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L'éclat de ton sang sur la lame

Summary:

Pour son vingt-troisième anniversaire, Vincent Nightray ne réclame que le silence et l'acier froid de ses ciseaux.

Mais Elliot, avec son impulsivité habituelle et son refus de le laisser sombrer, en a décidé autrement.

Entre un cadeau inattendu, une escapade nocturne dans les bas-fonds de Reveil et une mélodie qui n'aurait jamais dû être jouée, Vincent s'autorise, le temps d'une nuit, l'illusion d'une vie normale.

Avant que le rideau ne tombe.

Notes:

Bonjour / bonsoir !

Merci beaucoup d'avoir cliqué pour lire ce (long) one-shot.

D'habitude, toute mon attention est rivée sur Crimsong (Jack x Oswald) mais j'ai eu une impulsion, une soudaine envie d'écrire quelque chose sur Vincent et Elliot, d'explorer un peu leur relation fraternelle quasiment absente dans Pandora Hearts (alors que ce aurait été génial !). Ne me demandez pas d'où c'est venu, je n'en ai aucune idée.

Ceci est ma petite contribution.

/!\ Sang, auto mutilation, pensées suicidaires ?

J'espère que ça vous plaira ❤️

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Ça a commencé par une nuit d’hiver, comme il y en avait tant d’autres. Elle n’avait en fait rien d’exceptionnelle. La lune était un faible croissant dans le ciel, aucune étoile ne brillait plus qu’une autre et on ne pouvait pas dire qu’il s’était passé quelque chose d’intéressant ou de marquant. Personne n’avait fait irruption dans sa chambre pour le contrarier et Echo restait silencieuse dans un coin de la pièce en attendant un ordre de sa part.

C’était peut être parce que justement, personne n’avait franchi le seuil de sa porte. Il y avait une personne qu’il rêvait souvent de voir sur le palier, l’air jamais à sa place et l’expression rongée par une culpabilité et un malaise qui ne s’effacerait jamais en sa présence. Mais c’était de plus en plus rare de voir cette personne surgir à l’improviste et les choses ainsi. C’était triste mais probablement pour le meilleur.

Non, vraiment.

Rien n’avait perturbé son existence, ces derniers jours.

Pourtant, il s’était un soir redressé dans le canapé où il passait le plus clair de ses journées et de ses nuits. Ses yeux vairons – doré comme ceux de son frère et rouge comme le sang qu’il a fait versé il y a du longtemps par ses erreurs – se sont posés sur la table de chevet. Un lapin en peluche et des ciseaux, disposés là comme des offrandes qui attendaient qu’il daigne les honorer de son attention. Il a saisit la paire de ciseaux, sans un regard pour la peluche qui ne demandait qu’à ce que ses viscères se répandent sur le sol. Et puis il les a levé au niveau de ses yeux. Il a observé comme la clarté de la lune se reflétait sur la lame, soulignant chaque micro rayure, chaque petite imperfection.

Et il a croisé son œil écarlate dans le reflet de la lame ; il a pensé à tous les malheurs que cette stupide couleur de pupilles avait engendré ; à toutes les souffrances que cette abomination avait fait enduré à Gilbert et…

La lame s’est planté dans son bras, sa main mue par sa propre volonté. Il a sentit la pointe transpercer le tissu de sa chemise blanche, le sang l’imbiber et la rendre aussi vermeil que son œil droit. L’arme s’est enfoncé dans sa peau, brisant les muscles et les veines sur son passage, éraflant le radius et le cubitus tandis qu’elle se faufilait entre. Sa course s’est arrêtée avant que la lame ne ressorte de l’autre côté, tout son élan dissipé.

Et le sang a coulé, coulé ; imprégné sa chemise jusqu’à ce qu’elle sature de tout ce sang et qu’elle ne puisse plus en contenir. Vincent a sentit le sang se mettre à couler le long de son avant bras, un filet sanglant qui a cessé sa course au niveau du coude avant de traverser le tissu et d’échouer sur son pantalon et sur le canapé.

Vincent leva lentement le bras au niveau de son visage pour voir de plus près comment s’était enfoncé la lame dans son bras et comment elle avait réussi à éviter de briser les os dans son sillage.

Chanceux ?

Il ne l’était pas.

Il n’y avait pas lieu de s’inquiéter d’une telle blessure. C’était désagréable et douloureux. Il pouvait sentir ses muscles se contracter et se refermer sur la lame, essayant de se rejoindre ou peut être d’éjecter ce corps étranger. Peu importe la profondeur de la blessure, ça guérissait toujours parce que rien ne pouvait atteindre ce corps, excepté la puissance de l’Abysse.

N’était ce pas triste ? Tandis que son âme était broyée et détruite, malmenée par une vie de souffrance qu’il menait pour une personne qui ne le regardait même pas, son corps restait inchangée, imberbe de toute cicatrice.

C’est en observant combien de centimètres ont pénétré sa peau que Vincent réalisa une évidence que son esprit s’était efforcé d’occulter.

- C’est vrai… murmura-t-il dans le silence de sa chambre.

Il se pencha pour attraper avec sa main valide la peluche en forme de lapin qui trônait toujours sur la table basse et qui attendait son exécution. Les boutons noirs qui lui servaient de pupilles semblaient le fixer, le juger.

« Toujours en vie ? », lui disaient ils.

Et Vincent était d’accord.

- J’ai vingt trois ans aujourd’hui.

Une année de plus s’était écoulée ; c’en était encore une de trop.

Il a pourtant promis, le jour de ses vingt deux ans, qu’il n’y aurait pas d’autre anniversaire ; qu’il serait parvenu à atteindre son objectif d’ici là. Un an, ça lui avait paru être le temps nécessaire pour enfin retrouver la trace de Glen Baskerville et le convaincre d’avoir pitié de sa misérable existence.

Un an et toujours aucune piste.

Une année de perdue.

Vincent soupira en se laissant retomber dans le canapé. Il s’allongea sur le dos, un mince coussin sous sa tête pour soutenir sa tête. Il leva à nouveau son bras à hauteur de ses yeux, son attention rivée par cette lame que son corps rejetait, qui l’empêchait de se régénérer comme ça aurait dû être le cas. Tant qu’elle serait là, la blessure resterait et le sang continuera de couler, de tâcher sa chemise.

C’était… bien. Dans l’ordre des choses, d’une certaine manière.

Comme si quelque chose prenait enfin tout son sens dans cette vie maudite dénuée de sens. Il avait décidé de dédier cette misérable existence à rendre son frère heureux. De tout faire pour qu’il puisse un jour retourner dans ce somptueux monde doré et flamboyant qu’il méritait, loin des affres que l’existence d’un petit frère maudit lui avait imposé.

Mais c’était reparti pour un an.

Peut être deux.

Possiblement trois.

Vingt cinq ans serait un échec.

A trente ans, il devra envisager le suicide.

A trente cinq ans, il valait mieux passer à l’acte pour se repentir de ses péchés.

Il préférait éviter d’en venir à de telles extrémités car sa priorité absolue était d’effacer sa misérable existence, pas de simplement mettre fin à ses jours.

Ce serait trop simple, autrement.

Il se serait tiré une balle depuis longtemps si ce n’était qu’une question de ça.

Il ferma les yeux, essayant d’imaginer son prochain acte. Il avait beaucoup à faire et peu de temps pour y parvenir.

Dans un premier temps, il fallait qu’il organise une réunion avec Lottie et les autres pour comparer leurs progrès, voir s’il y avait des pistes intéressantes, ne serait ce qu’un indice qui permettrait une percée. Et ensuite…

- Vincent ? Tu es là… ?

Vincent fut coupé dans le cheminement de ses pensées par une voix familière qui le prit au dépourvu tant il ne s’attendait pas à ce que quelqu’un pénètre dans sa chambre.

Pourquoi était il ici, celui là ?

Il entendit des pas faire craquer légèrement le parquet, s’avançant vers le canapé, vers lui, hésitant.

- Ah, Echo… euh… tu sais où est Vincent ?

Vincent prit une grande inspiration pour se donner du courage ; reprendre contenance. Il leva ensuite sa main – celle valide, qui n’avait pas une lame de trente centimètres qui transperçait son bras. Il l’agita légèrement en fredonnant :

- Ici, Elliot.

Il entendit un léger soupir, puis les pas s’approcher encore plus, contournant le canapé tout en disant :

- Tu dormais ?

- Non, ne t’en fais pas. Je vis la nuit, tu sais.

Elliot ne le savait pas.

Il fréquentait l’académie Lutwig depuis l’année dernière. Il y avait un dortoir, ce qui faisait qu’il rentrait généralement soit pour les réunions de famille, soit pour assister aux événements auxquels les enfants Nightray étaient conviés… soit parce qu’il n’y avait plus court. Il rentrait parfois les weekends mais il était si assidu dans ses études qu’il préférait généralement rester à l’académie pour étudier. Une histoire de faire la fierté du duc Nightray ou quelque chose comme ça.

Gentil Elliot.

Toujours à vouloir plaire à tout le monde ; à vouloir satisfaire ce père qui se souciait à peine de lui, trop obsédé par l’idée que leur famille récupère sa grandeur d’autrefois et cesse d’être la risée de la noblesse. Vincent aurait presque pitié de lui, sachant que c’était uniquement sa faute si les Nightray étaient tombés en disgrâce. Oui, s’il n’avait pas ouvert cette satané porte…

- Mais qu’est ce qu’il s’est passé ?!

Vincent fut sortit de ses pensées par le cri soudain d’Elliot. Il leva un regard fatigué vers son jeune frère de sept ans son cadet qui fixait avec horreur…

Oh, c’est vrai.

