fronça les sourcils avec l’intuition qu’il y avait un problème dans son calcul sans comprendre où il était. L’année prochaine, il avait 5 ans et l’année d’après 6 ans, alors pourquoi est-ce qu’il comptait 3 ans ? L’enfant recompta ses doigts, sous le regard amusé de Shion qui l’observait faire. Non, il y avait bien 3 doigts pour arriver à 6 ans, mais seulement 2 ans, c’était à n’y rien comprendre.
« Qu’est-ce que tu essayes de compter, mon garçon ? »
La voix de Shion le fit sursauter et il releva les yeux vers lui. Il devait avoir l’air un peu idiot, Maman lui apprenait seulement à compter avant sa mort et il n’était pas encore très doué, Kanon était meilleur que lui avec les chiffres.
« Dans combien de temps, j’irai en mission avec mon maître… ?
— Quand tu auras 6 ans, dans 2 ans.
— Mais… je peux pas partir plus tôt… ?
— Plus tôt ? Pourquoi veux-tu partir en mission plus tôt ? » demanda le Shion en se penchant un peu vers lui. « C’est dangereux. À ton âge, vous ne vous déplacez pas assez vite, il faudrait vous porter sur des longues distances et vous avez besoin de beaucoup de repos. En plus, vous ne savez pas vous battre et si tu tombes sur un ennemi, tu ne pourras ni te défendre, ni t’enfuir. Tu dépends trop de ton maître pour survivre. Dans 2 ans, tu pourras l’accompagner en mission, avant je préfère que vous restiez au sanctuaire. »
Ses épaules s’affaissèrent, il était encore trop faible, c’était bien ce qu’il craignait, mais 2 ans, c’était si loin. Kanon ne pouvait pas dormir dans cette horrible chambre aussi longtemps, il allait finir par tomber malade à cause de l’humidité et il n’avait pas assez de jouets, les domestiques étaient gentils, mais il ne pouvait pas toujours veiller sur lui, il s’ennuyait parfois beaucoup, rien qu’obtenir plus de bougie pour que son frère ne passe pas une partie de la nuit dans le noir serait déjà un plus… ou l’autorisation de dormir avec lui… Ce n’était pas vrai qu’ils étaient trop proches de toute façon, son maître ne comprenait rien au fait d’avoir un petit frère.
« Saga ? »
Il sursauta et il devait avoir l’air préoccupé, car le Grand Pope le regardait avec inquiétude. Saga se redressa à nouveau pour paraître moins abattu et reprit d’une voix calme qui il l’espérait ne paraissait ni capricieuse, ni plaintive.
« Mais… et si j’arrive à être plus fort avant ?
— On y réfléchira à ce moment-là dans ce cas, mais pour le moment, tu devras attendre d’avoir 6 ans. C’est plus prudent. Athéna serait triste si ses enfants mouraient en mission. Tu ne penses pas ? Ce n’est pas ce que veut notre Déesse. » Saga hocha la tête, même s’il n’était pas certain de comprendre et le Grand Pope se pencha pour ébouriffer ses cheveux d’un geste affectueux avant de désigner les biscuits d’un geste. « Mange. C’est important pour devenir grand et fort. Et ne t’inquiète pas. Le temps va passer très vite et tu seras chevalier avant même de t’en rendre compte. »
Peut-être que le Grand Pope avait raison, il prit un cookie avant de croquer dedans du bout des dents, un peu méfiant face aux morceaux de noisette qu’il ne reconnaissait pas. S’il voulait accompagner son maître, il allait devoir devenir plus fort, plus rapidement que tous les autres enfants. Saga inspira, il allait devoir s’entraîner encore plus dur, très clairement, il ne voyait pas comment cela allait être possible, il s’entraînait déjà beaucoup et il était épuisé, alors plus…
« Et a ton âge, vous avez mieux à faire que de vous entraîner. » continua le Shion comme s’il pouvait suivre le cours de ses pensées. « Tu dois encore apprendre à lire, à écrire et à compter et d’autres langues aussi. C’est important pour partir en mission avec ton maître, tu dois pouvoir comprendre ce que les gens vous disent. Pour le moment te battre n’est pas la priorité, et ce n’est pas non plus très bon pour votre santé d’être constamment en train de vous entraîner, vos corps sont encore très fragiles à ton âge. Quand tu auras 6 ans, ça sera beaucoup mieux, tu seras plus fort et ton corps sera capable de supporter plus de contrainte. »
Donc… il allait devoir s’entraîner plus que tous les jours pour obtenir rapidement son armure ? Tout en apprenant des nouvelles choses ?! Ça faisait beaucoup de travail… ou allait-il trouver le temps de faire tout ça ? Il allait devoir dormir moins, beaucoup moins.
« Allons, ne t’inquiète pas, mon garçon. Je sais que ça a l’air impressionnant, mais tu en es parfaitement capable. Est-ce qu’il y a d’autres choses qui t’inquiètent ? Des questions que tu n’as pas osé poser à ton maître ? »
Il pourrait peut-être essayer d’apprendre à lire le soir en rentrant de l’entraînement… Ramiro accepterait sans doute de l’aider ou Marianne. Ils étaient gentils, apprendre à lire avec son maître paraissait effrayant, il ne pouvait pas se permettre de le décevoir en apprenant trop lentement alors s’il avait déjà des bases avant d’apprendre avec lui… et pour les langues, Marianne et Ramiro parlaient d’autres langues, il les avait entendu discuter, il pourrait peut-être leur demander de lui apprendre.
« Saga ? Allez, ne t’inquiète pas. Tu es encore jeune et tu as tout le temps d’apprendre. Parlons d’autre chose que de ton entraînement. Tu t’es fait d’autres amis ? Tu as pu discuter un peu avec Galan et Mio ? Ils ont à peur près de ton âge, ce sont des gentils garçons. »
Ce n’était pas facile, mais le garçon se força à penser à autre chose. Il tendit timidement la main pour prendre un nouveau biscuit sous le regard encourageant du Grand Pope. Mio et Galan… il ne leur avait pas adressé la parole une seule fois, mais Aiolos parlait souvent d’eux.
« Je n’ai pas encore joué avec eux…
— Vraiment ? Tu devrais prendre un peu de temps pour jouer avec eux. Mio habite encore avec son maître dans le temple du Cancer et Galan y est très souvent avec le sien. Mio pourra peut-être t’apprendre des choses. Ça ne fait pas longtemps qu’il est devenu chevalier. Je suis certain qu’il pourra te rassurer sur ce qui t’inquiète. »
Mio ? Ça lui paraissait étrange étant donné que le garçon ne parlait pas, comment pourrait-il lui apprendre quoi que ce soit s’il ne pouvait pas discuter ? Aiolos lui avait dit qu’il était malade, mais les malades pouvaient vraiment devenir chevalier ? Maman avait toujours dit que c’était au chevalier de protéger les plus faibles alors si Mio était malade, il devait faire partie des plus faible.
