Work Text:
Ragged
Ses jambes le portent faiblement jusqu’à la salle de bain ; Ray ne sait pas pourquoi il se souvient aussi bien de la maison de ses anciens beaux-parents, mais il se laisse guider par son corps lourd et épuisé…
Ses mains tremblent autour de l’évier lorsqu’il peut enfin fermer la porte de la salle de bain derrière lui, et Ray ose un regard dans un miroir pour la première fois depuis si longtemps—il n’a pas dormi depuis des jours. Des semaines peut-être. Il a l’impression que ça fait même des années depuis qu’il est descendu de sa grue, depuis qu’il a assisté à ce putain d’orage !
Ses yeux sont injectés de sang, d’horribles cernes creusent son visage, et la poussière m’accule sa peau—est-ce seulement de la poussière ? Ray frotte son visage avec une serviette, essayant tant bien que mal d’effacer ce manteau de mort le recouvrant, mais rien ne semble pouvoir faire disparaître les traces sombres qu’il remarque encore et encore, peu importe à quel point il frotte et frotte et frotte—
Ray s’effondre sur le sol, son cœur battant à toute vitesse dans sa cage thoracique, le martèlement des battements résonnant dans ses oreilles et faisant vibrer son corps. Il n’y a pas d’autres bruits que sa lourde respiration et les discussions prenant place au rez-de-chaussée. Pas d’éclairs frappant le sol. Pas de grondements de moteurs. Pas de vaisseaux rompant le ciel. Pas de cris.
Il essaie désespérément de calmer son cœur et de reprendre correctement sa respiration, mais ses efforts sont vains alors que les larmes inondent ses yeux, puis ses joues… Ray les entend tous : ceux qui sont morts tout autour de lui, ceux qui ont été pulvérisés près de lui—ça aurait pu être lui !—ceux qui ont été attrapés. Il se souvient de cet homme. Celui qu’il a tué.
Ray relève les yeux du carrelage pour voir ses mains tremblantes, pour voir le sang sous ses ongles. Il a tué quelqu’un. Il n’a pas fait mieux que les monstres qui ont mis leur monde à feu et à sang. Il a pris une vie, et pourquoi ?! Pour quand même être fait prisonnier ? Pour désespérément survivre en s’accrochant à la moindre étincelle d’espoir ?!
Il ne vaut pas mieux que les créatures qui ont voulu tout lui prendre—c’est à peine si Ray a pu protéger Rachel ! Quel genre de père est-il ?! Un idiot fuyant ses responsabilités ! Robbie avait raison, et il a été plus chanceux sans lui !
Ses doigts serrent fermement ses cheveux alors qu’il sanglote contre ses genoux, son corps tremblant faiblement… Ray aimerait tellement pouvoir dormir, mais il n’arrive pas à faire taire les souvenirs, les démons et les regrets dès qu’il repense à cette semaine de terreur, à toutes les horreurs auxquelles il a fait face…
‘’Tout va bien, papa.’’
Ray sursaute presque en sentant une petite main se poser sur ses cheveux, et il redresse la tête pour voir Rachel assisse à côté de lui sur le sol froid, ses grands yeux bleus le fixant calmement—Ray doit avoir l’air stupide comme ça, larmes et morve et sueur coulant sur son visage, mais sa douce petite fille ne part pas en courant…
Non, Rachel ne fait que se glisser contre lui, le forçant à enrouler ses bras autour de ses fines épaules. Ray reprend un souffle fragile lorsqu’elle se met à chanter, sa voix calmant ses nerfs et détendant son corps.
Il lui faut plusieurs chansons pour qu’enfin son esprit accepte de se calmer, mais seulement quelques secondes pour que son corps se libère de la peur et autorise le repos à l’emmener dans un autre monde durant quelques heures… Ray soupire, embrasse le front de Rachel, et s’endort contre elle—en sécurité.
Fin