Il avait oublié que c’était là.

- Ce n’est rien, fit Vincent en agitant son bras dans lequel était enfoncé la paire de ciseaux pour prouver que c’était peu important. Un petit accident, n’y prête pas attention. Tu désirais quelque chose ?

- Comment veux tu que je n’y prête pas attention alors que tu as cette énorme lame d’enfoncée dans le bras ?!

Elliot se précipita jusqu’à lui, son visage déformé par la peur et la panique. Il lui saisit le poignet avec une force que Vincent lui soupçonnait du fait de sa pratique de l’épée intensive. Sans ménagement, il arriva le tissu de sa chemise jusqu’au coude.

- Va chercher de quoi soigner une plaie, Echo ! s’exclama t il.

Vincent la sentit quitter la pièce rapidement, obéissante, mais certainement pas parce qu’elle se souciait de sa santé. Il enquêtait toujours mais il était persuadé qu’elle était incapable de ressentir quoi que ce soit.

- Bordel… mais comment t’as pu te faire ça ?

- Une impulsion soudaine, marmonna Vincent.

Il observa attentivement le visage d’Elliot, déformé par une inquiétude qu’il n’avait jamais être pour lui. D’une manière générale, les gens ne se souciaient pas de lui ou de comment il allait. Il y avait bien une époque où des personnes s’étaient souciées de comment il allait mais c’était une époque révolue, qui jamais ne reviendrait. A présent, on ne s’inquiétait pas pour lui. On regardait comment on pouvait l’utiliser et Vincent… oui, lui aussi il essayait de trouver une utilité à ceux qui lui parlaient parce que c’était ce qu’il fallait faire.

Mais Elliot… il voyait l’inquiétude, sincère et sans arrière pensée. Comme s’il avait peur pour lui.

- Une impuls… c’est toi qui a fait ça ?! Volontairement ?!

Vincent aurait pu lui expliquer pourquoi cette blessure n’était pas plus intéressante qu’une coupure de papier, que dès que les ciseaux auraient quitté son bras, la guérison prendrait, tout au plus, une heure ou deux. Mais ça impliquait de révéler quelques secrets qu’il avait promis d’enterrer avec lui.

- Ça ne va pas dans ta tête ?! Qu’est ce qui t’a pris de faire ça, au juste ?!

Vincent sentit Echo revenir dans la chambre – impossible d’ignorer les distorsions autour d’elle qui perturbaient sa tranquillité. D’ailleurs, il ne l’avait jamais remarqué mais Elliot en avait quelques une autour de lui.

Intéressant.

Pas suffisamment pour l’intriguer, cependant.

- Quand j’en aurais fini avec cette blessure, je te jure, Vincent, que tu vas m’entendre… grogna Elliot.

Il essayait de ronger son frein. De contenir sa colère tant que la crise n’était pas passée et Vincent devait souligner cet effort incroyable – Elliot n’était pas connue pour sa patience, probablement parce qu’il avait été choyé et pourri gâté durant toute son enfance par ses frères et sœurs. Ça devait être bien, d’être le dernier d’une telle fratrie, si aimante…

- Je l’enlève à trois. Un… deux… trois !

Elliot tira d’un coup sec sur les ciseaux. Le sang gicla, éclaboussant la chemise de Vincent, celle d’Elliot mais aussi le canapé. La lame, dégoulinante de sang vermeil, fut posée sur la table basse. Immédiatement, sans laisser le temps à une possible hémorragie de s’installer, Elliot prit de quoi essuyer le sang et enroula d’épais bandages autour de son avant bras, serrant sa fort que ça aurait pu couper la circulation du sang.

Le travail accompli, Vincent leva à nouveau son bras au dessus de ses yeux, admirant le travail de son frère cadet. C’était bien fait : le bandage était certes, un peu trop serré, mais ce n’était pas non plus désagréable. Il ne lâcherait pas facilement.

- C’est du beau travail, commenta Vincent avec un petit sourire.

Elliot soupira légèrement, rassuré d’en avoir fini avec cette tâche. Mais rapidement, son expression se durcit. Ses sourcils se froncèrent de mécontentement et Vincent pouvait voir une veine palpiter à sa tempe. Puis…

- Ça ne va pas bien dans ta tête ou quoi ?! T’es un grand malade !

… l’explosion inévitable survint.

- Qu’est ce que c’est que ce délire de se poignarder avec une paire de ciseaux ? Tu as vu comme la lame était enfoncée dans ton bras ? Tu auras pu te casser un os ou transpercer une veine importante ! Tu es chanceux que la lame soit juste passer entre le cubitus et le radius ! Qu’est ce qu’il t’es passé par la tête ?

- Je ne sais pas, admit honnêtement Vincent. J’ai vu les ciseaux sur la table basse et…

L’air meurtrier d’Elliot suffit à le faire taire.

- Y a-t-il une raison pour laquelle tu venais me voir, Elliot ? reprit Vincent en essayant de lui faire son plus beau sourire pour apaiser ses nerfs mis à rude épreuve.

- A part t’empêcher de te suicider, tu veux dire ?

 Vincent s’abstint de commentaire. Il endura le regard mauvais d’Elliot, empli de promesses de mille et une torture. Finalement, après ce qui parut une éternité, il soupira et fouilla dans sa poche. Il en extirpa un petit écrin qu’il lui tendit en détournant le regard, les joues légèrement rougies par l’embarras.

- Tu as de la chance que ce soit ton anniversaire…

Les yeux vairons passèrent successivement de la petite boite qui lui était tendue au visage de plus en plus écarlate de son petit frère. Il fit l’aller retour, perplexe, tandis qu’il essayait de comprendre ce qu’il se passait.

- Tu vas la prendre, oui ?!

Vincent cligna des yeux et s’exécuta.

- … Merci.

Il n’était pas sûr de comprendre, mais…

- Mais ouvre la ! Ne fixe pas cette boîte comme si elle allait te manger !

 Correct.

Il l’ouvrit délicatement, appréciant les dorures qui ornaient le velours de la boite et les petites pierres décoratives que Vincent reconnu comme étant la marque de fabrique d’un certain bijoutier de Reveil qui avait une excellente réputation – il avait l’habitude de s’y rendre lorsqu’il voulait offrir un cadeau raffiné à une femme de laquelle il désirait obtenir quelque chose. Les nobles étaient si faciles à séduire. Ça le dégoûtait.

A l’intérieur, une paire de boucle d’oreille reposait sur un petit coussin rembourré. Il en prit une dans sa main, l’observant attentivement. Il remarqua du coin de l’œil qu’Elliot se tortillait à présent, attendant son verdict. Le bijou était simple : il s’agissait d’une sorte de rectangle arrondi qui pendait à la boucle qu’il fallait passer dans l’oreille. En observant la manière dont la lumière de la lune faisait légèrement briller la pierre, il en déduisit qu’il devait probablement s’agir d’un grenat finement taillé.

Puisqu’il les avait sous la main, il ôta le simple clou qu’il portait à chaque lobe pour porter cette nouvelle paire, sous le regard attentif d’Elliot.

- Merci, Elliot. C’est un beau cadeau.

Ça faisait longtemps depuis la dernière fois qu’il avait reçu un cadeau et… il en était heureux. Il pouvait sentir son cœur palpiter doucement dans sa poitrine, une douce chaleur qui se répandait en lui tandis qu’il effleurait du bout des doigts la petite pierre qui pendait à son oreille. Elle pesait lourd mais leur poids lui rappelait leur présence et c’était… oui, il aimait ça.

- C’est juste une paire de boucle d’oreille… marmonna Elliot, embarrassé. Je suis sûr que Gilbert t’a fait un meilleur cadeau que ça.

Le sourire de Vincent se figea sur ses lèvres.

Il fixa Elliot.

Elliot cligna des yeux.

Le regarda.

Silence.

- Il t’a… offert quelque chose ?

Silence.

Vincent se contenta de pencher la tête, un sourire vide aux lèvres, ses nouvelles boucles d’oreilles cliquetant doucement contre sa peau.

- Il est venu… te voir, hein ?

Vincent lâcha doucement la boucle d’oreille qu’il arborait et attrapa doucement la peluche tombée sur le sol. Il la posa sur ses genoux, en caressant doucement le pelage – rare acte de douceur envers ces objets qu’il décapitait minutieusement, membre par membre, sortant viscères et mousses de leur ventre.

- Mon frère… est quelqu’un de très occupé.

- Tellement occupé qu’il n’a pas pu trouver le temps de souhaiter son anniversaire à son frère ? grinça Elliot, une veine pulsant dangereusement à sa tempe.

- Depuis qu’il a passé son pacte avec Raven, Pandora l’envoie régulièrement en mission dans tout le pays. C’est une chain aux ailes noires particulièrement puissantes. C’est normal qu’il soit sollicité, bien qu’il ne la maitrise pas encore.

- N’importe quoi !

Vincent lui jeta un regard vaguement surprit face à son exclamation soudaine.

- C’est l’anniversaire de son frère – son frère de sang – et il n’a pas trouvé une heure pour faire le déplacement jusqu’ici ! Si je l’attrape, je vais le lui faire payer !

- S’il te plait, ne le fait pas, fit doucement Vincent.

Son regard se posa sur les ciseaux sur la table basse. Suivant ses yeux, Elliot les observa à son tour. Il se pencha et les attrapa, les glissant dans sa poche, comme s’il craignait qu’ils ne se retrouvent une nouvelle fois plantée dans le bras de Vincent.

- Tu es trop gentil avec lui.

- C’est lui qui l’est trop avec moi, rétorqua immédiatement Vincent.