« Mais… Mio ne parle pas…
— Il ne parle pas, mais il écrit et c’est un très bon télépathe.
— Et… il peut quand même être chevalier… même s’il ne parle pas… ? »
Le Grand Pope se redressa sur son fauteuil et Saga se tassa craignant d’avoir dit une bêtise, mais il ne s’énerva pas et ne le gronda pas non plus.
« Il y a beaucoup de chevaliers malades qui sont très puissant, quand j’étais enfant l’un des disciples de mon maître était aveugle*. »
L’enfant fixa le Grand Pope en clignant des yeux. C’était déjà tellement compliqué d’être chevalier, comme il avait fait pour réussir en étant aveugle ?
— Comment il faisait pour se battre ?
— Mon maître lui avait appris à se battre pour qu’il ne soit pas handicapé par sa situation.
— Et il était fort ?
— Il était très fort. C’est grâce à lui qu’Hadès n’a pas pu ressusciter ses spectres pendant la Guerre Sainte. »
Saga écarquilla les yeux, « grâce à lui » ! Il devait être vraiment puissant, jamais il ne parviendrait à un tel niveau ! Malgré son envie de reste poli et sage, il se redressa sur le fauteuil mettant ses pieds sur le coussin.
« Comment il a fait ?!
—Il a scellé l’âme des spectres. S’ils avaient pu continuer à ressusciter sans arrêt nous aurions eu beaucoup plus de perte et Athéna se serait épuisée à tenter d’empêcher leur résurrection... Mais changeons de sujet, tu n’es pas venu ici pour m’écouter radoter sur mes anciens camarades. »
Changer de sujet, Saga réfléchi un instant. Le Grand Pope avait parlé de son maître… Est-ce que le maître du Grand Pope était encore plus fort que le Grand Pope et est-ce qu’il y avait d’autres enfants avec lui. Maman disait que certains maîtres avaient une dizaine de disciples en même temps.
« Ton maître, il avait d’autres enfants ? »
Shion ne répondit pas immédiatement, il cligna des yeux, surpris par la question et hocha la tête.
« Oui, deux plus vieux que moi et trois plus jeunes. Mais, je ne me suis pas vraiment entraîné avec eux.
— Et vous étiez amis ? »
Il acquiesça à nouveau sans chercher à entrer dans les détails. Il avait connu Yuzuriha et son frère assez tard dans sa formation et en avait passé la plus grande partie seul avec son maître avant d’être rejoint un court instant par Asmita qui avait de toute façon passé la majeure partie de son temps assis à méditer dans un coin de la tour puis par Atla qui était l’adorable petit dernier… Hakurei était devenu gâteux avec lui à ce moment-là, le petit avait pu faire des âneries pour lesquelles son maître l’aurait étripé... Et pour ce qui était d’Avido, il ne l’avait pas connu… ou il ne s’en souvenait pas, c’est qu’Avido était déjà plus vieux que Mani et il n’avait pas beaucoup de souvenirs de Manigoldo alors qu’il avait souvent rendu visite à Hakurei durant son enfance. Mani avait beaucoup plus de souvenirs que lui de cette période… assez pour raconter des anecdotes stupides à Dohko, anecdotes dont il ne se souvenait pas mais qui le trouvaient toujours dans des situations ridicules, il était presque certain que le Cancer en avait inventé la plupart…
« Mon maître aussi, il aura d’autres enfants ?
— Je ne sais pas. Tu t’ennuies avec ton frère ?
— Non ! Mais… mon frère, ce serait bien qu’il ait des amis… »
Son maître ne voulait toujours pas que Kanon sorte du temple, alors le seul moyen de lui faire rencontrer des amis allaient être de les inviter, un disciple supplémentaire serait même encore mieux.
« Je suis certain qu’il s’en fera, ne t’inquiète pas. La prochaine fois, je le ferai venir ici avec toi. Nous pourrons discuter tous les trois comme ça. Ça te ferait plaisir ?
— Oui ! Mais… Kanon aura peut-être un peu peur…
— Tu penses ? Moi, je crois qu’il oubliera bien vite sa peur en voyant les bonbons et les gâteaux. » Saga rougit à la remarque et hocha la tête. C’était peut-être vrai. Kanon était gourmand et il aimait le sucré. « Tant que nous en parlons, tu peux prendre des biscuits pour lui si tu veux, emballer les dans une serviette, ça lui fera sûrement plaisir. »
La proposition était alléchante, mais il fallut quelques secondes et que Shion lui tende une serviette pour que le garçon y cède. Saga attrapa plusieurs cookies, des biscuits à la cannelle et au chocolat pour les fourrer dans ses poches.
« Sinon, mon garçon. » reprit Shion en se servant une nouvelle tasse de thé. « Tu sais ce que tu veux en cadeau pour les Panathénées** ? C’est bientôt. »
Avec la mort de Maman, il n’y avait pas pensé. C’était elle qui était censée envoyée la prière à Athéna pour qu’elle leur offre des cadeaux. Il s’arracha doucement la peau autour des doigts sans oser lever les yeux sur lui. Il voulait des cadeaux, bien sûr, comme tous les enfants de son âge, mais demander était… impoli et il ne pouvait pas demander des cadeaux au Grand Pope… Face à son absence de réponse, le vieil homme reprit la parole.
« Tu ne veux pas de cadeau ? Ce serait bien la première fois que je rencontre un enfant qui n’en veut pas. Tu n’aimes pas ça ?
— Si… mais
— Ton frère aussi en aura si c’est ce qui t’inquiète. Athéna offre toujours des cadeaux aux enfants sages. »
Les enfants sages ? Est-ce qu’il l’avait été assez ? Il n’avait pas eu beaucoup de temps pour s’occuper de Kanon depuis la mort de Maman et il avait souvent entendu le voisin dire qu’ils étaient insupportables… enfin, surtout Kanon, mais c’était la même chose au final.
« Mais… si on fait pas exprès de faire des bêtises ?
— Tu as fait une bêtise ?
— J’ai cassé une assiette. »
Le Grand Pope se mit à rire, ce qui fit sursauter le petit garçon qui se tassa sur lui-même, mais Shion se reprit vite et secoua la tête.
« Je suis certain qu’Athéna ne t’en voudra pas pour si peu. »
Le soulagement envahit Saga. Bien sûr, son maître lui avait dit la même chose, mais le Grand Pope, lui, il pouvait parler avec Athéna, donc il était sûrement plus au courant que son maître, c’était logique.
« Elle est très gentille Athéna !
— Athéna ne souhaite que notre bonheur, mon garçon.
— Je… je reste aussi avec mon frère en attendant qu’il dorme parce qu’il a peur tout seul…
— Ce n’est pas non plus une bêtise. »
— Même si mon maître veut pas ?
— Ton maître ne veut pas que tu restes avec ton frère ?
