Chapter Text
Le moral des troupes était au beau fixe ; tous trépignaient d’impatience à l’idée de voir enfin la princesse de Tenebrae de leurs propres yeux.
Les quelques chasseurs ayant raté l’annonce d’hier soir, furent réveillés au petit matin par un café chaud et des sourires contagieux.
Prompto se sentait encore un peu grincheux que Libertus ne lui ait pas rendu sa lettre.
Il boudait son petit déjeuner alors qu’Ignis se moquait gentiment de lui. C’était ce genre de gamineries qui ramenait le jeune prince à ce qu’il aurait dû être en d’autres circonstances : Un simple enfant capricieux.
En avoir une vision, pas bien méchante, rendait Ignis incroyable maternel avec lui, bien qu’il ne le montre pas forcément devant les chasseurs. Ceux ci ne s’étaient certainement même pas rendu compte du changement d’attitude du blond. Enfin, l’exception était Noctis qui continuait à lancer des regards qu’il voulait discret dans leur direction. Ses sourcils se rapprochent dans une expression d’incompréhension face aux légers sourires moqueurs que Ignis accordait au prince.
Libertus, Gladio, et lui-même avaient bien entendu demandé aux deux impériaux s’ils savaient pourquoi et comment Noctis etait connu de la princesse. Mais ces derniers leur avaient confirmé n’avoir que des suppositions qui pouvaient tout aussi bien être fausses. L’une d’elles étant que le petit chasseur était lié de près ou de loin aux Astraux. Ce qui, pour Libertus, faisait sens et confirmait son intuition : Ignis partageait probablement ses doutes sur l’identité du garçon.
Noctis et Gladio quant à eux étaient totalement déboussolés. Leur méconnaissance de la royauté du Lucis les empêchait malheureusement de faire spontanément le lien entre ce règne éteint et les divinités disparues d’Eos.
Une longue journée de marche les attendait. Leur dernier véhicule ne pouvait pas serpenter entre les chênes noueux et les collines abruptes aussi bien que la moto-neige, ce qui arracha un soupir agacé au prince du Niflheim. Il lança un dernier regard à son précieux engin avant de l’abandonner à contrecœur.
— «Je déteste marcher», marmonna-t-il en passant son sac sur l’épaule.
Au moins, il avait fait un choix raisonnable : il conserverait les vêtements de Noctis, bien plus confortables et légers que son imposante armure et cette fichue cape qui se serait accrochée à chaque branche.
Sous les premiers rayons du soleil filtrant à travers les feuillages denses, les chasseurs finalisaient leurs préparatifs. La princesse leur avait assuré qu’ils étaient en sécurité dans cette forêt, et même les plus méfiants semblaient un peu plus détendus.
Ignis, carte en main, traça leur itinéraire : trois heures de marche vers le nord-ouest, puis deux heures plein nord, avant d’atteindre les premiers contreforts de Zoldaga Henge. Le palais de Fenestala, lui, se dressait bien plus loin, accroché aux montagnes ténébréennes.
À peine avaient-ils pris la route que les chasseurs commencèrent à spéculer sur ce fameux palais. Leur curiosité déborda rapidement sur Ignis, qu’ils bombardèrent de questions.
— «À quoi il ressemble, ce château ? »demanda l’un d’eux en ajustant son sac.— «C’est vrai qu’on dit qu’il flotte dans les nuages ?» enchaîna un autre.
Le Stratège se massa les tempes, patient.
— «Je n’ai eu accès qu’à des descriptions fragmentaires, répondit-il. Les rapports se focalisent davantage sur les pouvoirs des Oracles et le rôle de Shiva dans la protection du lieu que sur l’architecture en elle-même.»
Un vague grognement déçu parcourut le groupe, mais Ignis poursuivit tout de même, souriant légèrement :
— «Il est mention d’une citadelle bâtie à même la roche calcaire de la montagne. Pas un simple château posé sur un sommet, mais une construction qui semble faire corps avec la pierre elle-même.»
Cette simple phrase suffit à allumer l’imagination des chasseurs. Très vite, ils se mirent à débattre, échafaudant des théories plus farfelues les unes que les autres. Certains y voyaient un monastère mystique, d’autres un bastion imprenable, et d’autres encore… une ville suspendue entre ciel et terre.