Elliot recula d’un pas, comme si les paroles de Vincent étaient plus tranchantes que les ciseaux qu’il venait de lui retirer du bras.

Il se pinça l’arrête du nez, tapant du pied sur le sol, se contenant pour ne pas exploser une nouvelle fois et Vincent se demanda si c’était contre lui ou contre son frère qu’il voulait diriger sa colère. Se retenait il par égard pour lui ?

C’était presque… adorable.

- Change toi.

- Eh ?

Vincent lui jeta un regard d’incompréhension.

- Mets des vêtements propres !

- Le sang te dérange ?

- Pas moi ! On sort. Enfile des vêtements propres. Tu vas effrayer tout le monde.

- Où allons nous ? demanda Vincent, surprit par cette soudaine décision.

- Contente toi de t’habiller !

- Oui…

Bien que perplexe, Vincent décida de s’exécuter. Il se leva prudemment, observant Elliot pour essayer de comprendre ses intentions mais son visage ne laissait rien transparaitre. Il se dirigea vers sa penderie, observant distraitement les vêtements qui s’y trouvaient. Etant donné qu’il ignorait ce qu’Elliot avait en tête, il était difficile de savoir quoi porter, alors il mettrait quelque chose de simple et efficace.

- Je t’attends dans le couloir. Dépêche toi !

Vincent fredonna son accord.

Il entendit le pas d’Elliot qui piétinait le sol plus qu’il ne marchait, puis la porte qui claqua violemment, déversant son trop plein d’émotions sur le manoir comme s’il était responsable de son état d’esprit.

Vincent saisit une nouvelle chemise propre ainsi qu’un veston, une veste et un nouveau pantalon car le sien était taché de sang. Il observa le bandage serré autour de son avant bras, légèrement rosi à cause du sang qui s’échappait encore de la plaie, puisqu’il lui fallait encore un peu de temps avant d’être complètement guérie.

Il esquissa un léger sourire en effleurant le bandage.

Elliot était bien plus attentionné qu’il ne l’admettrait jamais.

Il se demanda où Elliot comptait l’amener. Il doutait qu’en venant dans sa chambre, il avait prévu de l’emmener quelque part. Le connaissant, il avait pris une décision impulsive. Devrait il le laisser galérer pour trouver un endroit où l’amener à minuit ou était il préférable de lui faire une proposition ? Vincent était familier du monde de la nuit et plus particulièrement du monde souterrain. Il connaissait autant les quartiers malfamés que ceux où l’on pouvait passer un bon moment. Il pouvait penser à plusieurs endroits où amener Elliot.

 

Xoxoxoxoxox

 

Elliot quitta la chambre de Vincent d’un pas pressé. Ses talons claquaient bruyamment contre le sol – seul moyen d’extérioriser le trop plein de colère qui l’envahissait.

Il n’arrivait pas à croire que Gilbert ait osé ne pas se présenter devant Vincent pour lui souhaiter son anniversaire. Qu’il ne lui offre rien, il pouvait le concevoir car Vincent n’était pas loquace concernant ce qu’il appréciait. C’était à peine si Elliot connaissait les endroit où il appréciait passer son temps libre. Il le savait très actif dans la société, allant de salons en réceptions avec une endurance qui frôlait le respect. Mais ne pas oser pointer le bout de son nez… c’était d’une cruauté sans nom. Gilbert était le frère de sang de Vincent. Et Vincent adulait Gilbert à un stade presque maladif.

Il n’osait imaginer la peine que ça devait lui faire de constater que son frère ainé n’avait pas pensé à lui en ce jour si particulier, même s’il ne le montrait pas et qu’il essayait de faire celui qui ne s’en souciait pas. Elliot avait vu l’éclat de tristesse dans ses yeux, surpassant le sourire qu’il s’efforçait d’afficher sur ses lèvres.

Et ça mettait Elliot hors de lui parce que Vincent a toujours été un soutien inconditionnel pour Gilbert. Il a toujours été là pour lui lorsqu’il en avait besoin, même lorsque tout le monde était contre lui, alors qu’il n’avait rien fait pour mériter tout d’affection.

Vincent donnait toujours sans compter, au détriment de son propre bonheur.

C’était cruel.

Elliot se promit de frapper Gilbert comme il le méritait lorsqu’il le verrait.

Il referma brutalement la porte en bois derrière lui et s’appuya côté en lâchant un juron étouffé.

Il ferma un instant les yeux pour reprendre contenance avant de les rouvrir. Il trouva immédiatement la forme ratatinée de Leo, assit contre le mur en face de la porte, les jambes rabattues, sur lesquelles il avait posé un livre qui lisait en attendant son retour.

- Leo… murmura Elliot d’une voix étranglée, on est dans le pétrin.

- « On » ? répondrit Leo sans lever les yeux de son livre. Je crois que c’est toi qui as promis une sortie nocturne à un homme qui se poignarde avec des fournitures de bureau.

Évidemment, il avait tout entendu malgré l’épaisseur du bois.

- Je sais ! grogna Elliot en se pinçant l’arête du nez, sentant poindre un début de mal de tête. Mais je ne pouvais quand même pas le laisser seul dans ces circonstances. Si sait ce qu’il comptait faire d’autres avec cette satané paire de ciseaux. Et cet enfoiré de Gilbert qui n’a même pas osé pointer le bout de son nez !

Elliot savait que Gilbert avait quitté la famille Nightray parce qu’il avait pris peur à cause de cette histoire de chasseurs de tête. Les Nightray se faisaient décimer un par un et Gilbert a déjà été empoisonné par lui. Même s’il se tenait tranquille ces derniers temps, il fallait rester sur ces gardes. Ce trouillard… comment osait il porter le nom Nightray avec une telle attitude ?

- Tu n’aurais pas dû lui proposer une sortie, fit soudain Leo en tournant la page de son livre. Avec ce meurtrier qui poursuit les Nightray… ça ne te met pas uniquement en danger mais également Vincent.

- Lui et toi savez vous servir d’un fusil. Et j’ai mon épée avec moi.

Il désigna l’étui qui reposait à côté de Leo, appuyé contre le mur.

- Bon sang… comment je vais faire ? Tout est fermé !

- Tu pourrais l’emmener voir les chats de gouttière, proposa Leo d’un ton monocorde. Ils sont aussi nocturnes et imprévisibles que lui.

- Tu…

La porte s’ouvrit à ce moment là sur Vincent. Il esquissa un sourire en les voyant. Il avait opté pour des vêtements simples, pas trop voyants, qui passaient partout. Ses cheveux étaient noués en une queue basse avec un ruban. Elliot devait reconnaitre qu’il comprenait pourquoi il avait autant de succès avec les femmes. Son physique androgyne et ses yeux vairons mélancoliques avaient de quoi charmer. Il savait sourire et se donner un air avenant lorsqu’il le fallait. Si Gilbert dégageait ce charme mortel surprenant quand on savait à quel point il pouvait être minable, Vincent avait hérité d’un côté plus avenant tout aussi surprenant étant donné son caractère vraiment effrayant, parfois.

- Si tu cherches un endroit ouvert, Elliot… commença Vincent en ajustant une mèche de cheveux derrière son oreille, mettant bien en évidence le grenat qui y brillait. Il existe un petit café près du vieux pont qui ne ferme jamais ses portes aux âmes errantes. On y sert un thé exécrable, mais… c’est plutôt agréable.

Elliot le dévisagea, partagé entre le soulagement d’avoir une solution et l’agacement d’avoir été surpris en plein doute.

- C’est toi qui décides, alors ! lança-t-il pour sauver la face. Mais ne te plains pas si le thé est vraiment imbuvable !

Vincent sourit.

- Oui, oui.

 

Xoxoxoxoxox

 

Se retrouver dans un fiacre à minuit en compagnie d’Elliot et de son curieux serviteur n’était pas la manière dont Vincent pensait passer sa nuit en se réveillant ce matin là. S’il avait dû parier entre le plus probable, il aurait misé sur la venue de son grand frère qui brillait par son absence depuis qu’il l’avait empoisonné pour éviter qu’il ne doit accusé d’être celui qui massacrait les Nightray pour hériter de leur père adoptif.

La vie était pleine de surprise.

Vincent appuya son coude sur le rebord de la fenêtre et posa sa joue dans la paume de sa main, observant d’un œil vaguement intéressé le jeune serviteur dont Elliot s’était entiché et qu’il avait fait valet contre l’avis de leurs frères et sœurs. Maintenant qu’il y pensait, c’était la première fois qu’il se retrouvait face à lui. Il l’avait probablement déjà croisé au détour d’un couloir – ou peut être pas. Il ne faisait pas attention à ce genre de choses et de toute façon, il était noctambule et Elliot, toujours à l’académie Lutwig.

Quel étrange serviteur, quand même. Il ne pensait pas que son frère avait des goûts aussi particuliers. Il l’imaginait plutôt être irrité par l’idée de ne pas être capable de croiser le regard de son propre serviteur. Comment pouvait il même voir à travers cette touffe de cheveux et ces lunettes aux verres épais ? C’était un véritable mystère pour Vincent.

Il observa distraitement comment les lumières de l’Abysse tournoyaient doucement autour d’Elliot et le serviteur – quel était son nom, déjà ? – se mélangeant au point qu’il n’aurait su dire autour de qui elles étaient le plus présentes. A des degrés plus ou moins intenses, tout le monde était entouré par le pouvoir de l’Abysse qui se manifestait par ces magnifiques flocons. En fonction de l’affinité avec l’Abysse, ils étaient plus ou moins nombreux. Les personnes comme Gil, les Baskerville et lui avaient tendance à les attirer d’une manière franchement désagréable pour son œil sensible à la lumière et à ces manifestations. D’autres, comme Elliot et ce garçon, attiraient un peu de ce pouvoir autour d’eux. C’était suffisamment léger pour ne pas être désagréable alors il s’en accoutumait. Elliot était probablement aussi bien entouré à force de passer du temps avec Gil et lui – la malchance et les distorsions avaient la fâcheuse tendance d’être contagieuses et il n’y avait rien à fait. Quant au garçon… probablement avait il eu un contractant illégal dans sa famille. Vincent avait entendu dire qu’il venait de la maison de Fianna à Sablier, là où les Nightray menaient des expériences sur des enfants, en lien avec l’Abysse.