— … J’ai pas le droit de rester avec lui la nuit… »
Cette fois-ci, le Grand Pope resta silencieux et Saga baissa les yeux en attendant craintivement sa réponse. Il désobéissait en restant avec son frère, Barbara et Marianne lui avait dit que ce n’était pas bien.
« Eh bien… » Saga sursauta et releva la tête. « Je ne pense pas que ce soit une bêtise, même si ton maître ne veut pas. Kanon ne deviendra pas chevalier, il n’a pas besoin d’être courageux comme toi. Alors tu as le droit d’aller le rassurer s’il ne veut pas dormir seul. Cependant, tu devrais faire attention à ce que ton maître ne te voit pas si tu ne veux pas te faire gronder. »
Ça, il y arrivait, il connaissait par cœur l’horaire de coucher de son maître maintenant et comme la clé ne quittait jamais le meuble à côté de la chambre de Kanon, il n’avait pas de mal à le trouver. En fait, le plus gros problème restait les domestiques, ils ne terminaient jamais leur journée à la même heure et Marianne vérifiait leur chambre toutes les nuits, mais heureusement, elle ne l’avait toujours pas dénoncé à son maître.
« Tu ne m’as toujours pas dit ce que tu veux comme cadeau ? »
La voix du Grand Pope le fit sursauter en le faisant sortir de ses pensées. À Maman, il demandait toujours des bonbons ou des jouets, il y avait aussi une série de livres que tous les enfants s’arrachaient à Rodorio sur un petit chevalier Pégase qui accomplissait des missions périlleuses pour protéger Athéna et ses amis. C’étaient des jolies livres, il en avait vu un chez la fille de la voisine. Maman avait promis de lui en offrir un, mais elle était morte avant…
« Je sais pas…
— Tu n’as même pas une petite idée ?
— Bah… J’aime bien les animaux en bois… et les bonbons…
— Qui n’aime pas les bonbons ?
— Vous aussi vous aimez bien les bonbons ?! » Le Grand Pope hocha la tête. « Les préférés de Kanon c’est au citron ! Moi, je mange tout ceux qu’il n'aime pas, comme ça, il y a pas de gaspillage !
— Eh bien, je suis sûr qu’Athéna vous apportera des bonbons, mais tu ne voudrais pas autre chose ? Des jouets ? Des livres ?
— J’ai un cerf et des moutons avec un berger !
— Tu en voudrais d’autres ?
— … Oui…
— Et ton frère ?
— Mon frère… il aime bien les poissons, les requins, euh… » Saga s’interrompit en fronçant les sourcils. Il y avait une autre bestiole marine que son frère adorait, mais il ne se souvenait pas du nom. « Un gros poisson noir et blanc aussi, immense ! euh, ils mangent les bébés baleines. »
Et c’était l’un des animaux préférés de Kanon… Saga avait toujours un peu de mal à comprendre pourquoi quand Maman lui avait montré l’image dans un livre, il l’avait trouvé terrifiant et la description encore plus, après tout, ça ne pouvait pas être gentil si ça mangeait des bébés !
Shion acquiesça à chacun alors qu’il continuait d’énumérer avec plus ou moins de précision les « poissons » que son frère appréciait. Ils passèrent l’heure suivante à discuter, Saga se sentait de plus en plus détendu, assez pour remettre ses pieds sur le fauteuil et commencer à piocher dans les assiettes de biscuits sans jeter des regards méfiants à Shion. Une fois la liste de cadeaux de son frère terminé, il raconta ses entraînements et ses jeux avec Kanon et Aiolos. Ainsi, la grande horloge sonna midi sans que l’enfant n’ait vu le temps passé.
Juste avant son départ, le Grand Pope alla chercher dans le tiroir de son bureau une grosse poignée de bonbon qu’il fourra dans les mains de l’enfant avant de le laisser partir. Les poches chargées, Saga partit du bureau en courant presque, pressé de tout apporter à Kanon. Malheureusement, Barbara, qui devait l’attendre dans le couloir, n’était pas là. Il l’attendit plusieurs minutes sur le pas de la porte sans oser retourner à l’intérieur pour demander de l’aide à Shion. Puis, ne la voyant toujours pas arriver et craignant surtout d’arriver en retard au déjeuner et de se faire gronder, il partit à la recherche de la sortie.
Le 13ème temple était un temple immense cependant, plein de couloir et de cul-de-sac et il ne lui fallut pas plus de 10 minutes avant d’être complétement perdu. Comme les enfants dans le labyrinthe de Dédale, il craignait presque de se retrouver face au minotaure. Il accéléra le pas, jusqu’à se mettre à courir dans les couloirs, passant encore et encore devant les mêmes portes et les mêmes gardes sans pour autant trouver la sortie du temple.
Finalement, il sentit les larmes lui monter aux yeux alors qu’il observait les couloirs qui se ressemblaient tous et il aurait sans doute éclater en sanglot si l’un des gardes ne s’était pas accroupit à sa hauteur, sa grosse voix et son visage couvert de cicatrice avait d’abord inquiété le petit garçon mais il avait été rapidement rassuré par son sourire, le garde lui avait indiquer le chemin jusqu’à la sortie du temple, non sans lui ébouriffer les cheveux et Saga avait filer aussi vite que possible en suivant bien les indications.
Un quart d’heure plus tard, il franchit les grandes portes du 13ème temple et se retrouva dehors sous le soleil. Il n’y avait toujours aucune trace de Barbara cependant et c’est donc avec précaution que Saga commença à descendre les grandes marches vers son temple.
Mais sans l’aide d’un adulte pour garder l’équilibre, il lui fallut beaucoup de temps avant d’atteindre enfin les dernières marches qui le séparait de son temple, Saga poussa un soupir de soulagement en le voyant enfin apparaître en dessous du 4ème temple et en courant presque il se dirigea vers les dernières marches, avant de voir Maria et Mio apparaître en haut de celle-ci.
Il ralentit de peur de se faire gronder en courant dans les escaliers. Comme la dernière fois, son disciple était accroché à son bras comme s’il avait craint qu’elle disparaisse ou s’envole. Saga les salua timidement à leur approche et il allait les dépasser quand la chevalière l’interpella, les yeux baissés sur ses pieds, il se retourna vers elle qui s’était déjà accroupie pour se mettre à sa hauteur.
« Tu es tout seul, mon grand ? Tu es allé rendre visite au Grand Pope. Mio aime beaucoup aller le voir aussi.
— … Oui… »
Maria sourit et ébouriffa ses cheveux avant de se remettre debout.
« Tu veux venir jouer un peu chez moi avec Mio ? Ça lui fera très plaisir d’avoir un peu de compagnie. Il ne voit pas grand monde. »
Le Mio en question n’avait pourtant pas l’air enchanté par l’idée, il se colla un peu plus contre son maître sans relever les yeux vers lui. Saga ne voulait pas l’embêter, mais il ne pouvait pas non plus refuser une invitation d’un chevalier d’or… ou est-ce qu’il avait le droit de refuser ? Mio aussi était un chevalier d’or, même s’il n’en avait pas l’air.