Noctis, lui, penchait davantage vers la vision mystique du lieu, encore profondément marqué par l’image de la jeune fille de son rêve. Il était encore plus silencieux qu’à l’accoutumée, suivant le groupe sans vraiment prêter attention à son environnement. Son regard était perdu quelque part ailleurs, loin de ses pas.
Gladio dut claquer des doigts devant son visage avant qu’il ne réalise que les appels qu’il entendait depuis plusieurs minutes lui étaient destinés.
— «Eh ben dis donc, t’étais parti où ? »demanda Gladio, une lueur d’inquiétude dans les yeux.
Noctis cligna des paupières, comme s’il revenait brusquement à la réalité.
— «… Désolé. J’ai été déconcentré un instant.»
Gladio fronça légèrement les sourcils. Ce genre d’absence ne lui ressemblait pas.
— «Ça fait une heure qu’on marche et t’as pas levé la tête une seule fois, fit-il remarquer. Tu es sûr que ça va ?»
Noctis aurait voulu répondre que non, ça n’allait pas.
Il se sentait perdu dans un questionnement dont l’énoncé lui échappait, incapable de formuler une pensée cohérente autour de ce qu’il lui arrivait. Un poids commençait à se former dans son estomac sous la perspective d’une réponse qu’il ne connaissait pas. Il ne comprenait pas pourquoi il se sentait si mal ni ce qu’il redoutait tellement. C’était une sorte de pressentiment malsain qui lui oppressait la poitrine.
Il savait que Shiva pourrait lui répondre et abréger cette confusion. Mais elle s’était retirée, et il ne sentait plus sa présence qu’au travers de son propre souffle, glacé. Cette fois, il était seul.
Et pourtant.
Quelque chose d’autre, d’énorme, d’immense, pressait contre son crâne. Une présence qui n’était pas la sienne. Une impression fugace, à la frontière de sa conscience. Une voix sans mots, une chaleur étrangère qui cherchait à s’immiscer dans son être.
Noctis eut un frisson et détourna les yeux.
« Hé, » insista Gladio, visiblement inquiet. « Noct ? »
Le garçon cligna des paupières, comme s’il revenait d’un rêve trop dense.
« Je suis juste fatigué, » finit-il par répondre, sans vraiment croire à ses propres paroles.
Gladio ne sembla pas convaincu, mais il n’insista pas davantage.
Ils reprirent leur marche, et Noctis tenta d’ignorer l’étrange sensation qui rampait sous sa peau. Chaque pas résonnait étrangement sous ses pieds. L’air lui paraissait plus épais. Le vent, en se glissant entre les feuillages, murmurait des sons indistincts à ses oreilles.
Ce n’était qu’un frisson. Un simple vertige.
Mais lorsqu’il effleura distraitement l’écorce d’un chêne sur son passage, son souffle se coupa.
Une image s’imposa à lui.
Le ciel se déchirant en une lumière blanche. Un rugissement ancien, profond comme le cœur du monde. Des montagnes qui s’effritaient sous un souffle invisible.
Puis tout disparut.
Il eut un sursaut et retira aussitôt sa main de l’arbre. Son cœur battait trop vite. Il inspira profondément.
Ce n’était rien.
Rien qu’une illusion.
…n’est-ce pas ?
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Le reste de la marche se déroula dans un mutisme évident de la part du jeune chasseur. Il était toujours ébranlé par ce qu’il avait vu en touchant l’arbre, avançant sans un mot, les mains crispées autour des sangles de son sac. Il percevait encore l’écho de cette présence imposante dans son crâne, une réminiscence de quelque chose d’ancien et de trop grand pour lui. Il sentait qu’il aurait dû poser des questions, mais la seule idée de mettre des mots sur ce malaise lui donnait la nausée.
Gladio l’observait à distance, échangeant parfois un regard soucieux avec Libertus, qui avait lui aussi remarqué que quelque chose n’allait pas.
Prompto, posté à l’avant du groupe aux côtés d’Ignis et de Libertus, paraissait inquiet à sa manière. Il jetait parfois des regards en arrière, scrutant Noctis du coin de l’œil. Les deux aînés, eux, tentaient de garder le groupe concentré sur l’objectif. Zoldara Henge n’était plus très loin, et si tout se passait bien, ils atteindraient la ville avant le coucher du soleil.
« Encore une heure de marche et nous devrions apercevoir les premiers bâtiments », déclara Ignis en consultant leur itinéraire.