En tout cas… peut être que ce n’était pas si étonnant qu’ils s’entendent bien. Vincent avait déjà remarqué que les personnes qui attiraient le pouvoir de l’Abysse avaient tendance à se sentir attirées l’une par l’autre.

Elliot sembla interpréter son regard insistant sur son serviteur comme une marque de curiosité.

- Maintenant que j’y pense, vous ne vous êtes encore jamais rencontrés officiellement.

- Je ne pense pas en avoir eu l’honneur, fredonna Vincent.

Tout le visage d’Elliot s’illumina.

- Parfait, alors faisons les présentations. Vincent, voici Leo, mon serviteur et ami. Leo, voici Vincent, l’un de mes frères.

Vincent tendit mollement la main pour faire bonne mesure. Elliot semblait proche de son serviteur et il n’avait pas envie de s’attirer des foudres alors qu’il était gentil avec lui. Le serviteur – Leo – sembla observer sa main un instant avant de la saisir, échangeant une poignée de main ferme.

- Merci de prendre soin de mon petit frère. Ça ne doit pas être de tout repos étant donné son effroyable mauvais caractère.

- Eh !

- Ce n’est pas évident mais je fais au mieux.

- Tu… !

- Elliot a besoin de quelqu’un avec de la poigne pour le contenir alors j’espère que tu n’es pas ce genre de serviteur inutile et sans âme.

- Vin…

- Le devoir d’un serviteur est également de corriger son maitre lorsqu’il est dans l’erreur. J’ai l’impression qu’Elliot a été un peu trop choyé étant enfant…

- Je ne te le fais pas dire.

- Vous allez arrêter de parler de moi comme ça, bord…

Leo abattit la tranche de son livre sur le crâne d’Elliot sans ménagement. Le bruit sourd sembla résonner dans l’habitacle comme un tambour.

Vincent cligna des yeux.

Elliot de tut immédiatement, choqué.

- Tu es trop bruyant. On est serré dans un fiacre étroit et tout ce que tu trouves à faire, c’est de nous crier dans les oreilles.

Elliot en fut tellement abasourdi qu’il ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, incapable de trouver une trouver réponse adaptée à une telle insolence.

Vincent fut admiratif de cette capacité à faire taire Elliot aussi efficacement alors qu’il semblait lancé par une autre crise de colère.

Fascinant.

Vincent remarqua que le fiacre franchissait sans s’arrêter les plus beaux quartiers de Reveil, près de deux où se trouvaient le quartier général de Pandora. Les maisons y étaient somptueuses avec une architecture à couper le souffle, digne de la petite noblesse et des aristocrates qui s’y établissaient, loin de se douter qu’ils se trouvaient dans l’un des quartiers les plus dangereux du pays. La moindre évasion d’un contractant illégal serait une tragédie. Les beaux pavés brillants et bien entretenus pourraient devenir aussi rouge que son œil maudit.

Vincent se demanda si son frère était actuellement au quartier général ou s’il était rentré chez lui, dans ce misérable appartement des quartiers populaires de la ville – en plein cœur de l’agitation et des petits commerçants. Il songea à quel point Elliot serait scandalisé de voir où son frère ainé logeait depuis qu’il avait quitté le manoir.

- Tu es sûr que c’est sans danger ? demanda Elliot en remarquant vers où ils étaient menés.

Vincent fredonna distraitement.

- Bien que. Je ne te mettrais pas en danger. Inutilement, tout du moins.

- C’est censé me rassurer ?

- Bien sûr ! répondit Vincent avec son plus beau sourire. On arrive bientôt.

Le fiacre continua sa route, s’enfonçant dans les quartiers que les nobles ne fréquentaient jamais par fierté, refusant de se mêler au peuple en toutes circonstances. Les pavés étaient moins bien alignés, ce qui faisait que les roues du fiacre les accrochait régulièrement. C’était désagréable, presque douloureux mais certaines routes de campagne étaient aussi mal entretenues et désagréables. Vincent remarqua qu’Elliot s’accrochait légèrement pour ne pas tomber de son siège.

Et finalement, alors qu’ils approchaient dangereusement des quartiers les plus malfamés où régnaient la criminalité et la pauvreté et qu’une odeur rance commençait à emplir les rues, le véhicule s’arrêta en plein milieu d’une rue qui n’avait rien de particulier. Ce n’étaient que des petites maisons mal entretenues, certaines bancales qui semblaient prêtes à s’écrouler mais qui ne le feraient jamais, retenues par une force obscures que Vincent n’expliquait pas.

Il ouvrit la portière, descendant le premier pour s’assurer qu’il n’y avait aucun danger aux alentours. Il ne remarqua pas une âme qui vive, les rues si désertes que ses pas résonnèrent entre les murs des bâtiments. Il leva les yeux vers les toits et remarqua Echo qui stationnait, prête à intervenir au moindre danger. Il n’appréciait pas cette poupée dépourvue de volonté mais il reconnaissait son efficacité.

- Vous pouvez descendre, déclara Vincent.

Il tendit la main pour aider Elliot qui rougit curieusement en voyant ça. Il accepta néanmoins son aide. Leo sortit en dernier.

- Attend nous à l’endroit habituel.

Le cocher hocha la tête et se mit en marche.

Un tel véhicule ne ferait que susciter une attention indésirable dans des quartiers aussi peu fortunés. Il observa distraitement les alentours, cherchant du regard leur destination. Il trouva rapidement la petite maison qui abritait le café dont il avait parlé à Elliot. Il lui fit signe, ainsi qu’à son serviteur, de le suivre.

Face au silence de la nuit, les rues à peine éclairées par un croissant lunaire, leurs pas résonnaient et se répercutaient jusque dans les plus petites ruelles. Heureusement, il n’y avait pas âme qui vive pour s’en prendre à eux. Elliot attirerait bien trop l’attention avec l’épée qu’il gardait précieusement dans sa main et ses vêtements qui criaient la haute noblesse. Il n’avait pas sa place dans ce genre d’endroits – il était trop pur pour pervertir son âme avec le peuple mal éduqué et méprisant qui haïssait tout ce qui ne coïncidait pas avec sa norme établie. Mais Vincent était certain que là où il l’emmenait, Elliot s’amuserait un peu ; d’une manière différente de ce dont il avait l’habitude parce qu’il pourrait se permettre d’être un peu plus lui-même et un peu moins ce qu’on attendait du fils d’un traitre de grand duc.

- Où nous emmènes tu ? marmonna Elliot, ses yeux furetant sur les alentours avec méfiance.

Probablement parce que sa famille surprotectrice lui avait raconté des horreurs sur les quartiers populaires de la ville ; des histoires avec des meurtriers sanguinaires et des sans abris qui arrachaient les bourses avec des couteaux.

- Ne me dis pas que tu as peur ? se moqua Leo.

- Surtout après être allé dans le bidonville qu’est devenu l’ancienne capitale, ajouta Vincent avec un sourire mutin.

- Je n’ai pas peur ! s’écria Elliot, offusqué par une telle idée. Et d’abord, qu’est ce que tu sais de l’état de Sablier, d’abord ? On m’a dit que tu n’y étais jamais allé !

Vincent frissonna d’horreur rien qu’à cette pensée.

Aller à Sablier ?

La ville qui par sa faute…

Il sentit une nausée remonter le mont de sa gorge, propageant un goût répugnant dans sa bouche mais il se retint. Il écarta de sa mémoire les bâtiments en flamme, les tapis et les murs maculés de sang frais, les hurlements déchirants et… l’odeur du souffre, de la fumée…

Il déglutit.

- J’en ai entendu parler, déclara simplement Vincent en serrant les poings, essayant de cacher tout l’effroi que le nom de cette ville réveillait en lui.

Elliot n’insista pas et Vincent se demanda s’il avait été suffisamment discret pour qu’il ne remarque pas son agitation.

Ils s’arrêtèrent devant une bâtisse qui ressemblait à toutes les autres. Rien ne la faisait se démarquer de celles devant lesquelles ils venaient de passer, si ça n’était la légère griffure sur le mur, à peine remarquable mais qu’un œil averti ne pouvait manquer.

- Nous y sommes, déclara Vincent.

- Ici ? demanda Elliot en observant la maisonnette plongée dans l’obscurité. Tu n’as pas parlé d’un café ?

Vincent fredonna.

Il lui fit signe de le suivre tandis qu’il contournait la petite maison, allant dans la ruelle adjacente juste à côté qui la longeait. Il fit courir sa main sur le mur en pierre tout en fredonnant distraitement une chanson, cherchant… ah.

Trouvé.

Cette petite imperfection sur le mur, un morceau de pierre qui dépassait, légèrement pointue, affutée. Il sentit le sang couler de l’entaille superficielle, tâchant la pierre brute. Heureusement, il faisait suffisamment sombre pour qu’Elliot ne le remarque pas. La plaie serait guérie avant même qu’ils ne soient entrés dans le bâtiment tant elle était peu profonde. Il s’accroupit sur le sol.

- Qu’est ce qu’il fait ? marmonna Elliot à son serviteur.