« Je suis certaine que vous vous amuserez bien tous les deux, Galan vous rejoindra peut-être aussi, ma femme devrait bientôt avoir fini de l’entraîner, vous pourrez manger ensemble avant d’aller jouer. »
Ça ressemblait vraiment à une mauvaise idée, il secoua la tête en baissant les yeux alors qu’il sentait le regard de Maria sur lui.
« Mais… je dois rentrer manger… mon maître m’attend…
— Oh. » la femme leva les yeux vers l’immense horloge avant d’acquiescer. « C’est vrai qu’il est déjà midi, tes domestiques ont dû te préparer quelque chose. On n’a pas vu le temps passé avec Mio. Tu pourras venir jouer après manger si tu veux. Il est un peu timide, mais il m’a dit qu’il aurait beaucoup aimé jouer avec toi et Aiolos la dernière fois, n’est-ce pas mon chéri ? »
Pas plus de réponse que précédemment, l’enfant semblait même encore plus crispé et anxieux, mais Maria sembla comprendre quelque chose qui échappait totalement à Saga car elle rit doucement avant de lui embrasser les cheveux et de se tourner vers lui.
« Vous pourrez jouer avec ses petits chevaliers, il en a toute une collection à la maison. Ça te plairait ?
— Je… je peux pas… Je dois m’entraîner après manger…
— Je vois… tu n’auras qu’à venir jouer demain dans ce cas.
— Je… je m’entraîne aussi demain…
— Toute la journée ? »
Il se contenta d’hocher la tête alors que Maria haussait les sourcils et baissait les yeux vers son disciple dans un dialogue silencieux.
« Après-demain dans ce cas.
— Mais… je m’entraîne aussi…
— Toute la journée ?! Quand est-ce que tu te reposes ?
— … euh… quand je dors… »
Mio tira sur la tunique de son maître mais Maria ne tourna pas la tête vers son disciple et se contenta de fixer Saga en clignant des yeux puis d’un coup elle secoua la tête.
« Nimrod exagère, à ton âge, tu ne devrais pas t’entraîner autant, aucun disciple de ton âge ne s’entraîne tous les jours. Vos corps sont trop fragiles pour ça.
— Non ! Je… ça va… je m’entraîne avec Aiolos… ça va…
— Aiolos s’entraîne avec toi tous les jours ?! »
Saga ouvrit la bouche pour répondre mais plus Maria lui posait des questions plus il avait l’impression de faire une bêtise en lui répondant. Il se dandina d’un pied sur l’autre en triturant ses doigts et jeta un regard vers son temple plus bas.
« Je… je dois rentrer… mon maître m’attends… je… je dois pas être en retard… »
Maria ne semblait pas l’avoir entendu cependant, elle fronçait toujours les sourcils et c’est son disciple en tirant sur sa tunique qui lui fit relever les yeux.
« Rentrer ? Oh, oui… tu as raison. Dépêche-toi de rentrer dans ce cas. Et si Nimrod te dit quelque chose, tu n’auras qu’à lui dire que c’est moi qui t’aie mis en retard, mon chéri. »
Saga se contenta d’acquiescer alors qu’il avait déjà tourné les talons. Il courut dans les escaliers pressés d’arriver enfin, heureusement, son maître n’était pas encore rentrer et il put s’installer à table sans que Nimrod n’apprenne son retard.
Notes:
*Ici, je prends Lost Canvas comme passée, donc la Guerre Sainte précédente s’est déroulé comme dans Lost Canvas.
**En vrai, je voulais mettre Noël pour que les enfants aient des cadeaux, mais je me suis dit Noël et Athéna ? Est-ce que Shion laisserait les enfants aduler un vieux monsieur barbu alors qu’ils sont censés adorer la belle et merveilleuse Athéna qui les protègent tous et les aiment ? J’ai un léger doute. D’un autre côté, le problème, c’est que les gosses, ça aime les cadeaux, donc si tu dis à un gamin qu’il peut avoir des cadeaux gratuitement a une période de l’année, ça va conquérir leur petit cœur et donc Noël risque bien de s’implanter dans le Sanctuaire et le Père Noël avec lui et donc je me suis dit : et si Shion avait remplacé le Père Noël par Athéna? Donc ici, « Noël » se faite durant les Panathénées et c’est Athéna qui offre des cadeaux aux enfants sages pour les récompenser.
Chapter 5: Visite chez Aiolos
Summary:
Saga profite d'un jour de repos pour aller jouer chez son nouvel ami.
Notes:
Les personnages ne m’appartiennent pas.
Chapter Text
Le Grand Pope était venu voir son maître seulement quelques heures après leur entrevue. Saga n’avait pas tout compris, mais il s’était fait disputer après son départ, et il s’entraînait moins depuis. S’il avait été déçu au début, ce n’était finalement pas désagréable, il avait plus de temps pour jouer avec son frère et Aiolos, et il se sentait en meilleure forme qu’avant.
Il avait même l’impression d’être plus fort pendant ses entraînements, peut-être parce que ses os ne lui donnaient plus l’impression d’être brisé et que sans courbatures et avec du temps pour jouer et se détendre, il dormait bien mieux. Mais il avait aussi la nette impression d’avoir fait une bêtise. Son maître semblait en colère et Aiolos lui avait dit que le sien l’était aussi quand il l’avait vu la veille. Pharmion, en effet, semblait de plus mauvaise humeur que d’habitude, il s’était énervé plusieurs fois après Aiolos pour des broutilles, Saga aurait bien aimé prendre sa défense, mais il n’avait pas osé, Pharmion était un adulte effrayant pour le petit garçon et d’après ce qu’il avait compris d’Aiolos mieux valait ne pas se le mettre à dos.
Aujourd’hui, à la différence de la veille, c’était un jour de repos. Il en avait donc profité pour jouer avec Kanon dans le temple toute la matinée et une partie de l’après-midi, les deux garçons avait fait beaucoup de coloriage, pour égayer la chambre de Kanon Astylas avait accroché leur dessin sur les murs.
Ils avaient aussi terminé leur cachette de bonbon, après avoir harcelé Ramiro pendant plus d’une heure pour qu’il trouve des idées de « malédiction » à écrire sur des papiers. Pour le moment, la boîte à bonbon était presque vide, en cause, deux petits garçons trop gourmands qui avaient beaucoup de mal à faire des stocks, mais ils ne désespéraient pas de la voir se remplir un jour.
Puis à l’heure du goûter, Aiolos avait envoyé Télémaque, un domestique de son temple, chercher Saga pour qu’il vienne jouer chez lui. Son maître avait encore refusé de laisser sortir Kanon au plus grand damne du garçon qui commençait à se demander quand et comment est-ce qu’il allait réussir à les présenter l’un à l’autre. Malgré tout, il était parti rejoindre le petit Sagittaire, puisque Barbara avait promis de veiller sur Kanon pendant son absence et de jouer avec lui, juste avant son départ, Marianne avait glissé des bonbons dans ses poches pour qu’ils puissent se les partager.