Le terrain devenait plus accidenté à mesure qu’ils s’éloignaient de la densité protectrice des bois. La végétation s’éclaircissait, laissant place à des landes rocailleuses où les vestiges de structures anciennes surgissaient parfois entre les hautes herbes. L’air, plus frais à mesure qu’ils gagnaient de l’altitude, portait un vent froid qui s’engouffrait entre les crêtes.
Noctis s’arrêta net, les yeux fermés, inspirant profondément l’air vif pour chasser les nausées qui l’assaillaient.
Puis un grondement sourd résonna au-dessus d’eux.
« … Vous entendez ça ? » souffla Prompto en levant la tête.
Le ciel s’assombrit d’ombres mouvantes alors qu’une escadrille de vaisseaux impériaux fendait les nuages, leurs turbines rugissant comme un avertissement funeste.
« C’est une des troupes aéroportées. Certaines ont dû être dépêchées autour des villes et lieux habités pour nous retrouver… » déclara Ignis en replaçant ses lunettes.
D’un geste vif, Libertus intima au groupe de se dissimuler.
« Merde… Va vraiment falloir être prudents », grogna Gladiolus en attrapant Noctis, toujours aussi peu réactif à son environnement, et en le traînant à couvert derrière un chêne. Il se laissa faire sans plus de protestation qu’un léger râle de mécontentement.
Les vaisseaux survolèrent lentement leur position, les plongeant un long moment dans l’ombre, avant de poursuivre leur route vers le nord.
« Ils ont tout l’air d’avoir le même itinéraire que nous… » souffla Gladiolus tout près de l’oreille de Noctis.
Cette fois, le jeune prince réagit et leva les yeux vers les engins qui s’éloignaient en direction de Zoldara Henge.
Le trajet jusqu’à la ville se fit avec beaucoup plus de prudence de la part du groupe. Il était fort probable que les troupes s’y soient arrêtées pour questionner les potentiels habitants (qui étaient, suite à la révélation de l’existence de la princesse Fleuret, une évidence pour chacun).
Un affrontement était inéluctable, et malheureusement pour eux, leur méconnaissance des terres ténébréennes rendait les stratégies d’attaque trop dangereuses. Le soleil descendait à l’horizon, et la visibilité avec lui, rendant leur avenir plus incertain encore.
Alors qu’ils s’engageaient par le seul passage disponible entre les contreforts montagneux au creux duquel semblait avoir été construite la ville, des rumeurs de conversation leur parvinrent, les faisant ralentir la cadence. Le groupe se resserra, Ignis prenant place devant Prompto, contre l’avis de ce dernier. Ils se fondirent dans les ombres, tentant d’observer ce dans quoi ils s’engageaient.
Quelques mètres devant eux étaient positionnés des soldats — seulement deux, en réalité — qui semblaient faire le guet. Leurs positions avachies et l’échange plaintif entre les deux laissaient supposer qu’ils avaient affaire à des humains, et non des Magitek. Peut-être bien de jeunes recrues.
— «Il semble qu’on ait droit à une des troupes les plus singulières que comporte l’armée impériale. Bien que la totalité des postes de direction soient bien entendu attribués à des personnes de haut rang, leurs troupes sont toujours composées de soldats Magitek. Toutes… sauf une.»
— «Je pensais que c’était le cas de tous les soldats, avant de vous affronter… »confia Noctis, les poings serrés.
— «Pourquoi aurions-nous des stocks de rations alimentaires dans les bases, si c’était le cas ?» dit Prompto d’un ton sarcastique en roulant des yeux.
— «On ne pouvait pas savoir. Les quelques vaisseaux envoyés dans le Lucis pour décimer les habitations de fortune étaient tous des vaisseaux d’assaut, comme le premier qui nous a attaqués dans le Ghorovas», intervint un chasseur, l’air agacé.
— «Tout juste. On avait la chair à canon. Juste des tas de ferraille que l’Empire utilise depuis des années pour rendre l’établissement des terres presque impossible», soupira Gladiolus.
Libertus, visiblement fatigué de l’échange qui semblait faire abstraction de l’information donnée par Ignis, coupa court.
— «Donc tu sais précisément à quel ennemi nous avons affaire ici ?» lui demanda-t-il, le regard sérieux.
— «Effectivement. La 87e division des troupes aéroportées, dirigée par la commandante Aranea Highwind. Chevalier dragon de l’Empire, ex-chef mercenaire extrêmement respectée. La totalité des hommes sous sa responsabilité l’ont suivie dans sa reconversion», répondit le chambellan.