Vincent n’entendit pas de réponse, alors il supposa qu’il se contenta de hausser les épaules, tout aussi perplexe que son maitre.

Dans cette posture et grâce au morceau de pierre qui servait de repaire aux initiés, Vincent trouva sans difficulté la petite porte en bois, mesurant à peine une mètre de hauteur.

- Nous y sommes. J’espère que tu n’as pas peur de salir un peu tes vêtements, Elliot.

- Dans quoi me suis-je embarqué ? marmonna ce dernier, exaspéré par cette aventure nocturne.

Vincent frappa trois coups successifs puis un fort, qui résonna dans la ruelle, mais bref. Aussitôt, la petite porte s’ouvrit, dévoilant un passage, une volée d’escaliers qui s’enfonçait jusque dans les entrailles de la maison, à peine éclairée par des chandeliers accrochés aux murs.

- Un passage secret ? fit Leo, intrigué.

- C’est exact. Il faut se baisser uniquement pour franchir la porte. A l’intérieur, le plafond est plutôt haut.

Vincent passa d’abord ses jambes dans le passage, s’assurant de laisser quelques marches pour avoir de la marge pour se redresser. Ce fut ensuite au tour des fesses, puis du buste. Il se retrouva debout au milieu d’un passage qui n’était en réalité qu’un escalier qui descendait si bas qu’on ne pouvait en voir le bout. Un œil non averti aurait abandonné et fait demi tour mais lui, il savait ce qu’il trouverait tout en bas et ne comptait pas abandonner.

Il descendit quelques marches, laissant la place à Elliot et Leo de se faufiler dans le passage. Comme ils étaient plus petits, encore en pleine croissance, ce fut moins difficile pour lui.

- Referme la porte derrière toi, fit Vincent à Leo qui fermait la marche, comme tout bon serviteur se devait de le faire.

Il sortit ensuite un petit porte chandelle de sa veste ainsi qu’une bougie qu’il alluma grâce au feu d’une de celles fixées au mur.

- Allons y, déclara Vincent, une fois cela fait.

Ils entreprirent de descendre les escaliers, marche par marche.

Le bruit de leurs chaussures frappant le sol, si faible d’habitude, ressemblaient à cet instant au boucan d’une ville animée par les fiacres et les sabots des chevaux claquant sur les pavés. Assourdissant.

- Dans me suis-je embarqué…

Vincent esquissa un sourire.

Elliot avait raison de se méfier de l’endroit dans lequel il l’emmenait. Il n’était pas digne de confiance. Pour le bien de son cher grand frère, il était capable de trahir le monde entier, y compris le dit frère, sans aucun remord ni une hésitation. Il détruirait le monde pour lui – il a faillit le faire une fois. Si Elliot était méfiant envers lui, qu’il le regardait avec suspicion, le jour où son alliance avec les Baskerville sera dévoilée au grand jour sera moins douloureux.

Enfin, après ce qui parut une éternité, de la lumière commença à se faire voir au pied des escaliers. Petit à petit, un bruit de fond commença à se faire entendre : l’air entrainant d’un violon jouant un morceau populaire durant les réceptions et les bals ; le murmure de voix fortes, riant et parlant fort.

Le son de la bonne humeur ; de la joie de vivre brute comme seuls ceux menant une vie simple et sans extravagance pouvait connaitre. Ils étaient loin de toutes ces questions de politiques ennuyantes et des jeux de relation auxquels se livraient constamment les nobles ; toujours l’air heureux, toujours l’air d’aimer tout le monde. Ceux qui faisaient la fête étaient des personnes simples qui n’avaient pas besoin de faire semblant pour être heureux et acceptés.

La pièce dans laquelle ils finirent par déboucher était bien plus grande que ce qu’on pourrait croire depuis l’extérieur : d’une taille permettant de contenir plus de deux cent personnes sans se piétiner, elle était vaste et lumineuse, éclairée par un grand chandelier au plafond et une multitude de bougies aux murs. Pas un coin ne semblait être plongé dans l’obscurité. Il devait y avoir une bonne cinquantaine de personnes rassemblées autour de tables, parlant gaiement en buvant de généreuses pintes de bière. Le bruit n’était pas particulièrement désagréable grâce aux trois violonistes qui faisaient l’animation. Vincent remarqua le piano dans un coin de la petite scène et il savait qu’Elliot l’avait immédiatement répéré parce que cet instrument était comme une extension de son bras.

- Comment une telle pièce peut elle se cacher dans un sous sol ?

Vincent se moqua gentiment de l’air ahuri d’Elliot qui, une fois son attention détachée du piano, observait leur nouvel environnement avec surprise, peinant à en croire ses yeux.

Doucement, Vincent passa son bras derrière lui. Il l’entraîna par l’épaule jusqu’à une table vide. Immédiatement, une jeune femme s’avança jusqu’à eux, grand sourire aux lèvres. Mais ce qui était le plus marquant chez elle, c’était indéniablement la tenue qu’elle arborait : une robe avec un décolleté si profond que da généreuse poitrine n’était quasiment pas couverte, chaque courbe, chaque forme si visible qu’il n’y avait aucune place à l’imagination. Il en allait de même pour ses fesses pratiquement à l’air libre tant la jupe était courte. Vincent ricana quand il vit le visage d’Elliot devenir complètement rouge et qu’il détourna le regard, refusant d’en voir plus.

- Bonsoir Messieurs. C’est votre première fois ici ?

Vincent lui prit doucement la main et lui fit son plus beau baise main.

- Pas pour moi. Mais mon frère et son ami… il est temps qu’ils s’amusent un peu, du haut de leurs seize ans. Ce sera une bière pour moi. Et pour ces deux là… un thé fera l’affaire pour commencer.

- Ça arrive tout de suite.

La jeune serveuse s’inclina légèrement avant de s’en aller en trottinant, chaque rebond relevant le bas de sa jupe au dessus de ses fesses, au plus grand plaisir des hommes aux alentours qui ne manquèrent pas une seconde du spectacle.

- Qu’est ce que c’est que cet endroit ?! s’exclama Elliot en empoignant Vincent par le col, le visage encore écarlate, dans un mélange attendrissant de colère et de gêne.

- Ne me dis pas que tu n’as jamais vu les seins d’une femme ? se moqua Vincent.

- Pourquoi l’aurais je fait ?!

Vincent haussa les épaules.

- C’est une sorte de bar qui propose des services ? intervint Leo, l’air vaguement intrigué par l’ambiance joyeuse qui ne ressemblait pas à celle des maisons closes et autres endroits vendant ce genre de service.

Vincent fredonna.

Il saisit doucement la main d’Elliot qui empoignait son col et le fit le lâcher.

- Calme toi, Elliot. Ce n’est pas le genre d’endroit auquel tu penses. Je ne t’emmènerai pas dans une maison close…

- Ça reste à prouver.

- … sans t’avoir prévenu au préalable.

- Alors qu’est ce que c’est que cet endroit ? grogna Elliot.

Vincent prit un siège et s’installa tranquillement, comme s’il n’était pas sous la menace d’un regard assassin. Il fit signe à son frère de s’asseoir, ce qu’il fit, non sans avoir montré son mécontentement.

- Ce café existe depuis plus de cent ans, commença doucement Vincent. A la base, il s’agissait d’un endroit où les couples venaient se marier dans le secret, lorsqu’ils n’avaient pas obtenu la bénédiction de leurs parents – parce que l’un des mariés n’avaient pas un statut suffisamment élevé, parce qu’un parti plus intéressant était préférable… ou parce qu’il y a eu cette mode romantique de s’enfuir pour se marier dans le secret et mener une vie simple. Une sorte de fantasme de la vie de paysan. Tu as dû voir ça durant tes cours à l’académie Lutwig, non ?

- Non, fit sèchement Elliot, ses yeux parcourant avec méfiance la pièce.

- Ça pourrait donner des idées à certains, fit remarquer Elliot.

Vincent se moqua.

- C’est vrai… eh bien, c’était comme ça, avant la tragédie. Après que les Baskerville aient fait sombrer la capitale dans l’Abysse, il y a eu une grande période de troubles qui a secoué toute la noblesse. D’un côté, il y avait ceux qui approuvaient l’accession au pouvoir des quatre grands duchés et qui leur était reconnaissant d’avoir pu arrêter le massacre perpétrer par les Baskerville…

- Oui, et de l’autre, ceux qui refusaient de reconnaitre leur légitimité. Le pays a sombré dans la guerre civile, menée par des nobles influents. Je sais, tout ça, Vincent. C’est de l’histoire de base.

Vincent fut amusé de son impatience.

Elliot a toujours été si assidu en cours.

- C’était pour le contexte. Cet endroit fut la base principale des rebelles de l’époque. Je ne doute pas que tu saches pourquoi.

C’était un endroit particulièrement bien caché, situé dans la nouvelle capitale, que seules de personnes conscientes de son existence pouvaient trouver. L’endroit idéal pour servir de repaire à des rebelles qui manigançaient un coup d’état. Ça aurait assurément pu fonctionner s’ils avaient eu l’occasion de poursuivre leurs planifications de renversement du gouvernement. Mais la chute de la famille Sinclair, des nobles qui ont gagné de l’influence grâce à leur véhémente opposition aux grands duchés, avait entrainé avec elle toute la rébellion.

Quel dommage.

Ou pas.

Vincent se fichait de ce genre de choses.

- Après que tous les opposants aux quatre grands duchés aient été arrêtés et exécutés, cet endroit resta inutilisé quelques temps. Et puis, un soir, quelqu’un décida d’en faire un café sélect, que seuls les initiés peuvent connaitre. Ici, le peuple et la noblesse se côtoient sans savoir qui est l’un ou l’autre. Les barrières sociales tombent, tous réunis autour de l’idée de passer un bon moment loin des tracas de la vie et des politiques ennuyeuses.