Portée dans les bras du domestique, la montée des temples avait été très facile pour Saga et il était en pleine forme à son arrivée au neuvième temple. Télémaque l’avait déposé à l’entrée avant de le pousser doucement à l’intérieur.
C’était la première fois qu’il rendait visite à Aiolos. Le temple n’était pas très différent du sien, une grande entrée qui donnait sur un grand salon, des sculptures et des vases à chaque coin de la pièce, des tapisseries sur les murs, seule la couleur dominante changeait, le bleu qui régnait en maître dans le temple es Gémeaux avait été remplacé par de l’ocre et du brun, ce qui donnait un aspect beaucoup plus chaleureux et accueillant à la pièce. Le canapé était en tissu, moelleux et recouvert d’un épais plaid en laine, il y avait quelques coussins en fourrure, un tapis brodé de motif géométrique sur le sol. Saga s’avança timidement en cherchant des yeux le propriétaire des lieux pour le saluer alors que Télémaque le guidait vers le centre de la pièce.
Mais c’est Aiolos qui apparut avec un cri de joie en le reconnaissant, habillé seulement d’une petite tunique à cause de la chaleur étouffante, il y a quelques jours, durant un entraînement particulièrement éprouvant, le bambin avait perdu une incisive et s’était déchiré la lèvre, des mèches de cheveux tombaient devant ses yeux, il avait un peu de chocolat au coin de la bouche. Saga le salua d’un signe de main, le bambin se précipita maladroitement vers lui et il manqua de trébucher plusieurs fois avant d’arriver à sa hauteur pour se jeter à son cou, il répondit à son étreinte en le serrant contre lui, ce qui plut au garçon, car il se mit à rire avant de lever des yeux pétillants sur lui.
« Tu viens jouer hein ?! Tu viens jouer avec moi ! Mon maître, il a dit, il a dit que tu pouvais venir jouer pendant qu’il était pas là. »
Saga acquiesça et Aiolos recula en sautillant, tout aussi plein d’énergie que la première fois qu’il l’avait rencontré.
« Ton maître est où ?
— Il rend visite à Lance, il est rentré de mission ce matin. » Saga tourna la tête vers Télémaque et le domestique continua. « Je vais prévenir Mag pour qu’elle vous apporte le goûter, mettez-vous assis sur le canapé et essayer de ne pas faire de tache en mangeant. »
Même si Aiolos répondit par un « promis » des plus énergique, Saga était certain que ce n’était pas gagné d’avance. Il baissa les yeux sur son cadet qui tenait sa main avec le même sourire heureux que pourrait avoir Kanon, et avant même de s’en rendre compte commença à essuyer le chocolat autour de la bouche du petit Sagittaire, puis sans le lâcher s’assit sur le canapé. Aiolos eut un peu plus de difficulté que lui à s’installer, ses petits pieds battirent un instant dans le vide avant qu’il n’arrive à se hisser, aidé par Saga qui avait tiré sur son bras.
Une fois assis côte à côte, le petit Gémeau sorti les bonbons de ses poches, aussitôt, Aiolos redoubla d’excitation, il applaudit alors que ses jambes se balançaient dans le vide et Saga n’eut pas besoin de le lui dire deux fois pour qu’il en prenne une poignée pour les engloutir. Finalement, il posa les bonbons entre eux alors que Magdalena venait déposer un plateau de chocolat chaud et de biscuit sur la table basse.
Saga hésita, n’osant pas se précipiter sur le plateau sans l’autorisation de l’adulte, mais Aiolos n’eut pas le moindre scrupule, il bondit de sa place pour prendre la tasse de chocolat et les biscuits. Ce n’est que lorsque la vieille femme prit l’autre tasse pour la poser dans ses mains qu’il osa enfin bouger pour prendre à son tour les cookies. Elle repartit ensuite dans la cuisine, laissant les deux enfants savourer leur goûter. Aiolos dévorait en laissant des miettes tomber sur le tapis et la table basse, tout en racontant sa matinée à Saga. En une demi-heure, le chocolat chaud et plus de la moitié des cookies avaient disparus et Mek vint pour prendre les tasses vides avant de déposer des crayons de couleur et des feuilles sur la table basse.
« Faites juste attention à ne pas dessiner sur la table, d’accord ? Et si vous avez encore faim, vous pouvez aller demander à Mag, elle nettoie la cuisine. »
Aiolos hocha la tête en se jetant sur les feuilles, mais Saga n’était pas certain qu’il ait écouté l’adulte. Il le remercia alors d’une petite voix polie, ce qui poussa Mek à lui ébouriffer les cheveux avant de partir vers la cuisine. Après son départ, Saga prit à son tour une feuille et commença à dessiner pour son frère, la plage, des poissons, un château de sable et un soleil immense sur une mer bleu. Une fois le dessin terminé, il le déposa sur le bord de la table avant de jeter un œil sur ce que faisait Aiolos qui en était déjà à son 5ème dessin. Enfin, c’était plus un gribouillage qu’un dessin, le Bambin mélangeait les couleurs et les formes en cherchant à prendre le plus de place possible sur la feuille, malgré tout, il était très concentré, si concentré qu’il tirait la langue en formant un rond tremblant.
Trop intrigué par son manège pour faire un nouveau dessin, Saga l’observa dessiner en silence. Les grands traits qu’il traçait avec application n’étaient pas droits, ses ronds souvent ovales. Il y avait quelque chose qui ressemblait vaguement à une maison, mais Saga aurait été incapable de dire si c’était volontaire ou uniquement, le fruit du hasard qui avait poussé son jeune camarade à mélangé un rectangle et un triangle. Un soleil avait été dessiné au coin de la feuille, mais ça pouvait tout aussi bien être un bonhomme avec les bras et les jambes accrochés à la tête.
Finalement, Aiolos s’arrêta, releva la tête pour admirer son dessin avant de se tourner vers Saga en le tendant vers lui. Le garçon sursauta, un peu surpris, avant de le prendre avec précaution.
« C’est pour moi ?
— Bah oui ! C’est un cadeau ! »
Saga baissa les yeux sur son dessin, c’était la première fois qu’il en recevait un qui ne venait pas de Kanon ou de sa mère, il le rapprocha pour le serrer contre lui avant de se pencher pour embrasser la joue d’Aiolos qui sourit encore plus.
« Tu aimes mon dessin ? » demanda l’enfant en le pointant du doigt. « Il est joli ?
— Oui ! Qu’est-ce que tu as dessiné ? »
Aiolos fronça les sourcils et un instant, Saga craignit de l’avoir blessée en posant la question, mais le bambin observa simplement le dessin qu’il venait de lui offrir avant d’acquiescer, comme s’il venait de comprendre quelque chose.