— «Elle est très intelligente et audacieuse au combat. Son style n’a aucun équivalent parmi les sbires de l’Empire, grimaça Prompto. Je l’ai déjà affrontée, et c’était loin d’être une partie de plaisir.»
— «À vrai dire, son style de combat est très similaire à celui de Noctis, avança Ignis. Elle utilise une lance Magitek à impulsion. Ça lui permet de s’élever dans les airs comme toi», ajouta-t-il en s’adressant au petit chasseur.
— «Donc je m’occupe d’elle en cas d’affrontement ?» demanda-t-il.
Un silence parcourut les chasseurs. Gladio fronça fortement les sourcils de mécontentement en questionnant Libertus du regard. Ce dernier soupira bruyamment en hochant la tête.
— «C’est effectivement une idée qui semble logique, selon vos informations. Mais je voudrais tout de même que vous nous confiez chaque détail sur les troupes de cette 87e division», demanda-t-il directement à Ignis et Prompto.
Le chambellan prit le temps de réfléchir à quelles informations seraient alors utiles avant de continuer :
— «Cette division-là a une formation centrale incluant, comme je l’ai dit plus tôt, des mercenaires. Leurs styles de combat n’ont évidemment rien à voir avec les soldats Magitek, et leurs stratégies sont malheureusement très mal renseignées dans les rapports de combat conservés à Zagnautus. Ce sont des électrons libres, enrôlés pour leur efficacité. Beaucoup de jeunes, d’anciens, des orphelins, d’anciens criminels.»
Gladio fronça les sourcils.
— «Des électrons libres, hein ? Tu penses qu’il est possible de parler avec eux ?»
Il jeta un regard au prince.
Prompto acquiesça silencieusement. Son regard, lui, n’était plus celui d’un adolescent capricieux. Il s’était assombri d’une résolution muette, renforcée par les souvenirs des quelques rencontres avec la commandante Highwind.
—« Aranea est quelqu’un qui fait passer les intérêts de ses hommes avant ceux de l’Empire, et elle ne l’a jamais caché. Si nous avons, comme nous le pensons, une proposition adéquate à lui formuler, il se peut qu’elle accepte un accord.»
— «Et qu’est-ce que nous pourrions leur offrir ?» railla un soldat, peu convaincu.
Personne ne répondit à cette question, mais le regard de Libertus se fit plus fort sur Noctis. Et Gladio remarqua qu’il n’était pas le seul à fixer le garçon. Ignis et Prompto le regardaient avec des expressions contrites. Les trois semblaient détenir une donnée qu’ils ne leur avaient pas partagée. Ni à Noctis, ni à lui-même, et cela le rendait incroyablement irascible.
Ignis interrompit la réflexion de Gladiolus d’un geste bref de la main.
— «Silence. Ils bougent.»
Les deux sentinelles s’étaient redressées. Elles avaient entendu quelque chose : un bruit de froissement, ou peut-être une bourrasque étrange. L’une d’elles posa la main sur son fusil, tandis que l’autre s’approchait lentement du fourré à quelques mètres d’Ignis.
— «On va devoir les neutraliser», souffla-t-il à Gladio, qui hocha simplement la tête.
Mais Noctis posa une main sur l’avant-bras du stratège.
— «Attendez.»
Tous le fixèrent, surpris. Il avait parlé avec calme, mais aussi une étrange fermeté.
Sans attendre leur accord, il s’approcha à pas feutrés d’un angle de rocher, juste assez pour que les soldats ne le voient pas encore.
Ignis voulut l’arrêter, mais Libertus le retint par l’épaule, le regard grave.
— «Laisse-le.»
Noctis ferma les yeux une seconde. Il inspira. Lorsqu’il rouvrit les paupières, une faible lumière bleutée parcourut ses doigts.
Il invoqua son arme fétiche et la lança sur l’arbre derrière le soldat au fusil, réapparaissant derrière lui dans un éclair de lumière et l’assommant à une vitesse impressionnante. Le deuxième soldat, alerté par le bruit, se tourna vers lui, prêt à tirer, mais un instant d’hésitation lui fut fatal : Gladio apparut derrière lui et l’assomma, tout comme son ami.
Prompto, qui assistait à la scène, s’impressionna de l’efficacité des deux chasseurs.
— «Heureux d’être dans leur camp…»murmura-t-il d’une voix faussement effrayée.
Quelques rires étouffés parcoururent le groupe avant qu’ils ne se dirigent dans l’unique passage disponible.