- Ça ressemble bien au genre d’endroit que tu fréquenterais, fit Elliot.

Il semblait plus calme, à présent. L’explication de l’histoire du lieu semblait avoir apaisé ses nerfs mis à rude épreuve.

- Tu trouves ? demanda Vincent.

A ce moment là, la serveuse revint avec leur boisson. Toujours gêné par sa tenue, Elliot n’osa regarder dans sa direction tandis qu’elle mettait les verres sur la table.

- Tu n’aimes pas vraiment les nobles, non ? fit Elliot en remuant son thé dans lequel il venait de mettre du sucre.

- Ce n’est pas que je n’aime pas les nobles, le contredit Vincent. Leur mentalité ne me plait pas particulièrement. Et les femmes qui tournent autour de mon frère sont assez énervantes. Ou qui parlent trop.

- Vous n’aimez pas les nobles, quoi… marmonna Leo. Et les femmes.

Vincent pencha légèrement la tête sur le côté, pensif.

Il finit par hausser les épaules.

- Je n’y suis pour rien si la plupart sont comme ça. Heureusement que tu n’es pas comme ça. N’est ce pas, Elliot ?

- Tu ne m’apprécierais pas parce que Gilbert m’apprécie ?

Vincent cligna des yeux, surprit qu’Elliot ait compris cela.

- Bien sûr, c’est un argument en ta faveur. Je ne donnerais pas cher de ta peau si mon cher grand frère ne t’appréciais pas.

Elliot fronça les sourcils, appréciant peu qu’il tienne ce genre de propos. Il s’apprêta à dire quelque chose mais Vincent poursuivit doucement, presque à voix basse :

- J’ai apprécié que tu viennes me voir ce soir… et que tu te soucies de ma santé.

Elliot esquissa un léger sourire en secouant légèrement la tête.

- Ça n’explique pas pourquoi cette femme est aussi légèrement vêtue, remarqua Leo en levant sa tasse de thé pour observer avec méfiance le contenu.

Pouvait il même voir sa tasse avec cette touffe de cheveux et ces grosses lunettes sur ses yeux ?

- Les serveuses sont des prostituées.

Elliot recracha son thé.

- Tu t’attendais à quoi ? se moqua Vincent.

- Tu as dit que c’était un café sans barrières sociales !

- Et c’est l’endroit idéal pour des prostituées. Cet endroit ramène beaucoup de monde. Ils sont tous attirés par le concept et beaucoup reviennent pour ce type de consommation.

- Et tu… ?

- Ne dis pas des choses absurdes, Elliot. Si je dois avoir des rapports avec une femme, autant que ça serve à quelque chose.

- Que ça serve à… ?

Le visage d’Elliot fit un étonnant changement de couleur : il alterna entre rougeur et pâleur, incertain de l’expression ou de ce qu’il était censé ressentir en entendant ce genre de choses, dites de façon aussi décontracté.

- Purée, Vincent…

- Tu devrais t’y préparer, Elliot, fit doucement remarquer Vincent en observant la bière dans son verre, un léger sourire aux lèvres mais qui ne laissait transparaitre aucune joie. Nous sommes des Nightray. Nous ne valons pas plus que des rats aux yeux des nobles. C’est à nous qu’incombe de se salir les mains parce que personne d’autre ne le souhaite et qu’eux, ils ont la possibilité de refuser. C’est une manière comme une autre de récolter des informations utiles. Tu as goûté ton thé ?

Elliot baissa la tête tandis qu’il réalisait ce que Vincent était en train de lui dire. Il avait conscience qu’il avait grandi dans un cocon construit par ses frères et sœurs qui voulaient l’épargner de la cruauté du monde. On l’avait isolé du monde, de ce que ça impliquait que d’être un Nightray. Il y avait probablement tant de choses qu’il ignorait ; tant de choses qu’on lui cachait parce qu’on pensait que c’était pour son bien. La sale besogne qu’on demandait aux Nightray… il savait que ses frères, et surtout Gilbert et Vincent, exécutaient des missions d’assassinat – qu’ils ont été formé scrupuleusement pour ça. Et il savait que lui aussi… que cette épée que son père lui avait donné et qu’il arborait avec fierté…

Il serra les poings.

Un jour, il devra se salir la main parce que c’était ce qu’on attendait de lui en tant que Nightray.

Elliot appréciait l’honnêteté de Vincent qui jamais, n’avait essayé de le préserver. Il lui présentait les vérités telles qu’elles étaient, dans toute leur cruauté. Il ne se souciait pas de sa sensibilité, ou plutôt… il savait que le ménager était inutile parce que la vérité finissait toujours par exploser. Certains le traiteraient de cruel. Elliot lui était reconnaissant de sa sincérité. C’était la manière de Vincent de lui témoigner son affection, avec toute la maladresse de celui qui avait plus d’amour qu’il ne pouvait en donner.

- Vincent…

- Mmh ?

- Merci.

Vincent pencha la tête sur le côté, intrigué.

- Tu es toujours honnête avec moi. Tu ne me caches jamais rien.

- Je n’irai pas jusque là…

- Accepte mes remerciements, grogna Elliot.

Vincent rit légèrement, amusé par sa soudaine mauvaise humeur. C’était si facile de le mettre sur les nerfs…

- Oh, les violonistes ont fini, remarqua Vincent en observant la scène.

Elliot se tourna vers celle-ci, dos à lui, regardant les violonistes saluer l’assemblée joyeusement tandis qu’ils rejoignaient le bar auquel les attendaient déjà des pintes remplies à ras bord.

- C’est dommage… murmura Vincent. Ça apportait un certain charme à l’ambiance. Ils reprendront sûrement après leur pause.

Le regard d’Elliot se posa sur le piano, dans un coin de la petite estrade, seul, sans aucun pianiste pour parcourir ses touches.

- Tout le monde peut jouer ?

- Oui, répondit Vincent. Du moment que ce n’est pas horrible à écouter, personne ne voit d’inconvénient à ça.

Elliot hocha la tête et se leva.

- Viens Leo.

- Tu veux jouer ? demanda ce dernier, intrigué.

- L’ambiance est nulle sans musique.

- C’est ce qui te perturbe vraiment ?

Vincent suivi du regard Elliot et Leo qui se dirigèrent immédiatement vers la petite scène. Une personne les vit s’avancer.

- Vous allez nous jouer un morceau ? s’exclama celle-ci.

Ils n’eurent aucune réponse mais son intervention suffit à attirer l’attention de toute les personnes présentes. Leurs regards se rivèrent sur les deux adolescents qui s’avançaient bravement vers l’estrade, le pied conquérant, comme s’il s’agissait de leur place depuis toujours ; l’endroit auquel ils appartenaient. Et c’était probablement le cas. Là où il y avait un piano, Elliot se faisait une place parce que l’un ne pouvait aller sans l’autre. C’était comme si son cœur lui-même était un piano qui n’attendait que de trouver son musicien.

… Peut être l’avait il trouvé, en fait, songea Vincent en observant son frère cadet s’asseoir sur le petit tabouret, laissant le plus de place possible à Leo, comme s’il était au même niveau, qu’il était son égal.

- Une musique ! Une musique ! Une musique ! s’exclama la foule, ravie de découvrir de nouveaux artistes qui ne pouvaient qu’amener dans leur sillage de la nouveauté.

Elliot et Leo n’eurent pas besoin de se concerter : sans échanger un regard, à peine un souffle, ils se mirent à jouer. Leurs mains se levèrent en même temps et entamèrent un morceau à quatre mains, dans une synchronie parfaite, chaque note se succédant, se superposant, dans une symbiose que seule la connaissance de l’autre et la dextérité pouvaient accorder.

Vincent écarquilla légèrement les yeux lorsqu’à la cinquième note, il reconnu le morceau. C’était… une musique ancienne, issue d’une autre époque, comme provenant d’un songe éloigné qu’il avait oublié.

 

Xoxoxoxoxox

 

- Jack ! Jack !

Un grand sourire chaleureux lui fut adressé. Plein de cette bienveillance et de cette gentillesse que cet homme lui avait toujours témoigné depuis le jour où il les avait sauvé, Gil et lui, d’un passage à tabac.

- D’où vient cette mélodie ?

- Cette mélodie ? répéta Jack en penchant légèrement la tête sur le côté.

Puis, il baissa les yeux sur la montre qu’il tenait dans sa main. Celle qui jouait ce morceau qui semblait toujours l’accompagner où qu’il aille, comme une seconde nature. C’était… un morceau qu’il n’imaginait pas qu’un homme comme Jack puisse suffisamment apprécier pour l’avoir dans sa montre. Parce que c’était si… triste, mélancolique. Il pouvait sentir dans l’enchaînement de notes toute la souffrance, tout l’injustice du monde. Peut être appréciait il celles remplies d’un espoir d’un monde meilleur prochain, disséminées parmi les plus tristes.

- Tu parles de celle là ? demanda Jack en levant sa montre, la suspendant au niveau de ses yeux pour que Vincent puisse la voir. Eh bien… c’est un morceau que Glen a composé.

- Glen ? marmonna Vincent, soudain moins enthousiaste.

Il n’avait rien contre cet homme – celui qu’il devait appeler « maitre » parce qu’il était un Baskerville et que Glen était le maitre de tous les Baskerville. C’est juste qu’il dégageait ce quelque chose qui le mettait mal à l’aise. Quelque chose en lui s’agitait en sa présence, comme un mauvais pressentiment. Quelque chose d’inévitable, de malheureux qui ne pouvait qu’arriver en sa présence. C’était peut été à cause de l’air constamment triste qu’il arborait toujours, sa façon de ne jamais sourire même quand Jack faisait les pires pitreries pour attirer son attention.