« Une maison… et des éclairs. »
C’était donc ça, les traits qui partaient dans tous les sens ? Saga serra à nouveau le dessin contre lui. Il n’était pas certain de le montrer à son frère en rentrant, même s’il lui offrait un dessin, Kanon serait sans doute malheureux de ne pas en avoir un d’Aiolos aussi. De son côté, Aiolos avait déjà repris une feuille.
« Je fais un dessin pour le Grand Pope aussi et pour Mek et Mag !
— Le Grand Pope aime bien les dessins ? »
Aiolos s’arrêta, avant de relever la tête sur lui comme si sa question était particulièrement stupide, face à son regard, Saga se sentit obligé de baisser les yeux.
« Bah… Oui ! Pourquoi le Grand Pope aimerait pas les dessins ?! Tout le monde aime les dessins !
— Je… je sais pas… »
Le bambin soupira et attrapa une feuille avant de la poser devant lui.
« Dessine pour le Grand Pope !
— Quoi ? Qu’est-ce que je dois dessiner ?
— Ce que tu veux… »
Ce qu’il voulait ? Mais si le Grand Pope n’aimait pas ?! Ce serait horrible. Le garçon resta immobile, incapable de prendre une décision, faire un dessin pour Kanon c’était facile, il n’avait pas besoin de faire quelque chose d’exceptionnel, mais il ne pouvait pas offrir quelque chose de seulement passable au Grand Pope. Son regard dériva sur le dessin d’Aiolos qui n’était qu’un mélange de trait et ronds et… d’autres formes inidentifiables.
« Tu dessines quoi toi ? »
Aiolos fronça les sourcils à sa question en fixant sa feuille. Finalement, il haussa les épaules.
« Je sais pas… j’ai pas encore décidé…
—Mais… » Saga regarda à nouveau le dessin de son cadet, puis le bambin. Comment pouvait-il ne pas avoir décidé ce qu’il dessinait ? Ça n’avait aucun sens. Est-ce que c’était pour quelqu’un d’autre et qu’il n’avait pas encore décidé du dessin pour le Grand Pope ? « Tu fais un dessin pour le Grand Pope maintenant ?
— Oui !
— … Donc, qu’est-ce que tu dessines ?
— Bah, je sais pas ! J’ai pas encore décidé ce que c’était mon dessin.
— Tu dessines avant de décider ce que sais ?
— … Bah oui… pas toi ?
— Non… »
Aiolos le dévisagea une longue seconde avant d’hocher la tête et de reporter son attention sur son dessin.
« C’est bizarre ! »
Bizarre. Saga était presque certain de ne pas être le « bizarre » de la pièce, mais il ne dit rien et prit un des crayons de papier. Un dessin pour le Grand Pope… un dessin… qu’est-ce qu’il aimait ? Il n’avait pas passé assez de temps avec lui pour le savoir. Qu’est-ce qu’il y avait dans son bureau ? Des bonbons ? Saga hocha la tête, oui, c’était une excellente idée. Lentement, il commença à dessiner des petits ronds colorés qu’il coloria ensuite de toutes les couleurs.
Il s’appliqua encore plus que pour le dessin qu’il avait fait à Kanon. Les ronds qu’il traçait étaient parfaits, tout du moins, aussi parfaits que ce qu’un enfant de son âge pouvait faire. Il coloriait en faisant très attention de ne pas dépasser, choisissait des couleurs avec soin, lorsqu’il eut terminé son dessin, Aiolos en avait déjà fait 4 de plus et il ne restait plus qu’une seule feuille blanche, il hésita, regarda la feuille, puis son camarade, Aiolos le vit faire et sans lever la tête de son gribouillage attrapa la feuille blanche pour la placer devant lui. Saga se remit alors à dessiner, cette fois-ci pour Aiolos.
Des entraînements avec son cadet, il avait appris plusieurs choses. Aiolos aimait les chevaux et le tir à l’arc. Sa couleur préférée était l’orange et il parut alors évident pour le garçon que ça devait être la couleur principale de son dessin. Il aimait les chats aussi, sans le dire à son maître, il en avait adopté un qu’il lui avait montré il y a quelques jours, un chat roux et blanc, grand, gras et vieux à l’air agressif et qui n’avait sans doute pas besoin de l’aide du Bambin pour être défendu. Le chat en question l’avait craché en le voyant mais n’avait pas montré la moindre agressivité envers Aiolos, pire, il s’était même mis à ronronner sous ses caresses.
Saga dessina donc le chat avec application, un corps ovale, une tête ronde, quatre pattes placées approximativement, deux triangles pour les oreilles et une troisième minuscule pour le museau, deux ronds pour les yeux, mais si décalé que l’animal semblait louché, il oublia la queue, mais s’appliqua pour faire une tâche blanche en forme de cœur sur le pelage du chat. Ensuite, il tenta de dessiner un cheval, de la même taille que le chat, et comme il n’en avait pas vu beaucoup, le cheval ressemblait étrangement à un chat doté d’une crinière tressée, puis après réflexion, il lui rajouta une corne et des ailes.
À côté de lui, Aiolos avait fini son dernier dessin depuis longtemps et n’en pouvait plus de rester silencieux à l’observer. Il se balança, tenta de construire un château avec les crayons de couleurs, puis partie offrir ses dessins à Mek et Mag avant de revenir avec une nouvelle assiette de cookies, voyant que Saga n’avait toujours pas finit, il s’assit juste à côté de lui.
« Tu sais, tu sais. Saga ? Tu sais, quand je serais grand, je, je serais chevalier d’or du Sagittaire ! » Saga releva un œil de son dessin et Aiolos heureux d’être écouté continua. « Le Grand Pope a dit que j’étais, j’étais super fort.
— Comment il sait, le Grand Pope que l’on est fort ? Il a dit que j’étais fort aussi… mais je suis pas sûr que c’est vrai… »
À sa question, Aiolos pencha la tête sur le côté et se mordit les lèvres. La question semblait compliquée pour le garçon qui resta silencieux avant que son regard s’illumine d’un coup et qu’il se lève d’un bond pour montrer la fenêtre du doigt.
« Il lit dans, dans les étoiles ! Sur… euh… sur… » Aiolos soupira incapable de retrouver le mot, mais il pointa la montagne avec plus d’insistance. « Là-haut ! Mon maître, mon maître, il a dit que même les chevaliers d’ors, ils avaient du mal à y monter. Là-haut, il lit les messages des Dieux et et c’est grâce à ça qu’il prend les bonnes décisions ! C’est, les étoiles, qui disent qu’on est fort ! Et les étoiles, elles ont toujours raison ! »
Les étoiles… C’était vrai alors ? Maman lui avait raconté la même histoire, le Grand Pope devait escalader une montagne pour lire les messages de la Déesse dans les étoiles. Il n’y avait pas cru à l’époque, les étoiles ça ne parle pas ou en tout cas, elles ne lui ont jamais répondu. Et comment est-ce qu’Athéna pouvait faire passer des messages dans les étoiles ? Et comment le Grand Pope pouvait-il les comprendre ? Est-ce que ce n’était pas plus simple par télépathie ? Mais est-ce que la Déesse accepterait de parler par télépathie avec eux ? C’était une autre question… ça devait être terrifiant d’avoir un Dieu dans la tête. Il baissa les yeux sur son dessin et tritura le crayon entre ses doigts. Il n’y arriverait pas lui, c’était trop effrayant.