Le vent siffla entre les roches blanches. Tout autour du groupe, les falaises calcaires formaient un écrin resserré, presque étouffant, aux allures de piège dissimulé sous la splendeur. Ils essayèrent tant bien que mal de se fondre dans les ombres, mais à priori, il n’y avait guère plus de sécurité que les deux jeunes garçons qu’ils venaient de laisser derrière eux, inconscients.
En contrebas, la ville de Zoldara Henge se dévoilait lentement, ses bâtisses d’ardoise empilées les unes sur les autres, agglutinées contre la pierre, figées dans une autre époque. Quelques lanternes venaient éclairer des rues larges et pavées, d’où la végétation tentait de percer son chemin. Les habitants semblaient se presser à rentrer chez eux, discutant légèrement comme inconscients de l’état du monde hors de leur cité.
Celles-ci respirait l’ordre et le calme, loin de l’idée d’oppression que s’imaginaient les chasseurs. Les bannières de l’Empire claquaient dans l’air glacial de la soirée, accrochées aux tours d’angle comme des langues rouges sang.
Ignis fut le premier à s’arrêter, un pas à l’écart du groupe, observant silencieusement l’entrée principale.
— «C’est une nasse», souffla-t-il plus pour lui-même que pour les autres.
Gladio se tourna vers lui, bras croisés, l’œil méfiant.
— «Tu penses qu’ils nous attendent?»
Ignis plissa les yeux derrière ses verres embués.
— Certainement. Sinon, pourquoi ne mettre que deux pauvres enfants en guise d’accueil ?
Prompto baissa instinctivement la tête, rabattant la capuche de son hoodie sur sa chevelure blonde. Noctis marcha à ses côtés sans rien dire, le regard balayant les alentours, une tension diffuse dans les épaules.
Ils passèrent les premières arches de pierre en silence. À peine quelques pas plus loin, des soldats se détachèrent des ombres, fusils non levés mais doigts posés sur la gâchette. Ils les encerclèrent rapidement.
— «Noms. Affiliations. Raisons de votre présence», prononça calmement un homme d’âge mûr à la carrure imposante, qui s’avança vers eux.
Libertus s’avança sans crainte, le regard haut.
— «Nous sommes des chasseurs des terres d’Eos, et nous venons sur invitation de la princesse Lunafreya Nox Fleuret.»
Le soldat ne réagit pas. Un autre, plus jeune, fixait Ignis — qui portait toujours son armure aux parures du Niflheim — avec une intensité gênante. Ses yeux allaient et venaient entre lui et son supérieur. Il pencha légèrement la tête, se demandant certainement pourquoi il posait une telle question alors que la réponse semblait évidente.
Ignis avança d’un pas, posant fermement une main sur l’épaule de Libertus.
— «Vous savez aussi bien que moi qu’aucune bataille n’est tolérée sur ce sanctuaire. Si donc votre mission est de nous escorter hors d’ici, je vous demanderai de respecter d’abord la volonté de la princesse. Après quoi nous vous suivrons sans protester, si telle est votre volonté.»
Le silence qui suivit sa proposition fut chargé d’électricité statique.
— "Ignis Stupeo Scientia, pourquoi devrais-je t’accorder ça ? reprit l’homme avec un ton moins formel. Nous avons reçu l’ordre de te ramener, mais ta condition n’a pas été stipulée.»
Il leva un bras. Les armes des soldats autour d’eux s’élevèrent en synchronisation, dans un bruit terrifiant.
— «Emmenez-les à l’extérieur et abattez-les tous ! Le petit à la capuche reste avec moi.»
Les soldats se rapprochèrent en hurlant des directives. Noctis se plaça devant Prompto instinctivement, appelant Shiva intérieurement. Il chercha furieusement sa présence dans sa tête, agrippant les bras des autres chasseurs, qui s’étaient tous resserrés dans la panique.
— «Où es-tu, bon sang !» siffla-t-il, alors qu’un des soldats donnait un premier coup de fusil à quelques pas du groupe pour les intimer à suivre les ordres.
Puis, quelque part, dans les hauteurs de la ville, un grondement sourd.
Une détonation.
Le sol trembla. Les vitres éclatèrent sous la pression. Un pan de mur situé à une dizaine de mètres d’eux se déchira dans une gerbe de pierre et de poussière. La rue s’effondra par endroits, avalant le pavé et les corps dans un chaos aussi bref que brutal.