Il n’aimait pas ça.

- Tu ne le savais pas ? demanda Jack en passant une main dans les cheveux de Vincent en souriant doucement, presque tendrement. Il compose.

- Oh…

Il ne s’était jamais intéressé à ça et, honnêtement, ça lui était un peu égal ce que faisait cet homme. A ses yeux, c’était surtout l’homme que envers lequel son frère semblait vouer un culte étrange, comme apparu du jour au lendemain.

- Tu aimes bien cette chanson parce que c’est Glen qui l’a composé ?

- Bien sûr. Il est doué, non ?

- Comment s’appelle-t-elle ?

Jack cligna des yeux, prit de court par cette question pourtant si logique. En voyant son sourire se fané légèrement, Vincent comprit qu’il n’aurait pas dû poser la question.

C’était un sujet sensible.

- « Lacie ».

Et Vincent aurait aimé demandé qui était cette Lacie.

Pourquoi la mention de son prénom suffisait à faire surgir un voile de tristesse dans les yeux de Jack.

Pourquoi il ne parlait jamais de cette femme si elle semblait aussi importante.

Mais Jack était triste rien qu’à l’idée de souffler son prénom.

Alors Vincent ne demanda rien. Ne posa aucune question.

- C’est une belle musique.

Jack hocha la tête et referma la montre, la rangeant dans sa poche, silencieuse et à l’abri des regards indiscrets, comme un trésor qui doit être protégé, qui ne doit pas être souillé.

 

Xoxoxoxoxox

 

Pourquoi Elliot jouait il cette musique ?

Où l’avait il entendu ?

C’était celle que Glen avait composé. Celle que Jack aimait.

Pourquoi était elle jouée par les doigts d’Elliot ?

Pourquoi ?

Pourquoi ?

Pourq…

- Vincent ? fit une voix familière et ahurie derrière lui.

Par réflexe, Vincent se retourna vers cette dernière. Il écarquilla légèrement les yeux de surprise en croisant ceux, dorés, de son cher frère ainé qu’il n’avait pas vu depuis près d’un mois.

- Grand frère ! s’exclama Vincent en plaquant son plus beau sourire sur ses lèvres, toute préoccupation à propos de la musique oubliée, balayée par la seule vision de cette personne si précieuse. Que fais tu ici ?

- Ce serait plutôt à moi de te poser la question… marmonna Gilbert en détournant le regard, mal à l’aise.

Vincent savoura la vision de son adorable grand frère se tortillant devant lui, les yeux si fuyants qu’il semblait avoir oublié comment regarder dans les yeux. Lui qui paraissait si ténébreux et insondable lorsqu’on le voyait pour la première fois, il était à cet instant précis la représentation de tout ce qu’on pouvait trouver de minable. Ce n’était pas sa faute s’il était aussi peu sûr de lui et un peu ridicule : son amnésie et la crainte instinctive, gravée dans sa chair, rappel de souffrances passées dont son corps se souvenait malgré sa mémoire défaillante que Vincent lui inspirait. C’était mieux ainsi ; que son frère reste loin de lui. Ainsi, son existence ne le fera plus souffrir ; il n’attirera plus le malheur sur lui si chacun reste dans son coin.

A ce moment là, le regard doré de Gilbert se posa sur la scène et les deux musiciens et cette fois, ses yeux s’écarquillèrent de stupeur, laissant tout le loisir à Vincent d’admirer leur couleur.

- Que fais Elliot ici ?! s’exclama Gil, ahuri.

- Il voulait sortir, expliqua Vincent. Cet endroit m’a paru idéal pour une excursion nocturne.

- Une vente aux enchères de prostituées ?!

Vincent haussa les épaules.

- Je comptais partir avant. La soirée qui précède est agréable.

- Tu l’as emmené à une vente aux enchères de prostituées… murmura Gilbert, n’en croyant pas ses yeux.

Il se laissa tomber sur la chaise à côté de Vincent qui lui tapota aimablement l’épaule pour le réconforter.

- Que tu fréquentes ce genre d’endroits, ça ne m’étonne pas mais…

- Parce que je suis une prostituée ou un proxénète ?

Gilbert écarquilla les yeux d’horreur en comprenant le sous entendu laissé par sa phrase.

- Non ! Non, ce n’est pas ça. Je n’ai jamais voulu insinuer…

- Je plaisante.

Gilbert soupira légèrement, l’air soudainement épuisé.

C’était qui facile de le taquiner.

- Que fait mon cher grand frère ici ? demanda Vincent pour lui accorder un peu de répit après l’avoir taquiné. Une mission pour Pandora ? … Un intérêt personnel ?

- On m’a demandé d’enquêter sur ce réseau de proxénètes. L’esclavagisme – et surtout sexuel – est illégal. Ça ne devrait pas nécessité l’intervention de Pandora mais…

- Comme tu es dans les parages, ils t’ont demandé d’enquêter.

 Gilbert hocha la tête, rassuré que son petit frère ait immédiatement compris la raison de sa présence, sans se faire de mauvaises idées.

- Les enchères commencent dans deux heures, fit remarquer Vincent.

- Euh, oui.

- Tu devrais partir et revenir juste avant que ça ne commence.

- Je ne vois pas pourquoi.

Vincent fit un signe vers Elliot qui était tellement pris dans son morceau de piano qu’il n’avait pas envie remarqué l’arrivée de Gilbert.

- Elliot est furieux contre toi. Il est persuadé que tu as fuis les Nightray parce que tu avais peur du chasseur de tête.

- Je n’ai pas peur du chasseur de tête. Si je suis parti…

- C’est pour attirer son attention sur toi et non sur Elliot ou moi, compléta Vincent. Je sais. Tu me l’as déjà dit. C’est très altruiste de ta part. Étant donné ton pacte récent avec Raven, tu es une cible de choix. Mais… Elliot ne voit pas les choses de cette manière. Tu sais comme il tient à ce semblant de famille. Alors je te conseille se revenir quand nous serons partis.

Gilbert hocha la tête, compréhensif, mais l’air dépité que son frère adoptif ait une dent contre lui alors qu’ils s’entendaient bien avant cette histoire. Elliot avait rendu son séjour contraint chez les Nightray agréable, plaisant, même. Plus que la présence de Vincent et… Gilbert se fustigea mentalement pour cette pensée atroce envers ce frère qui l’aimait tant – trop ?

- Tu n’aurais vraiment pas dû emmener Elliot ici, gronda doucement Gilbert, essayant, pour une fois, d’être le grand frère dans cette relation que Vincent semblait toujours dominer.

- Je ne sais pas… il a l’air de bien s’amuser.

- Vince !

- Il avait besoin de ça.

Gilbert cligna des yeux, dans comprendre.

- C’est dur pour lui d’entendre tout le monde mépriser cette famille et ce nom qu’il aime et dont il est fier. A l’académie Lutwig, il doit entendre de ces choses…

- Tu ne penses tout de même pas qu’il se ferait harceler ?

- Non, quand même pas. Mais parfois, les chuchotements indiscrets, à peine dans le dos, font plus de mal qu’autre chose. Peut être que toutes ces personnes sont des proxénètes. Mais elles ne cherchent pas à connaître l’identité de leur voisin de table ou de celui qui vient leur parler du beau temps. Ce ne sont que des humains qui interagissent entre eux, en dépit du statut social et des convenances. Il mérite un peu de répit, ne trouves tu pas ?

- … C’est pour ça que tu viens ici ?

 Vincent fut surpris qu’il lui pose la question et qu’il semble réellement s’intéresser à la réponse, quand d’habitude, il faisait tout son possible pour écourter leurs réunions.

- Peut être. C’est tranquille.

Gilbert ne sembla pas convaincu mais il n’insista pas davantage.

Il se leva en soupirant.

- Ramène le pour deux heures, d’accord ? Il doit retourner à l’académie dans deux jours. Il ne faut pas qu’il soit décalé. Et interdiction de lui donner de l’alcool ! Il n’a que seize ans.

- Je n’oserais même pas y penser.

Gilbert hocha la tête, satisfait. Il s’apprêta à s’en aller, profitant qu’Elliot soit distrait par le piano lorsque son regard accrocha quelque chose.

Deux pierres rouges qui pendaient aux oreilles de Vincent.

Hein.

C’était nouveau, ça.

Ou alors il ne faisait vraiment pas suffisamment attention à son frère, ce qui était tout à fait probable étant donné comment il évitait de le voir parce qu’il était toujours mal à l’aise en sa compagnie, sans pouvoir se l’expliquer.

Devait il faire une remarque dessus ? Si ce n’était pas récent, que ça faisait un moment qu’il les portait, Vincent risquait de mal le prendre, de voir à quel point il lui accordait peu d’attention.

Mais heureusement, Vincent remarqua sur quoi était fixé son regard. Il effleura une boucle du bout des doigts et dit, avec un petit sourire attendri.

- C’est joli, n’est ce pas ? Elliot me les a offert tout à l’heure.

- Euh, oui. Ça va, euh… bien avec ton œil.

Étant donné l’air inexpressif que lui renvoya Vincent, il ne le prenait pas pour un compliment.

- Et, mmh… il t’a offert ça comme ça ?

- Non. C’est un cadeau d’anniversaire.

Gilbert se figea complètement.

Sur l’estrade, le morceau à quatre mains atteignait son paroxysme. Elliot et Leo étaient en totale symbiose, leurs doigts volant sur les touches avec ferveur. Les spectateurs retenaient leur souffle, transportés par cette mélodie ancienne.