« Le futur Grand Pope, il apprend à faire pareil. » continua Aiolos en se tournant vers lui. « Il, il m’a déjà expliqué à moi.
— Tu vas succéder au Grand Pope ?! »
Aiolos était si fort que ça ? C’est vrai qu’il se battait bien pour un bébé mais au point de succéder au Grand Pope ça paraissait improbable, est-ce que ça ne devrait pas plutôt être à un adulte de lui succéder ? Mais le garçon secoua la tête à sa question avant de reprendre.
« Non ! C’est pas sûr… il a dit, il a dit qu’il devait former quelqu’un pour après lui et après les maîtres, peut-être que ce sera moi, mais il m’a déjà expliqué des choses ! Je connais toutes les constellations. »
Toutes ?! Saga était si bouche-bée que son crayon de couleur lui glissa des mains. Hormis la Grande ourse, il n’en connaissait pas une seule, Maman ne voulait pas qu’ils jouent dehors après la nuit tombée alors il ne pouvait pas les apprendre.
« Le Grand Pope, il a dit aussi que, que j’ai une très bonne mémoire et que c’est important pour être Grand Pope de se souvenir de tout. Parce que, parce que, il faut se souvenir de ses chevaliers et de leur prénom et de leur armure et il faut faire attention à eux aussi, parce qu’il faut savoir qui est le mieux pour une mission, parce que c’est important pour qu’ils meurent pas, parce que, parce que si tu fais des mauvais choix et bah, tes chevaliers, ils meurent, alors, il faut bien les connaître ! »
Il n’avait pas bonne mémoire, Saga en était presque certain. Il lui arrivait souvent d’oublier des choses, jamais il n’allait être capable de tout retenir.
« Comment tu as fait ? Pour apprendre toutes les constellations ?
— Tu les connais pas encore ? »
Saga secoua la tête alors qu’Aiolos se pinçait les lèvres et fronçait les sourcils, finalement, il reprit.
« C’est parce que. J’ai un livre, avec, toutes les constellations dedans. Mek, il me le lit tous les soirs et avec Mag, on fait… euh… un memory et je suis trop fort au memory ! »
C’était le jeu avec les dessins ? Il en avait vu a à la boutique de jouet de Rodorio, les cartes en bois étaient gravées de jolies petits animaux qu’il fallait trouver par paires, mais Maman ne lui avait jamais offert, il était presque toujours en rupture de stock à cause des maîtres qui le prenait pour leur disciple et il y avait plusieurs mois d’attentes pour en obtenir un, c’était la même chose pour les livres, les poupées et les peluches d’ailleurs…
« Tu pourras y jouer, si tu veux !
— Euh… oui. »
A peine avait-il répondu qu’Aiolos sautait sur ses courtes pattes pour partir en courant, Saga cligna des yeux, ayant un peu de mal à suivre la réaction de son cadet et resta immobile sans oser le suivre, après quelques minutes d’absence, il jeta un regard vers son dessin, qu’il n’avait toujours pas terminé et se remit à colorier le cheval, non sans jeter de nombreux regard vers le couloir à la recherche d’Aiolos. Il avait presque terminé quand le bambin revint en trottant vers lui avec une boite en bois énorme dans les bras… boite qui rendait sa démarche encore plus maladroite, de peur de le voir tomber Saga se leva précipitamment pour aller la porter pour lui et les deux garçons s’installèrent à nouveau autour de la table basse après qu’Aiolos et jeté les crayons par terre et poser les dessins sur le sol.
Les cartes en bois, que le garçon sortait une à une étaient assez grandes pour être facilement manipulé par un jeune enfant. L’une représentait la constellation, quand l’autre était son nom et son emplacement dans le ciel. Elles avaient été gravées à la main et peintes en or. C’était un travail minutieux, qui avait pris des heures à l’artiste.
« C’est un cadeau de mon maître. » expliqua le bambin avec fierté. « Il, il me l’a offert quand j’étais sage. »
Est-ce qu’il aurait un aussi beau cadeau un jour ? Son maître lui avait offert une épée en bois le lendemain de son arrivée, mais plus rien depuis et vu qu’il était fâché depuis quelques jours l’enfant doutait de recevoir un nouveau cadeau un jour. Avec une grande précaution, il prit l’une des cartes pour l’observer de plus près, il n’avait jamais vu cet objet avant.
« C’est le micropcope… le micropope… » Aiolos soupira. « Le mi.cro.sss.co.pe.
— Qu’est-ce que c’est un… mi.cro.sss.co.pe ? »
Aiolos haussa les épaules.
« Je sais pas. Moi, je connais juste le télécope… mais Mek, y m’a dit que c’était pour voir les choses toutes petites. »
Les choses petites ? Comme les puces et les poux ? Pourquoi est-ce que quelqu’un voudrait les voir de plus près ?! Ils n’étaient pas même pas jolis ! Saga n’eut pourtant pas l’occasion de se poser plus de questions, Télémaque entra dans le salon et voyant les enfants déballer un nouveau jeu s’approcha d’eux.
« Vous voulez que je joue avec vous ? »
Aiolos releva les yeux vers Télémaque avant de la secouer avec conviction.
« Non ! Je montre tout seul ! Je sais faire ! »
Le bambin l’avait dit d’un ton si convaincu que le domestique sourit avant de retourner à ses tâches ménagères et Aiolos trouva finalement ce qu’il cherchait, car il prit triomphalement une carte avant de la tendre à Saga.
« Regarde ! Ça, c’est ma constellation ! Elle est jolie, hein ?! Elle est jolie ! »
Saga la prit avec précaution. Autour des points qui avaient été reliés les unes aux autres par des traits, un centaure doré était dessiné.
« Mag, elle m’a dit, elle m’a dit que les Sagittaires, c’étaient les chevaliers les plus courageux ! Moi, je veux être courageux quand je serais grand !
— Moi aussi j’aimerais bien être courageux.
— Mais… tu es courageux ! »
Saga secoua la tête et Aiolos, après avoir tourné la tête vers la porte d’entrée, puis tout autour de lui se pencha sur la table basse pour lui chuchoter.
« Si ! On s’entraîne un peu moins… j’ai le temps de jouer maintenant, depuis que le Grand Pope à disputer mon maître…, y m’avait dit, dit, de pas dire au Grand Pope, que, que je m’entraîne tous les jours alors je l’ai pas dit, mais je savais que le Grand Pope y serait pas content. »
Face à la révélation Saga haussa les sourcils.
« Pourquoi il ne fallait pas le dire ?
— Parce que le Grand Pope, il pense que c’est pas bon pour la santé et que ça fait du mal à nos corps, et que si nos corps ils ont trop mal, on peut pu devenir chevalier… »
Aiolos avait chuchoté si bas que Saga avait encore dû se rapprocher pour l’entendre. Mais l’enfant ni comprenait rien. Les entraînements étaient douloureux oui, mais en quoi est-ce que ça faisait du mal à leur corps et si c’était si mal que ça pourquoi est-ce que leur maître le ferait ?
« Pourquoi tu l’as pas dit au Grand Pope ?
— Parce que je suis pas courageux ! Je voulais pas mon maître soit fâché après moi… il est méchant quand il est pas content et et après, je pleure et j’aime pas pleurer. »
Aiolos avait répondu comme une évidence et Saga se recula légèrement pour regarder son cadet qui prenait maintenant les cartes pour les installer à l’envers sur la table basse et le sol.
« Il est encore fâché ton maître ?
— Un peu… Il m’a crié dessus ce matin, parce que, parce que, j’ai renversé du lait, mais c’est pas ma faute, Mag a dit, le bol, il était trop gros pour mes petites mains.
— Je suis désolé.
— Non. Moi, je crois, c’est bien de l’avoir dit… parce que… si le Grand Pope y dit, c’est pas bien alors, alors ça veut dire, c’est pas bien…
— Mais les maîtres sont pas d’accord.
— Je sais… mais, mais je sais que le Grand Pope, il a toujours raison ! » Aiolos baissa les yeux et s’arrêta d’installer les cartes avant de les relever d’un coup. « Parce que, tu sais, tu sais, le Grand Pope, c’est le plus fort ! Il est grand et il est courageux ! Il, il s’est battu contre les méchants avant ! Et même que Athéna, elle lui fait confiance ! Alors moi, moi, je lui fait confiance, aussi, moi. C’est grâce à lui, on va gagner contre Hadès ! Alors, si le Grand Pope dit qu’il faut pas s’entraîner tous les jours, c’est, c’est que c’est vrai ! »
D’une certaine manière, Aiolos avait raison. Les maîtres pouvaient avoir tort. Il n’y avait qu’à voir comment le sien traitait Kanon, c’était évident que ce n’était pas bien… de là à être assez courageux pour le dire au Grand Pope…
Aiolos se remit à poser les cartes et le silence s’installa entre les deux garçons. Il n’avait pas fait preuve de courage, non, loin de là. Aiolos n’était qu’un petit qui ne comprenait pas tout, mais Saga lui, il comprenait et pour la sécurité de son frère, il aurait mieux fait de se taire. S’il avait su que Maria irait tout lui rapporter, il n’aurait pas dit la même chose. En plus, le maître était en colère à cause de lui maintenant, leurs maîtres étaient en colère à cause de lui. Non, vraiment, il aurait mieux fait de mentir.
« J’ai terminé de poser les cartes ! » Saga releva la tête et croisa le regard du bambin qui avait retrouvé son sourire. « Joue en premier ! »
Plus d’une centaine de cartes avaient été éparpillé sous ses yeux, Saga les observa et tendit la main vers l’une d’elles pour la retourner, aussitôt Aiolos expliqua.
« Ça, c’est le Centaure ! C’est un chevalier d’argent ! Maintenant, tu dois trouver le nom de la constellation.
— Comment ?
— Avec de la chance et après de la mémoire. »
L’enfant qui n’avait pas vraiment compris la réponse tira une nouvelle carte. « Andromède » selon Aiolos mais il aurait été bien incapable de dire si son cadet se trompait. Ce fut alors au tours d’Aiolos, qui tira les deux cartes devant lui Poisson et Lièvre, le bambin lui laissa un peu de temps pour les observer avant de l’inviter à tirer deux nouvelles cartes. Lorsque le mot s’afficha sous ses yeux, il fronça les sourcils, incapable de le lire mais Aiolos vint une nouvelle fois à son secours.
« C’est écrit… Capricorne ! C’est la dixième maison, juste au-dessus de la mienne ! C’est un chevalier d’or.
— Tu sais lire ?
— Non… juste les cartes, je les connais par cœur ! »
Pour lui, cette suite de lette n’avait aucun sens. Il parvenait juste à reconnaître son prénom et celui de son frère et peut-être les lettres qui étaient utilisé pour les écrire… mais de là à comprendre les mots qu’ils formaient ensemble, c’était une tout autre histoire…. Saga ne parvenant pas à piocher la carte avec le dessin, ce fut au tour d’Aiolos de piocher. Le manège continua ainsi plusieurs minutes, avant qu’Aiolos parvienne enfin à constituer une paire avec Andromède, puis avec Pégase. Il en avait finalement une dizaine devant lui quand Saga parvint enfin à réaliser sa première paire avec le Cancer. Aiolos l’applaudit.
« Le Cancer, c’est le quatrième temple, entre celui de ton maître et le Lion. C’est un signe d’eau, comme le Poisson et le Scorpion ! »
C’était désespérant, Saga soupira.
« Comment tu fais pour tout retenir…
— C’est le même ordre ! Feu, puis Terre, puis Air, puis Eau, puis Feu, Terre, Air, et Eau, puis encore Feu, Terre, Air, Eau.
— Ça sert à quoi de savoir ça ? »
Aiolos haussa les épaules.
« Je sais pas, c’est le Grand Pope qui l’a dit ! C’est peut-être important pour lui.
— Pour parler à Athéna ? » Non, Saga secoua la tête, il ne voyait pas en quoi ça pourrait intéresser la Déesse. « Peut-être pour mieux lire dans les étoiles !
— Peut-être… mon maître y dit que les feux, y sont plus courageux que les autres et, que les airs ils sont plus… euh… hy… hypocrite, que les eaux c’est tous des pleurnicheurs et, que les Terres ils ont eux… » le bambin se tu avant de baisser les yeux en pouffant puis il se pencha vers Saga pour chuchoter. « Y dit qu’y ont un balai dans les fesses… »
Saga cligna des yeux à la remarque avant de pencher la tête sur le côté alors qu’Aiolos essayait visiblement de ne pas rire, avant d’échouer.
« Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Je sais pas… mais c’est rigolo ! »
Malgré sa volonté d’être sérieux, Saga hocha la tête. Il allait cependant falloir qu’il demande à un adulte ce que ça voulait dire, comme hypocrite d’ailleurs, car il ne comprenait pas non plus ce mot. Aiolos en face de lui continua à rire quelques minutes avant de se concentrer à nouveau sur les cartes et de l’inviter à en tirer deux autres.
Le reste de l’après-midi continua ainsi jusqu’à ce que Barbara vienne chercher Saga pour le dîner, là, les deux garçons furent forcer de se séparer, Saga remballa ses dessins dans ses poches et laissa les bonbons à son cadet. Aiolos, lui, le suivit jusqu’à la porte et le salua de la main jusqu’à ce qu’il disparaisse dans les escaliers.