Mais à la table de Gilbert et Vincent, le temps s’était figé.

Gilbert ne bougeait plus.

Il ne respirait plus.

Le mot « anniversaire » flottait entre eux comme une sentence de mort. Dans ses yeux dorés, Vincent lut une détresse si profonde qu’elle en était presque savoureuse. Gil venait de réaliser qu’il avait oublié la seule personne avec laquelle il partageait son sang. Il avait oublié celui qui avait traversé l’enfer à ses côtés, celui qui a toujours été un soutien inconditionnel pour lui, dès le premier jour, malgré son amnésie.

- Ton… anniversaire… répéta Gilbert d’une voix qui n’était plus qu’un souffle brisé.

Vincent ne fit rien pour le rassurer. Au contraire, il inclina légèrement la tête, faisant tinter ses nouvelles boucles d’oreilles. Le petit bruit métallique du grenat contre sa peau fut le seul son qui trancha le silence de leur face-à-face. Vincent appréciait ce moment : voir Gilbert s’effondrer sous le poids de sa propre négligence était une preuve, une de plus, que son frère était trop bon, trop humain. Et que lui, Vincent, n’était que l’ombre qui soulignait cette lumière.

- Ne sois pas si surpris, Gil, murmura Vincent avec douceur. Ce n’est pas grave si tu avais oublié. Tu es occupé, c’est normal.

- Je… je suis désolé, Vince. Je… je ne… je le rattraperais.

- Oui. Je le sais. Parce que tu es gentil. Je ne m’inquiète pas.

- Je suis vraiment désolé…

Vincent lui fit un sourire plus grand, essayant de souligner à quel point non, ce n’était pas important qu’il ait oublié son anniversaire.

De toute façon, à quoi bon le célébrer ?

Le jour de sa naissance était celui qu’il détestait le plus. Parce que c’était un rappel qu’il était un jour venu au monde et que par cet acte, il avait fait de la vie de son précieux frère un Enfer. Ça a marqué le début des problèmes : la faim, le froid, les coups, le rejet de la société.

Alors non, il ne se souciait pas qu’on le lui souhaite – même s’il était content qu’Elliot se soit suffisamment soucié de lui pour lui choisir un cadeau et vouloir le sortir de son habituelle solitude en proposant cette promenade.

- Tu devrais t’en aller. Le morceau est bientôt fini.

Gilbert hocha la tête et Vincent vit le soulagement de peindre sur ses traits, ravi malgré tout de pouvoir lui échapper, surtout après ce terrible oubli absolument embarrassant.

Il hésita un instant avant de murmurer, les joues rouges et le regard fuyant :

- Bon anniversaire, Vince.

Vincent aurait pu lui faire remarquer que c’était terminé depuis bientôt une heure à présent mais il préféra saluer cet effort.

- Merci, grand frère.

Gilbert hocha la tête et prit la poudre d’escampette, sans demander son reste.

Vincent le suivit du regard jusqu’à ce qu’il disparaisse dans les escaliers desquels il était arrivé.

Juste à temps.

Le morceau d’Elliot et Leo s’acheva. Ils revinrent à la table tandis que les violonistes venaient prendre le relève – bien que ce serait difficile après la prestation à quatre mains qui venait de leur être offert à tous.

- Tu joues de mieux en mieux, Elliot, complimenta Vincent. Tu t’entraines beaucoup à l’académie ?

- Je ne voudrais pas perdre ce que j’ai acquéris.

- Tu as raison. Ce serait un tel gâchis étant donné ton talent. Si tu ne sais pas quoi faire de ta vie, devient pianiste. Je suis sûr que tu aurais de nombreux admirateurs.

- Ne dis pas n’importe quoi… marmonna Elliot. On a besoin de moi à Pandora, pas sur une scène.

- Tu devrais faire ce que tu as envie plutôt que de te soucier des attentes des autres. Je suis sûre que c’est ce que tes frères auraient aimé. Gil et moi, on peut prendre plus de missions si ça te…

- Non.

Vincent se tut.

- Je suis un Nightray. Mon rôle est de nouer un pacte avec une chain et d’intégrer Pandora pour aider à traquer les contractants illégaux. Ça me convient comme ça.

Bien sûr.

Elliot, toujours si sérieux. Toujours avec son sens du devoir qui faisait qu’il priorisait sa famille avant ses désirs, voulant aider à redorer le blason terni par la trahison des Nightray.

- D’où connais tu cette chanson ? demanda Vincent pour changer de sujet et parce que la question risquait de le turlupiner plusieurs jours s’il ne la posait.

- Je l’ai composé.

Hein ?

- Elle s’appelle « Lacie ».

Quoi ?

Ce n’était pas possible.

Cette musique… elle est bien plus vieille qu’Elliot. Elle a plus de cent ans.

Vincent s’en souvenait, c’était la musique jouée par la montre de Jack. Celle que Glen avait composé et que Jack aimait tellement qu’il avait trouvé un moyen de l’inclure dans le mécanisme d’une montre à gousset.

Jack lui a dit que c’était Glen qui l’avait composé.

Probablement en l’honneur d’une décédée à en croire la tristesse de Jack.

Elliot ne pouvait pas l’avoir composé.

C’était chronologiquement impossible.

- Tu en es sûr ? demanda fébrilement Vincent. Tu ne l’aurais pas entendu quelque part et…

- Pourquoi je m’approprierais le travail d’un autre ? Je l’ai composé.

Mais ça ne pouvait être le cas.

C’était impossible.

- Je commence à être fatigué, déclara soudain Elliot. Quelle heure est il ?

- Bientôt une heure et demi, répondit Leo d’une voix tendue, comme si, lui aussi, avait compris que quelque chose n’allait pas.

- On va se mettre en chemin, alors, déclara Vincent, bien qu’il ne pouvait complètement rejeter ce qu’il pensait de la situation.

 De l’affirmation invraisemblable d’Elliot.

 Il ne pouvait pas être le compositeur de « Lacie ».

 

Xoxoxoxoxox

 

Le fiacre tanguait doucement sur les pavés, bercé par le rythme lancinant des sabots. À l’intérieur, le silence n’avait plus rien de l’amertume du manoir ; il était feutré, apaisé par les vapeurs du thé et l’écho encore vibrant de la musique.

Vincent savait qu’en ce moment même, Gilbert retournait dans ce café où se commettait l’un des pires crimes qui puisse exister pour y accomplir son devoir. Il imaginait sans peine les agents de Pandora forçant les portes, les visages terrifiés sous la lumière crue des lanternes, et les sentences qui tomberaient, aussi tranchantes qu’une lame de guillotine.

Demain, ce qui fut ce soir leur refuge ne serait plus qu’un souvenir scellé par la loi.

Mais cette cruauté ne l’atteignit pas.

Malgré le venin de l’inquiétude qui brûlait encore ses entrailles — cette musique, ce nom de Lacie que la bouche d’Elliot n’aurait jamais dû prononcer — Vincent se laissa aller contre le dossier du siège. Il observa le profil d’Elliot, dont les traits semblaient adoucis par la pénombre du fiacre.

Il leva une main un peu tremblante et effleura le grenat à son oreille. La pierre était chaude, imprégnée de la température de sa propre peau.

- Elliot.

- Quoi ? grogna le plus jeune, mais sans aucune agressivité, la voix ensommeillée, épuisée par cette soirée et l’heure tardive.

- Merci pour cette soirée.

Elliot tourna la tête vers lui, et un sourire rare, dénué de toute trace de colère, étira ses lèvres.

- On refait ça quand tu veux, Vince. Mais… on essaiera en journée, la prochaine fois. Ton café était un peu trop glauque, même pour toi.

- Bien sûr, murmura Vincent.

C’était un mensonge, et ils le savaient tous les deux.

Si sortie il y avait, ce serait à nouveau sous le clair de lune parce que Vincent détestait le soleil, cette lumière qui ne laissait aucune place aux ombres dans lesquelles il se terrait.

Mais pour ce sourire, il aurait pu supporter n’importe quelle brûlure.

Pour quelques minutes encore, il s’autorisa à savourer l’illusion apaisante qu’offrait la compagnie d’Elliot. Il était juste un grand frère raccompagnant son cadet à la maison et ça lui suffisait.

Il ferma les yeux, une main toujours posée sur son bijou, comme pour s’assurer qu’il ne s’évaporerait pas.

C’était un anniversaire qu’il n’oublierait pas.

Pas parce qu’il marquait une année de plus dans son existence misérable, mais parce qu’il lui avait offert un dernier souvenir à emporter avec lui.

Bientôt, il entamerait sa marche finale vers la destruction.

Il effacerait ses pas, son nom, et jusqu’au souvenir de son regard.

Mais ce soir, dans ce fiacre silencieux, il était vivant.

Et pour la première fois de sa vie, Vincent se dit que c’était peut-être, malgré tout, un beau cadeau que d’être né.

Avant que tout ne s’efface.

Avant que le rideau ne tombe.

Notes:

Merci beaucoup d'avoir lu cette histoire !

J'espère qu'elle vous a plu et que la dynamique que j'ai développé dans la relation entre Vincent et Elliot (et Leo) vous a plu !

Je n'ai étonnement pas éprouvé trop de difficultés à tous les faire interagir. Celui qui m'a posé des difficultés est en réalité Gil. Je trouve que c'est un personnage difficile à écrire parce qu'il oscille entre être minable - embarrassé - sûr de lui. Son instabilité est... un cauchemar. Au moins, avec Vincent, on sait tous quelle tête il tire constamment 😂

N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire, ça fait toujours plaisir ❤️❤️